12 livres à mettre dans vos valises cet été #7

Juillet est arrivé et il est accompagné de mon désormais traditionnel article de recommandations estivales ! Comme d’habitude il y en a pour tous les goûts, mêlant nationalités, époques et genres. Cette année vous y retrouverez beaucoup de littérature américaine avec des romans qui m’ont époustouflée ces derniers mois, de magnifiques romans initiatiques, quelques thrillers pour vous tenir en haleine, des pavés que vous ne pourrez plus lâcher et qui vont vous accompagner le temps de vos vacances, des livres qui vous marqueront longtemps, je l’espère ! Tous les romans de la sélection ont déjà fait l’objet d’une chronique sur le blog, si vous voulez vous faire une idée plus précise. Pour plus d’inspiration vous pouvez aussi retrouver les sélections des années précédentes : ici pour 2018, ici pour 2019, et ici pour 2020,  ici pour 2021,  ici pour 2022 et enfin ici pour 2023 !

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Tes pas dans l’escalier – Antonio Muñoz Molina

On commence par de la littérature espagnole avec le dernier roman traduit en français d’Antonio Muñoz Molina, l’auteur de Dans la grande nuit des temps. On y suit un homme qui emménage seul à Lisbonne, en amont de l’arrivée de sa femme, une scientifique qui travaille sur les effets de la peur sur la mémoire et qui, restée à New-York, ne le rejoindra qu’au dernier moment au Portugal où elle a accepté un nouveau poste. En l’attendant, il promène son chien dans les rues lisboètes avec lesquelles il s’efforce de se familiariser.  Et son esprit s’égare, pris dans une certaine langueur. C’est le roman de l’attente, celle de la femme restée de l’autre côté de l’Atlantique, tandis que lui se replie sur lui-même, s’enfonce dans l’immobilisme, ne vit plus que dans ses pensées. Le lecteur est fasciné par les méandres de cet homme, et ressent une inquiétude palpable tandis que les jours semblent s’accumuler, se confondre, sombrer dans l’inertie et une angoisse diffuse. Un roman psychologique aussi dérangeant que poignant.

Chronique complète de Tes pas dans l’escalier à retrouver ici

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Ohio – Stephen Markley

Quatre anciens amis du lycée convergent le temps d’une même nuit dans leur ville natale de New Canaan. Tous ont des comptes à régler avec leur passé et leurs traumatismes, grands ou petits, nés de l’enfance et plus particulièrement peut-être encore de l’adolescence, cette période charnière fondamentale mais également d’une brutalité innommable. Quatre personnages qui ont suivi des chemins bien distincts, qui n’ont plus rien en commun et dont les histoires vont pourtant s’entremêler en cette chaude nuit de juillet, provoquant un enchaînement de circonstances terrible. Fresque générationnelle, récit d’une désillusion et portrait au vitriol d’une Amérique qui ne prend plus soin de ses enfants, Stephen Markley signe un premier roman incroyable de maîtrise, qui use à la perfection du suspense. C’est sombre, désespéré et violent, mais avec des poches d’humanité splendide, soulignées par une écriture immensément évocatrice et offrant des jaillissements de beauté pure.

Chronique complète de Ohio à retrouver ici

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On m’appelle Demon Copperhead – Barbara Kingsolver

Prix Pulitzer 2023, ce roman est une véritable prouesse, rien de moins qu’une réécriture du David Copperfield de Charles Dickens. Notre narrateur, surnommé Demon Copperhead, naît avec fracas sur le sol du mobil-home de sa mère toxicomane. Au fil des pages et de notre attachement grandissant à ce petit garçon résilient qui ne demande qu’à être aimé, nous le suivons tandis qu’il sera balloté entre des services sociaux débordés, des familles d’accueil surtout intéressées par leur chèque mensuel et la main d’œuvre gratuite, et des différents cercles de l’enfer qui profitent de l’addiction de jeunes cibles faciles. Porté par une écriture pleine de gouaille, le roman raconte le quotidien des souffre-douleurs de l’Amérique, remonte aux origines, décortique le système et ses défaillances, souligne la profonde injustice, l’une parmi les nombreuses sur lesquels les États-Unis se sont construits. Un roman qui fera date !

Chronique complète de On m’appelle Demon Copperhead à retrouver ici

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Le garçon du dehors – Jeanine Cummins

En 1959, Christy a onze ans et il fait partie d’une famille de Travellers, ces nomades autochtones irlandais. Une vie d’errance en roulotte, à proposer divers services et à chaparder quand nécessité fait loi. Alors que la famille a décidé d’installer un camp un peu plus permanent près d’une petite ville afin que Christy puisse aller à l’école, le jeune garçon habitué au rejet, voire à la haine et la violence des « sédentaires », est surpris lorsqu’on lui témoigne de la tendresse et de l’attention, et décide de demander de l’aide pour enquêter sur sa mère, morte à sa naissance. Jeanine Cummins signe un roman d’apprentissage poignant, doté d’un narrateur très touchant profondément attaché à sa famille et ses valeurs. Pour autant, il pose sur le monde qui l’entoure un regard perçant, s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles son clan suscite tant de méfiance, sur la pérennité de leur mode de vie à l’aube de l’industrialisation et mécanisation. Un très joli roman sur la filiation, la construction de l’identité, et la tolérance.

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Zephyr, Alabama – Robert McCammon

C’est LE roman qui aura marqué mon année jusqu’ici, sans aucun doute l’un des plus beaux et poétiques récits initiatiques que j’ai pu lire. Cory Mackenson a douze ans et vit à Zephyr, dans l’Alabama, une petite ville paisible et confortable où il fait bon grandir en cette année 1964. Pourtant dès le début du roman, un événement vient tout bouleverser. Alors qu’il accompagnait son père dans sa tournée de laitier, leur pick up manque d’être percuté par une voiture qui finit sa course dans un lac. Le conducteur était déjà mort avant l’impact, sauvagement torturé et étranglé par une corde de piano. Cory, assoiffé d’énigmes, va tenter dans les mois qui suivent de trouver des indices sur ce meurtre énigmatique tandis que son enfance, dans toutes ses composantes, continue de se dérouler, émaillée de petites scènettes empreintes de tendresse et de nostalgie, mais qui révèlent aussi le voile qui se déchire petit à petit avec le monde des adultes. L’auteur a voulu garder une trace du lieu où il avait grandi, de la féérie qui l’entourait alors et qui est si facilement chassée par le monde qui nous entoure. Il nous offre ce roman splendide qui nous rappelle à quel point la magie a habité notre enfance, nourrissant nos rêves, notre imagination. Une pépite absolument prodigieuse.

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Les tourmentés – Lucas Belvaux

Vétéran de la guerre de Yougoslavie, Skender est devenu légionnaire, puis mercenaire au service de différentes guerres autour du monde. Aujourd’hui c’est un clochard qui se laisse vaguement mourir, ne pouvant s’empêcher d’aller espionner sa famille en cachette, dévoré par ses fantômes. Lorsque son ancien mentor vient le trouver, il est d’abord heureux de retrouver un frère d’armes qui l’a tant protégé, puis il comprend que ces retrouvailles ne doivent rien au hasard. Max est au service de Madame, une veuve fortunée et férue de chasse, qui vit seule dans son manoir avec ses molosses et son majordome qu’elle a chargé d’une bien étrange mission : un contrat d’un cynisme et d’une perversité terrible. Voilà comment s’ouvre ce roman glaçant, dont la noirceur et la tension proviennent de cette exploration sans détours des questions existentielles qui traversent ses personnages. Il y est question de rédemption, de la nature fluctuante de la vérité et de la morale, de la puissance terrible de l’argent, de la nécessaire dignité, de l’incontournable libre arbitre.

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Le Gang des rêves – Luca Di Fulvio

Bonsoir, New-York ! Hissez le torchon ! Voilà près de 950 pages que vous n’êtes pas près d’oublier !
Christmas grandit dans le New-York des années 20, au coeur de ces quartiers gangrenés par la pauvreté et les gangsters. New-York, c’était le début d’une nouvelle vie pour sa mère, qui a quitté l’Italie à l’âge de quinze ans, son bébé sous le bras, pour leur offrir leur part du rêve américain. Mais à treize ans Christmas fait plutôt l’école de la rue, multipliant les combines qui prêtent à sourire. Un jour il prête secours à Ruth, sauvagement agressée, et sa vie change. Entre eux c’est l’amour immédiat, mais irrémédiablement teinté de méfiance et de peur. La belle Ruth est riche, juive, habite les beaux quartiers, et surtout, elle est profondément traumatisée. Leur amour peut-il les sauver tous les deux ? L’atmosphère de la ville est palpable, ses odeurs, ses bruits, sa laideur entrecoupée de beauté pour qui sait regarder, tandis qu’on assiste à l’explosion de la radio et à la naissance de ce que sera le cinéma. C’est le roman d’un amour impossible, des rêves brisés, des secondes chances, et de la liberté.

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Leçons – Ian McEwan

Ian McEwan poursuit son exploration des complexités humaines en s’inscrivant cette fois sur le temps long, signant une fresque romanesque ambitieuse qui couvre 70 ans de la vie d’un homme, mais aussi d’une société en profonde mutation, traversant l’Histoire et les grands événements qui ont marqué une génération entière. 1985. Roland Baines a trente ans lorsque sa femme Anissa le quitte brusquement, abandonnant également leur bébé de six mois. Alors que le nuage radioactif de Tchernobyl menace l’Europe, toutes ses convictions sont ébranlées. Quel place le passé a-t-il joué dans ses échecs ? S’ensuit le portrait d’un homme banal et sans grand relief, qui s’interroge sur les liens de cause à effet à l’oeuvre dans son existence, ainsi que celles des personnes qui l’entourent, créant une myriade d’intrigues parallèles. Un roman générationnel et profondément incarné.

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Le Portrait de mariage – Maggie O’Farrell

Un été sans Maggie O’Farrell ? Impossible ! Direction cette fois l’Italie et cette froide soirée de 1561. La duchesse Lucrèce, âgée de seize ans et mariée depuis un an à peine à Alphonse d’Este, duc de Ferrara, est attablée en compagnie de son époux lorsqu’une certitude terrible la pétrifie : il s’apprête à la tuer… À partir des minces sources historiques existant sur cette jeune fille morte aussi mystérieusement que prématurément, Maggie O’Farrell va entremêler l’Histoire et la fiction avec un talent extraordinaire. Chronique d’une mort annoncée, le roman, grâce à une construction terriblement efficace, multiplie les rebondissements et laisse planer une tension de plus en plus étouffante à mesure que l’on s’attache à Lucrèce, que l’on découvre la personnalité de son mari, et que l’on redoute un destin pourtant prédit dès la première ligne. Les dernières pages se lisent le souffle coupé et le coeur battant, clôturant brillamment ce roman d’une grande maîtrise.

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Intérieur nuit – Marisha Pessl

Toutes les hypothèses ont été émises sur le célèbre réalisateur Stanislas Cordova, qui a signé des films d’horreur si terribles qu’ils ont été bannis des salles de cinéma et projetés dans la clandestinité. L’aura de mystère qui entoure l’homme a donné naissance à des hordes de fans acharnés qui lui vouent un véritable culte et lui dédient leurs théories les farfelues sur un site internet du dark web. Lorsque sa fille Ashley est retrouvée morte, officiellement d’un suicide, la fascination reprend de plus belle. En particulier pour Scott McGrath, un journaliste d’investigation dont la carrière et la réputation avaient volé en éclats cinq ans auparavant lorsqu’il avait approché les secrets de Cordova d’un peu trop près, et déterminé cette fois à aller jusqu’au bout de son enquête. Gros coup de coeur pour ce roman ensorcelant aux multiples facettes, qui propose une réflexion époustouflante sur le pouvoir de la fiction, et sur la finesse de la frontière entre le réel et l’imaginaire. Il y a du thriller, du fantastique, de l’émotion, et même un brin d’humour dans ces 800 pages qui se dévorent d’une seule traite ; c’est définitivement le roman de votre été !

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La Tristesse du Samouraï – Victor del Árbol

Mérida, décembre 1941 : une femme presse le pas sur un quai de gare. Elle tient la main d’un petit garçon nourri aux légendes des samouraïs. Elle attend le train qui l’emportera dans une fuite loin de son mari, mais elle ne montera jamais à son bord. Barcelone, des décennies plus tard, une jeune avocate s’empare de l’affaire de sa carrière, et parvient à faire condamner un inspecteur. Elle ignore qu’elle vient d’ouvrir la porte à une histoire de secrets, de haine et d’intrigues politiques empoisonnant des familles sur plusieurs générations. La Tristesse du Samouraï est un roman complexe, intelligent et admirablement construit, mêlant suspense et trame historique, d’une intensité et d’une émotion à couper le souffle. Victor del Árbol explore la transmission du mal, la vengeance, la collision de la grande marche de l’Histoire avec les destins individuels, les fautes que les enfants expient à la place des pères. Les spectres du passé hantent ces pages et ces personnages qui vous habiteront longtemps.

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La maison vénéneuse – Raphaël Zamochnikoff

Encore un récit initiatique qui décrit magistralement les affres de l’adolescence, ce tourbillon de questionnements sans fin, ces angoisses inexplicables et dévastatrices, ce débordement d’émotions. Été 1986, Arty, 11 ans, se réveille le coeur battant, convaincu qu’une ombre malveillante a cherché à l’étrangler. Il en arrive à une conclusion : sa maison est vivante, mauvaise et cherche à s’en prendre à lui. Incapable de partager ses craintes avec sa famille, il tait ses intuitions, à mesure que son appréhension grandit et que ses insomnies s’aggravent. À mesure que les mois passent et que les incidents se multiplient. Arty a le pressentiment terrible que le pire est à venir. Mais si la maison est une menace, elle n’est pas la seule à chambouler l’existence du jeune Arty : il y a également l’arrivée intimidante au collège, les affres du premier amour, les terribles secrets enfouis des adultes, ou encore les bandes de caïds qui sillonnent les rues et jouent des gros bras. Tendresse et mystère dans ce premier roman impeccablement mené.

Chronique complète de La maison vénéneuse à retrouver ici

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Je vous souhaite un très bel été rempli de lectures enthousiasmantes !

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