Les Hauts de Hurlevent – Emily Brontë

Résumé :

En rendant visite à son propriétaire, Mr Heathcliff, aux Hauts de Hurlevent, le nouveau locataire de Thrushcross Grange est surpris de ses manières rustres et peu amènes. Une tempête de neige le contraignant à demeurer pour la nuit au château en compagnie de ses sinistres occupants, il découvre des traces de l’ancienne présence d’une certaine Catherine, dont il jure avoir vu le fantôme à sa fenêtre. Troublé, il demande des explications à la femme de chambre, Mrs Dean, qui entreprend de lui relater l’histoire la famille Earnshaw, ainsi que la passion destructrice de Heathcliff et Catherine, et ses conséquences tragiques.

« J’ai fait dans ma vie des rêves dont le souvenir ne m’a plus jamais quittée et qui ont changé mes idées ; ils se sont infiltrés en moi, comme le vin dans l’eau, et ont altéré la couleur de mon esprit. »

Mon avis :

Le propre d’un chef d’oeuvre est en partie celui d’être inégalable. Les Hauts de Hurlevent est un roman qui m’a profondément fascinée et bouleversée. D’abord parce qu’il a été écrit par une jeune femme d’à peine 28 ans, n’ayant que très peu connu les choses de la vie. On ne peut qu’imaginer la richesse de sa vie intérieure pour pouvoir donner vie à un roman aussi sublime et original pour l’époque. Ensuite parce qu’il est rare qu’un roman dont les personnages sont aussi sombres, aussi mauvais, bouleverse autant. Et enfin parce que la plume d’Emily Brontë est absolument magnifique, ses descriptions des landes du Yorkshire qu’elle chérissait tant et de la passion dévorante et fatidique de Catherine et Heathcliff m’ont transportée. Ce roman m’a laissé une empreinte extrêmement forte, malgré une atmosphère malsaine, où la malédiction rôde.

Il ne s’agit pas d’un roman typique de l’époque romantique, une passion amoureuse, quelques obstacles, et l’amour qui triomphe de tout. Il explore plutôt la noirceur de l’âme, le sadisme, la souffrance, la violence et la passion poussés à leur extrême. Le lien indéfectible de Catherine et Heathcliff, profondément contrarié, fera de nombreuses victimes collatérales en plus d’eux-mêmes.

« Il est plus moi-même que je ne le suis. De quoi que soient faites nos âmes, la sienne et la mienne sont pareilles. Ma grande raison de vivre, c’est lui. Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d’exister ; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l’univers me deviendrait complètement étranger, je n’aurais plus l’air d’en faire partie. »

Catherine et Heathcliff ne sont pas à proprement parler aimables. L’un comme l’autre sont à l’image de la lande, ils ont une personnalité sauvage, presque animale. Les traitements infligés par Hindley, le frère ainé de Catherine, ainsi que la méprise de Heathcliff sur les véritables sentiments de celle-ci à son égard, précipiteront leur perte ainsi que celle de leur entourage. Tiraillée entre sa passion dévorante envers Heathcliff, et la sagesse et le confort d’un mariage avec leur riche voisin, Edgar Linton, elle choisit ce dernier, provoquant elle-même son propre désespoir, altérant pour toujours sa santé mentale, et signant définitivement leur damnation à tous les deux. Heathcliff quant à lui, ne vivra que pour se venger de l’oppresseur, Hindley, et de Edgar Linton qu’il juge responsable de la mort de son âme soeur, jurant de faire subir les mêmes humiliations et souffrances qui furent les siennes à toute leur descendance. Manipulateur, cruel, égoïste, il ne reculera devant rien pour parvenir à ses fins et s’approprier tous les biens de ses deux ennemis.

Les autres personnages deviendront presque tous les instruments de sa vengeance : Hindley bien sûr, puis Isabelle, la soeur d’Edgar, que Heathcliff épouse pour faire du tort à son frère, son propre fils Linton, un être chétif et souffreteux, et Cathy, la fille de Catherine et Edgar, qu’il retient prisonnière en la mariant de force à Linton, parvenant ainsi enfin à ses fins. Je dois dire que ces personnages secondaires, pourtant plus aimables (à l’exception de Hindley) et plus tendres de coeur, ne m’ont pas beaucoup touchés. La plume miraculeuse d’Emily Brontë et la description des tourments de Catherine et Heathcliff font que je les ai paradoxalement bien plus compris et préférés. Leur désespoir, leur incapacité à trouver la rédemption et le bonheur en étant séparé l’un de l’autre m’a bouleversée. Il y a une force incroyable dans l’expression de leurs sentiments. Le refus de Heathcliff de vivre sans celle qu’il aime est d’une beauté animale, c’est « un homme féroce, impitoyable, un loup », et s’il maintient durant tout le récit des comportements totalement condamnables, je n’ai pas pu m’empêcher de compatir profondément face à une perte qui ne pouvait que lui faire perdre la raison et une certaine part d’humanité. La violence de ces émotions, les extrémités auquel il en est réduit, sont si fortes que j’en ai eu les larmes aux yeux.

« Sois toujours avec moi… prends n’importe quelle forme… rends-moi fou ! mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver. Oh ! Dieu ! c’est indicible ! je ne peux pas vivre sans ma vie ! je ne peux pas vivre sans mon âme ! »

Je réserverai une place particulière à Hareton, le fils de Hindley, que j’ai trouvé très intéressant. Naturellement Heathcliff est prédisposé à le détester, et pourtant un lien étrange les lie, c’est le seul avec lequel il est aimable, voire respectueux, et Hareton lui-même lui voue une dévotion sans bornes. Son destin était d’être traité comme Heathcliff avait été traité par Hindley dans son enfance, et de devenir un être violent et rustre. Il est par certains côtés effectivement un prolongement de Heathcliff, et pourtant c’est lui qui incarnera le salut et l’espoir. Les mauvais traitements n’auront pas le même effet sur lui qu’ils ne l’avaient eu sur Heathcliff, et l’espoir que l’on sent poindre à la fin du roman viendra en grande partie de lui et d’une bonté d’âme que rien n’aura vraiment réussi à éteindre.

« Votre sang toujours calme ne connait pas les ardeurs de la fièvre; vos veines sont remplies d’eau glacée. Les miennes sont en ébullition et la vue d’une telle froideur les fait bondir. »

Il y a une large place accordée à la mort, au macabre, au morbide, Heathcliff lui-même étant obsédé par le corps de Catherine. Une atmosphère de nature sauvage, de lande inhospitalière, le vent et la pluie sifflants contre les fenêtres, tout ceci est propice aux fantômes, celui de Catherine qui revient hanter un Heathcliff qui l’appelle de ses voeux, et pour finir celui du couple enfin uni dans la mort, errant sur la lande.

Un roman puissant et profondément original, et d’une beauté à couper le souffle. Un coup de tonnerre, un tourbillon de bruyère et de neige dans lequel le lecteur est happé et dont il ne veut plus ressortir. Un de ceux qui marquent pour la vie.

Ma note (5 / 5)

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8 commentaires sur “Les Hauts de Hurlevent – Emily Brontë

  1. C’est l’un de les romans préférés ! Pourtant, ma première lecture fut assez difficile, j’avais du mal avec le fait que ce soit un narrateur externe qui raconte l’histoire de Catherine et Heathcliff. Puis j’ai lu le roman une deuxième fois, et là le charme a opéré. La puissance des sentiments, la nature sauvage, le malaise que l’on ressent : tout est intense.

  2. Je l’ai relu récemment, et c’est peut-être le roman qui m’a le plus marquée. Avec les années, je mettais mes impressions sur le compte d’un sentimentalisme d’adolescente, mais pas du tout. Je me retrouve complètement dans ton billet.

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