Jane Eyre – Charlotte Brontë

Résumé : 

Orpheline, Jane Eyre est recueillie à contrecœur par une tante qui la traite durement et dont les enfants rudoient leur cousine. Placée ensuite en pension, elle y reste jusqu’à l’âge de dix-huit ans. Elle devient alors gouvernante pour le noble M. Rochester, dont elle tombe bientôt amoureuse, mais les obstacles seront nombreux*.

« Comme la bruyère de la lande sauvage,

Que le vent impétueux emporte dans un tourbillon. »

Mon avis :

Qu’est-ce qu’un livre préféré ? Celui que l’on distingue entre tous ? Depuis mon plus jeune âge j’ai toujours beaucoup lu, pourquoi Jane Eyre est-il à part, celui que je désigne invariablement comme mon livre préféré, fétiche ? Je ne pourrais l’exprimer mieux que Carlos Ruiz Zafón : « Rien ne marque autant un lecteur que le premier livre qui s’ouvre vraiment un chemin jusqu’à son coeur. »

Je me souviens parfaitement de cette première lecture à 15 ans, lorsque je tournais avidement les pages du roman, subjuguée par l’histoire de cette jeune femme si en avance sur son temps et par la magnifique écriture de Charlotte Brontë. Je me retrouve tellement dans les pensées de Jane, ses questionnements, sa manière de voir la vie et l’amour, les mots et les émotions y sont si justes, que ce roman magique m’a toujours touchée en plein coeur, et je le considère comme un compagnon fidèle. Le livre a d’ailleurs un peu souffert, et j’ai eu la surprise lorsque je l’ai relu récemment d’y trouver glissés entre les pages différents petits témoignages des précédentes lectures : un billet de musée, une fleur séchée… Preuve que ce livre vit à mes côtés et témoigne des années passées.

« Le passé était une page si divinement douce, si mortellement triste, que la lecture d’une seule de ses lignes aurait suffi à faire évanouir mon courage, à briser mon énergie. L’avenir était un néant affreux, quelque chose comme le monde après le déluge. »

Pour en revenir à l’oeuvre, je suis totalement fascinée par les soeurs Brontë, Charlotte mais aussi Emily et Anne (malheureusement trop peu connue), chez lesquelles on sent ce goût pour conter des histoires. Tout leur servait d’inspiration, à commencer par les moors, ces landes, tellement typiques du décor anglais, qu’elles chérissaient et qui sont toujours présentes dans leurs romans. Mais aussi leur frère Branwell, qui suscitait tant leur admiration, et qui sombra tragiquement dans l’alcool et la déchéance avant de mourir de la tuberculose : ce fut lui qui le premier participa à la création de leur monde créatif et littéraire, et il inspira nombre de leurs personnages masculins.

Et enfin, on y retrouve énormément de leur propre vie. Jane Eyre est Charlotte Brontë à bien des égards. Elle s’est largement inspirée de sa propre expérience d’orpheline, puisqu’elle perdit sa mère très jeune, puis d’écolière à Cowan Bridge, qui inspira le pensionnat de Lowood, et enfin d’institutrice et de gouvernante. Et surtout, c’est son âme, ses aspirations, son monde intérieur, que Charlotte Brontë a insufflés à son héroïne.  Tout cela donne au roman une épaisseur et une richesse incroyable.

« Il me semble avoir là, à gauche, quelque part sous les côtes, un lien étroitement et inextricablement noué à un lien identique qui part d’un même point de votre petite personne. »

On y côtoie une galerie de personnages extrêmement travaillés, mais souvent peu dans la demi-mesure. On passe en effet de personnages cruels, comme Mrs Reeds et ses enfants, ou encore le pasteur Brocklehurst, que l’on se plait à détester, à des personnages qui apportent à Jane un apaisement bienvenu et qui sont décrits a contrario comme des modèles de sainteté : son amie d’école Helen Burns ou encore les soeurs Rivers. Les personnages principaux sont beaucoup plus complexes, et tiraillés par des penchants tout à fait contraires. Ainsi Jane est-elle à la fois timide et audacieuse, austère et passionnée. naïve et réfléchie, obéissante et indépendante. Mr Rochester est quant à lui tour à tour brusque et tendre, immoral et soucieux de se racheter. Jane Eyre est d’abord l’histoire de leur amour tourmenté, et on retrouve l’intransigeance des positions de Charlotte Brontë sur l’amour : elle déconsidère les mariages de pure convenance et célèbre le grand amour, l’union parfaite de deux êtres. Mais dans le même temps, elle fait primer le devoir sur la passion, et Jane renoncera ainsi à son mariage face à des obstacles qu’elle juge insurmontables.

« Je ne suis pas un oiseau, je ne suis prise en aucun filet ; je suis un être humain, libre, avec une volonté indépendante, qui se manifeste dans ma décision de vous quitter ».

Charlotte Brontë était une grande romantique, et elle livre une histoire d’amour magnifique. Il est d’ailleurs frappant de constater que, défiant les conventions sociales, malgré la différence d’âge et de rang, l’amour entre Jane et Mr Rochester parait très vite l’évidence même. On le pressent dès leur rencontre, lorsqu’on assiste à cette connexion parfaite entre deux esprits égaux. Leur passion est extrêmement touchante, d’autant plus qu’elle est éprouvée par de nombreuses difficultés.

Le roman est également profondément féministe, dénonçant le manque d’indépendance des femmes. Jane est systématiquement malmenée, de manière différente certes, par des personnages masculins qui entendent lui imposer leur volonté. D’abord son cousin, John Reed, puis le directeur de Lowood Mr Brocklehurst, mais également Mr Rochester et St John Rivers, qui, bien que plus aimables, entendent tous deux lui imposer une situation inacceptable pour elle. C’est en cela que Jane Eyre est un roman extrêmement hardi pour l’époque : le récit d’une jeune femme qui s’oppose systématiquement aux choix auxquels on entend la soumettre et qui trace elle-même sa voie.

« Les femmes souffrent d’une contrainte trop rigide, d’une inertie trop absolue, exactement comme en souffriraient les hommes ; et c’est étroitesse d’esprit chez leurs compagnons plus privilégiés que de déclarer qu’elles doivent se borner à faire des puddings, à tricoter des bas, à jouer du piano, à broder des sacs. Il est léger de les blâmer, de les railles, lorsqu’elles cherchent à étendre leur champ d’action ou à s’instruire plus que la coutume ne l’a jugé nécessaire à leur sexe. »

Charlotte Brontë y mêle également une forte critique sociale : critique de l’hypocrisie religieuse, qui atteint son paroxysme avec le fameux pasteur Brocklehurst, avare et cruel, et critique des écarts dans l’échelle sociale de l’époque. On sent ici les traces de ses amères expériences de gouvernante, et de la déconsidération qu’elle a subi, que l’on retrouve incarnée dans la longue tirade de Miss Blanche Ingram, une jeune fille de bonne famille mais orgueilleuse et sotte, sur les gouvernantes. Enfin, la part de mystère est très présente dans le roman et contribue à son atmosphère fascinante, avec la terrifiante chambre rouge, l’habitante lugubre du troisième étage de Thornfield, la référence à des signes et des superstitions, comme le gytrash ou le marronnier foudroyé, ou encore l’évocation de la voyance et de la télépathie.

« Les pressentiments, les affinités, les signes sont choses étranges, qui, en se combinant, forment un mystère dont l’humanité n’a pas encore trouvé la clef. »

Tout ceci servi par une plume magnifique, avec de longues descriptions, teintées souvent de lyrisme. Un roman envoûtant et enveloppant, dans lequel j’aime toujours autant me replonger avec la sensation de me retrouver un peu chez moi.

Ma note (5 / 5)

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*Résumé de babelio.fr

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4 commentaires sur “Jane Eyre – Charlotte Brontë

  1. Whaouhh ! J’aime beaucoup aussi Jane Eyre et j’ai beaucoup aimé comment tu en as parlé. C’est aussi un de mes livres amis. Je trouve également ce livre audacieux et féministe. En effet, personne ne dicte la conduite de Jane, elle choisit comment vivre sa vie et avec qui. Elle pense par elle même. Elle est je trouve aussi très indépendante. C’est vraiment une jolie histoire.

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