La Dame du Manoir de Wildfell Hall – Anne Brontë

Résumé :

L’arrivée de Mrs Helen Graham, la nouvelle locataire du manoir de Wildfell, bouleverse la vie de Gilbert Markham, jeune cultivateur.
Qui est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel lourd secret cache-t-elle ? Sa venue alimente les rumeurs des villageois et ne laisse pas Gilbert insensible. Cependant, la famille de ce dernier désapprouve leur union et lui-même commence à douter de Mrs Graham… Quel drame s’obstine-t-elle à lui cacher ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?

« C’était un matin sombre et morne, le temps avait changé comme mes espérances, et la pluie battait ma fenêtre. »

Mon avis :

Mais quelle surprise ce roman ! Je ne connaissais pas du tout l’oeuvre d’Anne Brontë, qui souffre un peu de la popularité de ses soeurs Charlotte et Emily. Pourtant, elle gagne à être connue, en particulier pour La Dame du Manoir de Wildfell Hall qui est une véritable merveille de la littérature victorienne, et pour sa plume qui est extrêmement précise et délicate.

« Chez moi, le rire est si proche des larmes ; je pleure souvent lorsque je suis heureuse, et je souris lorsque je suis triste. »

Tout d’abord j’ai adoré le mystère autour de cette femme, nouvelle venue dans une petite communauté de mauvaises langues prompte à faire circuler les rumeurs, et dont personne ne sait rien. D’où vient-elle ? Quel est ce passé qu’elle cherche si jalousement à cacher ? Quel scandale peut-elle bien vouloir fuir ? On découvre la vérité progressivement, en même temps que Gilbert, notre curiosité piquée comme la sienne. En découle un récit passionnant, que j’ai dévoré d’une traite.

Les soeurs Brontë ont décidément un talent inégalable dans la description des caractères de leurs personnages. Ils sont toujours profonds et tourmentés, tiraillés entre des aspirations contradictoires. Le personnage de Helen, que l’on découvre petit à petit en est un parfait exemple : elle apparait d’abord mystérieuse, puis naïve lorsqu’on apprend qu’elle s’est mariée un peu hâtivement, et enfin lorsque la véritable nature de son époux se dévoile, courageuse, fidèle et extrêmement pieuse. À travers elle, Anne Brontë dénonce l’innocence et l’aveuglement des jeunes filles de l’époque, qui s’engageaient dans le mariage trop légèrement, sans doute abreuvées de romantisme. Le personnage de son mari, Huntington, a quant à lui été largement inspiré à Anne Brontë par son frère Branwell, et est un reflet de son impuissance à guérir son âme torturée et à prévenir sa descente aux enfers.

« On peut apprendre plus long sur l’élévation et la profondeur d’une âme en regardant dans ses yeux, dans l’espace d’une heure, que pendant une vie entière lorsque l’autre est décidé à vous cacher son coeur ou que vous n’avez pas l’intuition de le comprendre. »

La narration est par ailleurs superbement menée, qui enchâsse le journal intime de Helen Graham dans le récit, auparavant conté à la première personne par Gilbert Markham. Cela permet une narration féminine, une expression libre de la parole d’une femme sur ses espoirs, ses désirs, son mariage, ce qui est extrêmement novateur à l’époque. Ce roman marque les prémices du féminisme, avec un plaidoyer fort pour davantage d’émancipation de la femme, et une dénonciation de l’oppression dans le mariage, ce qui est résolument moderne, et à contre-courant de la pensée de l’époque obligeant les femmes à l’obéissance et à la loyauté. Helen Graham est en effet confrontée à un mari violent, alcoolique, libertin, possessif, manipulateur, et totalement tyrannique, dont elle craint plus que tout l’influence sur le caractère de son jeune fils. Il y a d’ailleurs également un long passage fort intéressant et pertinent concernant l’éducation, notamment sur la distinction qui était faite entre l’éducation des filles et celle des garçons.

« – Aimeriez-vous que votre femme rougisse de honte chaque fois que votre nom est mentionné en société, qu’elle haïsse jusqu’au son de votre voix et frissonne de dégoût lorsque vous approchez ?
– Elle ne ferait jamais cela ; elle m’aime, quoi que je fasse.
– C’est impossible, Mr Hattersley ! Vous confondez soumission et affection. »

Les romans d’Anne Brontë ne m’inspirent pas la même passion que ceux de ses soeurs Charlotte et Emily, mais ce qui est tout de même incroyablement frappant dans La Dame du manoir de Wildfell Hall, c’est à quel point ses thématiques sont tristement actuelles, comme l’alcoolisme ou les violences conjugales par exemple. Ce qui en fait une oeuvre riche, intense, et sans doute plus réaliste que Jane Eyre ou Les Hauts de Hurlevent. Un peu trop peut-être puisque même Charlotte s’opposera, après la mort d’Anne, à la republication de ce roman précurseur.

Ma note (5 / 5)

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3 commentaires sur “La Dame du Manoir de Wildfell Hall – Anne Brontë

  1. J’avais dévoré ce roman ! Je sais qu’il n’a pas toujours plu mais, pour ma part, je l’avais trouvé d’une modernité éclatante et encore une fois, le talent d’Anne Brontë se confirme ! Un très bon classique, peut-être un peu plus consensuel que ceux de ses sœurs effectivement, mais…tout aussi intéressant. J’ai pris un grand plaisir à lire ce roman.

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