La Saison des feux – Celeste Ng

Résumé :

À Shaker Heights, banlieue riche et tranquille de Cleveland, tout est soigneusement planifié pour le bonheur des résidents. Rien ne dépasse, rien ne déborde, à l’image de l’existence parfaitement réglée d’Elena Richardson, femme au foyer exemplaire. Lorsque Mia Warren, une mère célibataire et bohème, vient s’installer dans cette bulle idyllique avec sa fille Pearl, les relations avec la famille Richardson sont d’abord chaleureuses. Mais peu à peu, leur présence commence à mettre en péril l’entente qui règne entre les voisins. Et la tension monte dangereusement à Shaker Heights.

« Ils ne gâchaient rien, surtout pas leur temps. »

Mon avis :

J’attendais avec impatience ce second roman de Celeste Ng, ayant adoré Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, et je n’ai pas été déçue. On retrouve un peu de Liane Moriarty et de Laura Kasischke dans cette exploration des complexités de l’adolescence et de la féminité, ainsi que dans cette critique des banlieues américaines riches et aseptisées, où toutes les familles, toutes les maisons, tous les jardins se ressemblent. Cette banlieue de Shaker Heights réunit tous les clichés, et les descriptions qui en sont faites sont glaçantes : un ensemble de règles mis en place pour en faire un petit paradis, une utopie parfaite. Des règles allant jusqu’à la manière dont les pelouses doivent être tondues, la couleur de peinture des maisons, ou encore l’itinéraire à suivre au sein de l’épicerie du coin.

« Toute sa vie elle avait appris que la passion, comme le feu, était une chose dangereuse. Elle devenait si facilement incontrôlable. Elle escaladait les murs et bondissait par-dessus les tranchées. »

La métaphore du feu, filée tout au long du roman, est intéressante. Il est évoqué plusieurs fois, sous forme de braises, d’étincelles ou de flammes, tantôt pour exprimer le feu de la rage, tantôt le feu du scandale… Comme si ces banlieues empêchaient le feu présent en chaque personne de s’attiser, comme si elles plaçaient un couvercle sur des braises. C’est d’ailleurs très bien incarné par le personnage d’Izzie, la benjamine de la famille Richardson, que l’on sent écrasée sous le poids de cette famille parfaite et qui veut bousculer l’ordre établi, parler des vrais sujets qui fâchent au lieu de les pousser sous le tapis, combattre l’injustice sociale au lieu d’offrir des sourires de complaisance et de pitié. C’est d’ailleurs par le feu qu’Izzie a déclenché intentionnellement dans leur maison familiale que débute le roman. Elle est l’antithèse parfaite de sa mère, qui estime faire une bonne action, faire preuve de grandeur d’âme en louant un appartement à une mère célibataire et sa fille. Elena Richardson ne voit pas les failles dans sa propre famille, chez ses propres enfants, et Mia et Pearl vont servir de révélateur.

« Il avait été attiré par cette étincelle, cette détermination, par le fait qu’elle savait toujours ce qu’elle voulait et avait un plan, par le fait qu’elle se souciait profondément du bien et du mal – cette flamme qui, après tant d’années passées dans la quiétude de la banlieue, semblait avoir été réduite à des braises. »

La famille Richardson est en apparence sans histoires jusqu’à l’arrivée de ces deux femmes. C’est d’abord Moody, l’un des garçons, qui va instantanément se lier d’amitié avec Pearl et l’introduire dans son cercle familial. Pearl va être subjuguée par leur vie, en contraste tellement flagrant avec la vie de bohème qu’elle mène avec sa mère, ne supportant pas de rester au même endroit plus de quelques mois. Son besoin de stabilité va être rassasié par le contact avec cette famille « normale », typiquement américaine. À l’inverse, Izzie, en opposition constante avec sa mère et ce que sa famille représente, va être immédiatement attirée par Mia, cette artiste si inconventionnelle, qui la pousse à être elle-même, qui l’encourage. Lexie, l’aînée, va également vivre un changement profond : d’adolescente privilégiée et hautaine, elle va comprendre les complexités de la vie malgré elle, et se sentir protégée par Mia. Les uns après les autres, les enfants Richardson vont ainsi être transformés par l’irruption des Warren dans leur vie.

En parallèle des histoires adolescentes, d’autres drames se nouent dans le quartier, dans lesquels Mia va jouer un rôle qui l’opposera irrémédiablement à Elena Richardson, qui dès lors n’aura de cesse de chercher ce que cache sa locataire et de la confondre. La fracture sociale est longuement traitée, cette incompréhension que les familles aisées peuvent avoir de celles qui peinent à joindre les deux bouts, comme si ces dernières le faisaient exprès, comme si elles étaient moins méritantes. Dès lors, ces deux femmes vont faire figure de pôles opposés tout au long du récit ; l’une est superficielle, attachée aux apparences, obsédée par le fait de tout contrôler dans sa vie ; l’autre revendique sa liberté, offre sa compassion et son aide à tour de bras. C’est très cliché mais ça fonctionne merveilleusement, Celeste Ng excellant dans l’art d’appuyer là où ça fait mal pour faire réagir son lecteur.

« Après avoir brûlé, le sol est plus riche, et la végétation peut repousser. Les gens sont pareils, tu sais. Ils repartent de zéro. Ils trouvent un moyen. »

Le roman offre également une réflexion intéressante sur la féminité, et plus précisément sur la maternité. Qu’est-ce qui définit une mère : est-ce la biologie ou bien l’amour ? Qu’est-ce qu’une bonne mère ? Est-ce qu’il faut mériter ses enfants ? Des questions complexes et extrêmement présentes dans la société et les débats d’aujourd’hui. Les relations mères-filles sont longuement explorées, à travers deux couples diamétralement opposés : Mia et Pearl d’un côté, Elena et Izzie de l’autre.

Même si j’ai trouvé l’histoire moins bouleversante que celle de son premier roman, La saison des feux est plus abouti, avec une réflexion plus profonde. J’ai hâte de voir ce que cette auteure nous réserve à l’avenir…

Ma note (4 / 5)

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