Inishowen – Joseph O’Connor

Résumé :

Elle habite New York, vient d’apprendre qu’elle a un cancer et décide sans prévenir les siens de s’en retourner en Europe, dans l’Ile Verte où elle est née. Lui est flic à Dublin, un peu abîmé par la vie et par le whiskey, fatigué surtout de se battre contre la mafia locale, qui a résolu, il le sait, de lui faire la peau. Ces deux êtres poussés à bout vont se rencontrer par hasard, prendront la fuite ensemble et iront trouver refuge tout au nord de l’Irlande, dans les parages d’Inishowen, un lieu de beauté et de paix… où le sang coule aussi bien qu’ailleurs.*

« A stor mo chroi – mon amour – , dans la brume du soir

Quand la nuit tombe doucement.

Loin de la foule, écoute un instant :

Tu entendras mon cri de désespoir. »

Mon avis :

Le dernier gros coup de coeur en date ! Je suis définitivement séduite par la littérature irlandaise, par ces romans rudes, âpres, qui décrivent si bien l’Irlande, son histoire, sa culture, ses hommes, ses paysages incroyables… Tout ce qu’il y a de beau mais aussi de meurtri dans l’Irlande se ressent énormément chez tous les auteurs irlandais que j’ai pu lire jusqu’à présent, dans leurs descriptions, dans leurs personnages… Ils m’émeuvent à chaque fois profondément, et Inishowen est une pépite dans cette littérature irlandaise bouleversante que je ne me lasse pas de découvrir.

C’est un roman magnifique sur la rencontre de deux êtres brisés par la vie. Martin Aitken est un policier renommé mais récemment rétrogradé par sa hiérarchie, il ne s’est pas remis de la mort de son fils Robbie, qui lui a couté son mariage, et il vit dans une maison qu’il néglige tellement que des champignons commencent à pousser sur la moquette. Ellen Donnelly est une femme condamnée par un cancer, à la recherche de sa mère qui l’a abandonnée sur un coin de route en Irlande, et dont le mari la trompe allègrement en pensant qu’elle n’y voit que du feu. Elle tombe dans les pommes en pleine rue à Dublin, et c’est Martin qui sera dépêché sur les lieux. Depuis cet instant, un lien puissant se noue entre eux, ils se comprennent instantanément, reconnaissent d’instinct les failles de l’autre. Ils décident de se rendre ensemble à Inishowen, en Irlande du Nord, elle sur les traces de sa mère, lui pour se rendre enfin sur la tombe de son fils.

« L’idée qu’il était tombé amoureux d’une femme en train de mourir roula dans son esprit, pareille à une vague grise. Il la laissa venir se briser puis se retirer. Il n’y pouvait rien. »

C’est un roman dense, assez dur, qui marque les souffrances profondes de ces deux êtres, mais aussi de ceux qui les entourent en Irlande ; on est au milieu des années 90, le conflit en Irlande du Nord n’est pas terminé, et le climat de tension est palpable. Au gré de leur voyage, on sent dans ce roman encore les blessures d’un peuple tout entier, déchiré en deux, et qui peine à se redresser : chômage, pauvreté, terrorisme, corruption… Une toile de fond touchante et sans concessions de l’Irlande de ces années-là.

Le récit se déroule sur une semaine, la dernière de l’année 1994, du 23 décembre au 1er janvier. La narration alterne entre Martin, Ellen et Amery, son mari. Ce dernier point de vue permet de comprendre le quotidien d’Ellen aux États-Unis, auprès d’un homme dont elle n’est pas vraiment proche, et qui la déracine encore davantage de ce qu’elle est. Il ne la comprend pas ; elle est trop rêveuse, trop artiste, trop irlandaise, trop engagée dans des causes qui lui semblent futiles. On apprend qu’elle a coutume de « fuguer », de disparaître plusieurs jours avant de rentrer, et Amery ne s’inquiète donc pas trop de prime abord lorsqu’elle disparaît à nouveau en cette veille de Noël.

« N’étaient-ils pas à l’image de deux pays voisins, inextricablement liés, dépendant l’un de l’autre de mille manières mais incapable de se fondre en un seul ? Jamais réunifiés. Ce qu’ils en étaient venus à aimer le plus, c’était la frontière qui les séparait. »

Joseph O’Connor ne tombe pas dans la facilité, ce n’est pas une jolie romance sans accrocs mais la rencontre extrêmement touchante d’un couple improbable, qui permet à chacun de revivre. Ils sont nécessaires l’un à l’autre, ils se font du bien à un moment de leur vie où le désespoir menaçait de tout emporter. Leur expédition vers la pointe de l’Irlande du Nord est au début frappée de gaité et de légèreté, comme s’ils se libéraient tous deux d’un poids. Mais la menace plane. On les sent suivis, sans trop savoir pourquoi. Et on s’interroge : comment cela peut-il finir ? Elle est condamnée, et lui est poursuivi par ses démons. Derrière cette folle échappée monte donc une angoisse sourde, on s’attache énormément à ces deux âmes blessées et dans le même temps on craint pour eux à chaque village qu’ils dépassent.

« Je t’ai toujours appartenu et tu m’as toujours appartenu. Nous étions déjà ensemble avant même que je te rencontre. Avant même ma naissance. Nous nous sommes simplement retrouvés. »

Ce roman m’a bouleversée. J’ai été frappée par sa beauté, sa sensibilité, sa poésie malgré des passages d’un langage haut en couleurs. C’est un très beau trésor de la littérature irlandaise : âpre, dur, sauvage, magnifique.

Ma note (5 / 5)

signature4

*résumé de babelio.fr

2 commentaires sur “Inishowen – Joseph O’Connor

Laisser un commentaire