À l’irlandaise – Joseph O’Connor

Résumé :

« Ma tendre chérie ». C’est ainsi que Billy Sweeney s’adresse à sa fille violée dans une station-service et depuis lors plongée dans le coma. Dans une longue lettre passionnée et mélancolique, il lui raconte son histoire et comment il a cherché à se venger de son agresseur. Billy se souvient de l’insupportable culot qui émanait de Donal Quinn le premier jour du procès. Il se souvient que c’est à ce moment-là qu’il a décidé de tuer le jeune homme. Quand, le deuxième jour du procès, il apprend que Quinn s’est enfui, Billy se transforme en chasseur. Nuit après nuit, il traque le voyou évadé dans les bas-fonds de Dublin. Bientôt, le père meurtri et sa proie se retrouvent face à face dans une volière désaffectée. S’ensuit une confrontation entre deux hommes qui n’ont plus rien à perdre et rivalisent de cruauté.

« Parfois je me sentais si seul que cela m’effrayait. D’autres fois, je croyais dur comme fer devenir fou de désespoir. Mais la folie n’aurait pas été lé fin du monde. Étant donné ce que je ressentais vers cette époque, même la fin du monde n’aurait pas été la fin du monde ! »

Mon avis :

Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé littérature irlandaise par ici ! Après avoir été bouleversée par Inishowen, je voulais absolument découvrir un autre roman de Joseph O’Connor, et c’est le résumé d’A l’irlandaise qui m’a interpellée. Il y a une puissance dans les écrits de cet auteur qui me coupe le souffle à chaque fois. C’est la violence des émotions à l’état brut, la beauté de l’Irlande même dans sa laideur parfois, la force des mots couchés sur le papier.

J’ai beaucoup aimé la narration sous la forme d’une longue lettre, presque un journal intime, adressée par Billy Sweeney à sa fille cadette, dans le coma après avoir été agressée par quatre hommes dans une station service. Une longue lettre d’amour d’un père à sa fille, qui retrace les événements qui se sont déroulés depuis son agression : le procès, l’évasion d’un des criminels, Donal Quinn, et la traque à laquelle Billy s’est livrée pour faire justice lui-même. Mais cette lettre n’est pas uniquement factuelle. Si elle est immergée dans le présent, livrant les états d’âme de ce père à la torture, elle est également l’occasion pour lui de revenir sur son passé, et notamment sur son mariage et sa vie de famille. Ainsi raconte-t-il à sa fille comment il a rencontré sa mère, Grace, à quel point leur cheminement a été chaotique, les ravages de son alcoolisme sur son mariage, le décès de Grace… On touche dans ces passages à l’humanité profonde de ce père, profondément seul, qui s’interroge sur sa propre culpabilité, envers sa femme et envers ses filles. En évoquant ses souvenirs, il oscille entre nostalgie de ses jeunes années et de son amour passionné pour Grace, et profond remords. Il repense avec douleur aux bonheurs mais aussi à ses instants de faiblesse, à ses erreurs, à tout ce qu’il aurait pu faire différemment.

« Je n’arrive pas à me souvenir si je t’ai jamais vraiment avoué que tu étais ma tendre chérie, que tu m’as sauvé la vie, que tu as apporté à mes jours les plus sombres des instants de foi sacrée et désarmante, que je ne méritais pas, que ta présence a sanctifié mon existence. »

Comme dans Inishowen, c’est véritablement ça qui m’a bouleversée : une âme complètement à nu, rien n’est édulcoré, rien n’est passé sous silence. C’est un bilan honnête et cru d’un homme meurtri, seul, blessé, qui a tout perdu. Son désespoir, son amour pour sa fille sont extrêmement prégnants tout au long de ces pages, et c’est extraordinairement émouvant.

La première partie ne fait que retracer le procès et la vie de famille à grands traits, c’est ensuite que les choses gagnent en profondeur et basculent, et le lecteur perd pied, en même temps que Billy. Après une traque qui durera de longues semaines, il retrouvera l’agresseur de sa fille. La confrontation, qui va devenir un huis-clos, entre les deux hommes est parfois à la limite de l’insoutenable, et j’ai parfois eu peur que le roman bascule dans le glauque. C’était faire preuve de peu de confiance en l’auteur, qui malmène les émotions de son lecteur pour opérer un basculement qu’on n’avait pas vu venir, et sur lequel je n’en dirai pas plus.

« Un fait est certain : si seulement j’ai tiré une leçon – si j’ai une chose à te léguer -, c’est que tout jugement individuel en matière de morale humaine qui contient le mot « nous » est un mensonge. »

Joseph O’Connor signe un roman tout en nuances, où chaque homme est un bourreau et un héros dans le même temps, et abordant avec finesse et intelligence les thèmes de la vengeance et de la rédemption. C’est brutal, rude, comme l’était l’Irlande des années 90, qui est dépeinte sans détours avec son chômage, l’alcoolisme, la violence qui se généralise, le conflit avec l’Irlande du Nord…

J’ai été totalement subjuguée par ce roman magnifique, qui m’a tour à tour émue aux larmes et donné des frissons. C’est un véritable tour de force, un ascenseur émotionnel, brillant, poignant, inoubliable, bref un roman irlandais !

Ma note (5 / 5)

2 commentaires sur “À l’irlandaise – Joseph O’Connor

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