Les vestiges du jour – Kazuo Ishiguro

Résumé :

« Les grands majordomes sont grands parce qu’ils ont la capacité d’habiter leur rôle professionnel, et de l’habiter autant que faire se peut ; ils ne se laissent pas ébranler par les événements extérieurs, fussent-ils surprenants, alarmants ou offensants. Ils portent leur professionnalisme comme un homme bien élevé porte son costume. C’est, je l’ai dit, une question de dignité. »

Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant les années 1930 de l’influent Lord Darlington puis d’un riche Américain. Les temps ont changé et il n’est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu’à ce qu’il parte en voyage vers Miss Kenton, l’ancienne gouvernante qu’il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de sa loyauté et de ses choix passés.

« Nécessairement, un « grand » majordome doit pouvoir faire état de ses années de service en disant qu’il a consacré ses talents à servir un grand homme et, par l’intermédiaire de celui-ci, à servir l’humanité. »

Mon avis :

J’adore le magnifique film de James Ivory, avec Anthony Hopkins et Emma Thompson, et après avoir vu que les critiques du roman dont il était adapté étaient dithyrambiques, j’avais vraiment hâte de le lire.

Mon impression peut finalement se résumer en peu de mots : quel ennui ! Je ne comprends pas l’engouement pour ce roman. Si je reconnais un style très travaillé, j’ai trouvé ça horriblement lent. Le narrateur, Stevens, est un majordome qui a passé sa vie au service des autres. Il entreprend, lors de quelques jours de congé, un voyage pour rendre visite à Miss Kenton, une ancienne gouvernante avec laquelle il a travaillé, et pour laquelle il nourrit des sentiments complexes. S’ensuit dès lors, tout au long du roman une looooongue introspection, entre souvenirs de ses années de service et réflexions sur le métier de majordome.

« En un mot, la « dignité » n’est pas à la portée de ce genre de gens. Nous autres Anglais bénéficions dans ce domaine d’un avantage considérable sur les étrangers, et c’est pour cette raison que lorsque vous pensez à un grand majordome, il est presque certain, par définition, qu’il doit s’agir d’un Anglais. »

Je n’ai pas du tout été touchée par cet homme, qui se répète inlassablement (son obsession pour le « badinage » notamment devient de plus en plus agaçante) et qui a l’air un peu à côté de la plaque. Lord Darlington, le premier propriétaire de la demeure dans laquelle il travaille, semble avoir été très influent et recevait beaucoup de personnalités importantes, de sorte qu’on a parfois l’impression que le sort du monde s’est un peu joué entre les murs de Darlington Hall. L’extrême naïveté de Stevens lorsqu’il raconte les diners qui s’y tenaient, la réputation dont a souffert son employeur après la guerre, ou encore les appels du pied de Miss Kenton qui essayait clairement de lui faire comprendre qu’elle avait des sentiments pour lui, est prodigieusement agaçante. Il apparait assez clairement au lecteur, et sans doute petit à petit à Stevens, que l’effacement qu’il estime propre à sa profession l’a fait passer à côté de sa vie. Ainsi disserte-t-il longuement sur la « dignité » du bon majordome de maison, qui n’est que la volonté à faire passer sa vie sous le tapis au profit du service.

« Après tout, que pouvons-nous gagner à toujours regarder en arrière, et à nous blâmer nous-mêmes parce que notre vie n’a pas pris exactement la tournure que nous aurions souhaitée ? »

Ce roman est particulièrement éclairant sur la condition des fameux butlers anglais, avec en trame de fond un petit panorama historique, mais, malgré le petit côté rappelant Downton Abbey (Carson en particulier), qui aurait pu me plaire, il m’a manqué quelque chose. Stevens n’a suscité aucune empathie de ma part, je l’ai trouvé assez pathétique, d’une naïveté déconcertante, et incapable de réfléchir ou d’aimer par lui-même. J’ai vraiment lutté pour venir à bout du roman. C’est toujours un peu complexant et déconcertant de ne pas aimer un roman à ce point porté aux nues, je me demande toujours ce que j’ai raté. En l’occurrence, moi qui suis férue de littérature britannique et de tout ce qui peut évoquer la culture typiquement british, je m’attendais vraiment au coup de coeur. Peut-être l’écho du film était-il trop puissant, ou peut-être simplement ce roman n’était-il pas fait pour moi !

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Ma note (2,5 / 5)

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6 commentaires sur “Les vestiges du jour – Kazuo Ishiguro

  1. Merci beaucoup Charlotte, je me sens moins seule. J’ai adoré le film, j’avoue que j’ai un faible pour James Ivory et étudiante, j’allais voir tous les films qu’il faisait. J’ai donc naturellement voulu lire le livre…Je serai honnête : je l’ai pas terminé car j’ai le souvenir d’un ennui profond. En voyant que tu l’avais lu, je commençais déjà à chercher dans ma tête où j’avais pu le ranger, me disant qu’après ta critique, j’allais lui donner une deuxième chance, 20 ans après…Non, après avoir lu ta critique, je crois que je vais le laisser où il est et tant pis pour le snobisme (?) qui a poussé à dire que ce livre était génial!

    1. Je ne sais pas si c’est du snobisme, je pense que chaque roman touche différemment son lecteur… Peut-être que c’est le fait d’avoir vu le film avant qui nous a un peu gâché le roman aussi ?

  2. J’avais adoré le film en son temps et j’ai vraiment beaucoup aimé le livre. La mélancolie du récit, cette histoire d’amour manquée, l’ironie présente tout au long du texte et qui montre les faiblesses du majordome, la fin que je trouve bouleversante, tout participe à donner une grâce surannée au roman. J’ai trouvé passionnante cette plongée au cœur de la tradition britannique à travers l’histoire de Mr Stevens. La lenteur ne m’a pas du tout dérangée, au contraire, elle m’a aidée à appréhender et à comprendre le personnage et à totalement m’imprégner du récit.
    J’espère que ta prochaine lecture sera meilleure !

    1. Je peux parfaitement comprendre ce qui t’a touchée. La lenteur ne m’aurait pas tant dérangée si je n’avais pas été aussi agacée par le personnage principal, pour lequel j’ai eu du mal à ressentir une quelconque empathie… Merci 😉

  3. oh oh tu m’inquiètes car j’ai adoré le film et donc j’ai acheté le livre qui est sur mes étagères depuis plusieurs mois…. Je le lirai malgré tout car j’avais tellement aimé le film, son ambiance…. et je me ferai ma propre opinion. Une chronique sur mon blog sera postée….

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