Une vie – Guy de Maupassant

Résumé : 

Jeanne, fille unique très choyée du baron et de la baronne Le Perthuis des Vauds, avait tout pour être heureuse. Son mariage avec Julien de Lamare, rustre et avare, se révélera une catastrophe. Sa vie sera une suite d’épreuves et de désillusions.

« On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts. »

Mon avis :

C’est l’un des romans de Maupassant que je préfère, et pourtant quelle tristesse ! C’est le récit d’une vie, celle de Jeanne, de sa sortie à dix-sept ans du couvent où elle a été tenue « ignorante des choses humaines », bercée d’illusions et très naïve, à son quotidien triste et solitaire de vieille femme.

Très vite, elle devient une femme sujette aux crises de nerfs, qui pleure souvent, et se lamente sur son sort. Pourtant, comme lui fera remarquer sa bonne, Rosalie, sa vie n’a pas été pire que celle d’une autre, et des malheurs bien plus affligeants ont frappé d’autres familles. Il est vrai qu’on ne trouve pas chez Jeanne une héroïne très forte, courageuse, pleine d’allant. C’est plutôt une jeune fille qui a vu ses rêves et ses illusions se briser bien trop tôt, et sans personne pour l’avertir des choses de la vie.

« Elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle, s’apercevant pour la première fois que deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu’à l’âme, jusqu’au fond des pensées, qu’elles marchent côte à côte, enlacées parfois, mais non mêlées, et que l’être moral de chacun de nous reste éternellement seul pour la vie. »

À dix-sept ans, lorsqu’elle rentre chez elle, aux Peuples, elle est impatiente de commencer sa vie, pleine d’espoir et d’enthousiasme face aux aventures qu’elle est persuadée de vivre. Pourtant, et c’est ce tort qui va tout changer et déterminer son avenir, elle se marie très vite avec un jeune homme qu’elle connaît à peine, toute à son empressement de découvrir l’Amour. Son innocence et sa naïveté vont bien vite être mis à mal face à la découverte des réalités du mariage. Elle connaît, durant le voyage de noces en Corse, une brève période de répit qui lui laisse entrevoir avec soulagement que ce mariage sera peut-être heureux, avant d’être détrompée à peine rentrée. Julien change de comportement du jour au lendemain, dédaignant son épouse, méprisant ses beaux-parents, montrant des trésors d’avarice, et se révélant surtout rapidement infidèle.

« Alors elle s’aperçut qu’elle n’avait plus rien à faire, plus jamais rien à faire. »

Dès lors, ce n’est qu’une succession de déconvenues pour Jeanne, qui se laisse de plus en plus abattre par les événements et qui découvre avec horreur et dégoût les tréfonds de la nature humaine. Son seul salut sera son fils, Paul, dont elle n’accueillait pourtant pas la naissance avec entrain, et qui concentrera toute son attention et son affection. Malheureusement, cette démesure dans l’amour maternel aura également des conséquences qui la plongeront à nouveau dans un désespoir profond.

« L’habitude mettait sur sa vie une couche de résignation pareille au revêtement de calcaire que certaines eaux déposent sur les objets. Et une sorte d’intérêt pour les mille choses insignifiantes de l’existence quotidienne, un souci des simples et médiocres occupations régulières renaquit en son coeur. En elle se développait une espèce de mélancolie méditante, un vague désenchantement de vivre. »

Si le récit s’achève sur une note un tantinet plus optimiste, c’est un roman qui forme un constat assez sombre sur le mariage, les aléas de la vie, et surtout sur la condition de la femme. La vie selon Maupassant ne devient qu’une longue succession de défaites une fois que l’on s’est marié, le mariage ne pouvant qu’être un échec retentissant. Quant à la femme, elle est bien malmenée ! Jeanne est irritante de sentimentalisme et de naïveté lorsqu’elle rencontre Julien, et même si on peut lui reconnaître ses malheurs par la suite, puisque rien ne lui sera épargné, on ne peut s’empêcher de se demander dans quelle mesure elle ne l’a pas un peu cherché. Elle est en réalité une héroïne assez peu attachante, contrairement à Emma Bovary par exemple, qui connaît des malheurs comparables mais dont la personnalité et les réactions démontrent plus de passion et de révolte. La précipitation de Jeanne, qu’elle reconnaît elle-même, dans le mariage, et son attitude par la suite, légèrement hystérique et, il faut le dire, faisant preuve de bien peu d’intelligence, ne suscitent pas beaucoup la compassion du lecteur. Il est certain qu’elle ne suscitait déjà pas celle de son créateur, qui fait preuve d’un certain sadisme envers son héroïne…

« Tout n’était donc que misère, chagrin, malheur et mort. Tout trompait, tout mentait, tout faisait souffrir et pleurer. »

Une vie, en plus de décrire merveilleusement les moeurs du XIXe siècle, est aussi un roman sur la société normande de l’époque, sa noblesse, ses paysans, avec de superbes descriptions de la nature normande et de ses côtes, et des personnages attachants, les parents de Jeanne en particulier, empreints de bonhommie et de bonté. Un magnifique premier roman pour Guy de Maupassant.

Ma note (4,5 / 5)

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2 commentaires sur “Une vie – Guy de Maupassant

  1. Après une expérience malheureuse avec Maupassant au collège, je n’avais plus eu envie de lire ses livres. Je ne me suis lancée que bien plus tard et Une Vie m’apparaissait comme celui qui me correspondait le mieux. 🙂 Et effectivement, j’ai beaucoup aimé cette lecture même si, comme tu le soulignes dans ta chronique, on ne peut pas dire qu’elle soit optimiste, au contraire ! !
    Je garde un très bon souvenir de ce petit roman qui m’a réconciliée avec Maupassant.

    1. J’adore Maupassant ! Ses nouvelles m’ont toujours marquée, et j’aime beaucoup Bel-Ami et Une vie. Qu’avais-tu lu au collège ?

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