Un mariage anglais – Claire Fuller

Résumé :

Ingrid a 20 ans et des projets plein la tête quand elle rencontre Gil Coleman, professeur de littérature à l’université. Faisant fi de son âge et de sa réputation de don Juan, elle l’épouse et s’installe dans sa maison en bord de mer.
Quinze ans et deux enfants plus tard, Ingrid doit faire face aux absences répétées de Gil, devenu écrivain à succès. Un soir, elle décide d’écrire ce qu’elle n’arrive plus à lui dire, puis cache sa lettre dans un livre. Ainsi commence une correspondance à sens unique où elle dévoile la vérité sur leur mariage, jusqu’à cette dernière lettre rédigée quelques heures à peine avant qu’elle ne disparaisse sans laisser de trace.

Mon avis :

Le mariage est décidément un puits infini d’inspiration pour les écrivains, et il est rarement présenté sous son meilleur jour. C’est encore le cas dans le roman de Claire Fuller, qui avec beaucoup de délicatesse, dépeint les réalités d’un mariage, raconté par une femme dans des lettres qu’elle adresse à son mari. Des lettres cachées dans les nombreux livres qui encombrent leur maison au bord de la mer. Des lettres qu’il ne découvrira qu’après sa disparition.

Ces lettres vont-elles l’éclairer sur ce qui est arrivé à sa femme ? Tout ce que l’on sait, c’est qu’elle est partie nager un matin sans jamais revenir, laissant un mari et deux filles. S’est-elle noyée ? S’est-elle enfuie ? Mais les lettres vont plutôt l’éclairer sur les ressentis de son épouse, qui fut d’abord son étudiante, et qui l’a épousé alors qu’elle n’avait que vingt ans, et lui le double. Au gré de ces lettres, écrites la nuit par une femme abandonnée qui ne parvient pas à trouver le sommeil, Gil, et le lecteur par extension, ont un aperçu de ce qu’a réellement vécu Ingrid durant ces années à ses côtés. Une réflexion sur le couple et la maternité, sur les concessions, les désillusions et les difficultés d’une femme qui aspirait à mieux.

« Si je pouvais, je nous ferais vivre notre histoire à rebours : d’abord nous connaitrions la colère, la culpabilité, la honte, la déception, l’agacement, le quotidien et la banalité, et nous les viderions de leur substance. Après cela, tout le reste nous attendrait encore. »

Le récit commence alors que Gil découvre la toute dernière lettre, la clé sans doute de la disparition de sa femme. Mais au moment où il commence à la lire, il croit apercevoir Ingrid dans la rue. Ses deux filles, Nan et Flora, vont le rejoindre dans la maison familiale, constatant avec consternation et inquiétude les livres qui s’empilent du sol au plafond, semblant sur le point d’engloutir leur père. L’occasion pour eux de se retrouver, et d’évoquer des sujets longtemps tus, des secrets de famille trop lourds à porter.

Même si c’est le point de vue de Flora, la cadette, qui nous est donné, j’ai trouvé les deux soeurs extrêmement touchantes. Nan, l’aînée, la raisonnable, qui avait quinze ans lors de la disparition de sa mère, et qui a pleinement endossé un rôle dont elle ne voulait pas. Flora, l’écorchée vive,  l’hypersensible, persuadée que sa mère est encore en vie quelque part, hantée par le souvenir de ce fameux matin où elle l’a observée en douce partir à la plage.

C’est un roman d’une tristesse infinie, mais pudique, sensible, profondément émouvant. Les lettres d’Ingrid sont déchirantes, si bouleversantes de vérité que j’en ai souvent eu la larme à l’oeil. La narration m’a emportée dans ce va-et-vient entre les lettres et le huis-clos réunissant les deux soeurs et leur père, distillant par petites gouttes l’histoire de ce mariage, plein d’amour et de déceptions, de vie et de deuil.

« C’est dur de vivre dans l’espoir et le chagrin à la fois. »

Un petit bémol, j’ai trouvé dommage que l’on s’éloigne autant dans la traduction du titre original : Swimming lessons. Il est bien plus proche de l’esprit du roman, la mer et la nage étant omniprésentes dans le récit. Au sens propre, puisqu’Ingrid, pour tromper la solitude et la tristesse, nage de longues heures, souvent pendant ses nuits d’insomnie, imitée en cela par sa fille, Flora. Mais aussi au sens figuré, avec ces besoins qu’ont mère et fille de prendre le large, ce sentiment qu’elles ont de nager perpétuellement dans les eaux troubles de la vie. Que se passe-t-il dans la tête de ces femmes qui nagent, toujours plus loin, domptant la mer et le courant ? Quelle leçon apprennent-elles sur elles-mêmes, sur la vie ? Un livre à emporter sur la plage, pour une immersion complète dans ces pages giflées par un vent glacé et salé.

Ma note (4,5 / 5)

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