De la littérature au cinéma : Halloween

Les romans portés à l’écran sont légion, et c’est toujours intéressant de voir quel est le point de vue adopté par le réalisateur, et à quel point il s’éloigne, ou non, du nôtre en tant que lecteur. J’essaie d’éviter autant que possible de voir le film avant d’avoir lu le livre, au risque de ne pas pouvoir m’empêcher de visualiser les acteurs et le parti pris. Mais ce n’est pas toujours le cas, notamment parce que certains sont devenus beaucoup plus connus pour leur adaptation cinématographique, et je découvre par la suite qu’il s’agissait en réalité d’un roman.

Comme Halloween est demain soir, je vous ai préparé une petite sélection de films d’horreur, adaptés de romans parfois quelque peu éclipsés par leur double sur pellicule. D’ailleurs je suis loin de les avoir tous lus, et pour certains je ne suis pas sûre que je le ferai, le film se suffira amplement..!

 

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The Shining – Stephen King

All work and no play makes Jack a dull boy…  Stephen King a largement inspiré le cinéma, et bon nombre de ses romans sont devenus des films cultes. À commencer par Shining donc, adapté par le génial mais dérangeant Stanley Kubrick avec dans le rôle principal un Jack Nicholson au sommet de son art ! Jack Torrance embarque sa famille dans un gigantesque hôtel perdu au fin fond des montagnes Rocheuses du Colorado dans lequel il a accepté le poste de gardien. Très vite, on se rend compte que cet hôtel est quelque peu « habité », que Jack a de petits et grands démons, et que Danny, son fils, possède une sensibilité particulière à l’invisible. Inclassable, indémodable, roman et film sont des chefs-d’oeuvre. Vous vous souvenez de Joey dans Friends qui mettait son exemplaire de Shining au frigo dès que ça faisait trop peur ? Quel dommage qu’on ne puisse pas faire pareil avec sa télé…!

 

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Carrie – Stephen King

Encore une adaptation d’un roman de Stephen King (je suis sympa je vous ai épargné Cujo…). Une jeune fille affublée d’une mère complètement folle et puritaine, obsédée par le diable et le péché, a bien du mal à se faire une place au lycée où élèves et professeurs rivalisent de cruauté envers elle. Quelle n’est pas sa joie lorsqu’elle est invitée au bal de promo par l’un des garçons les plus populaires ! La souffre-douleur est en passe de devenir la reine du bal… Malheureusement pour elle et pour ses camarades, elle va subir l’humiliation de trop… Télékinésie, féminité, les réflexions du roman sont profondes, le film est traumatisant !

 

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Un bébé pour Rosemary – Ira Levin

Je n’ai pas lu le roman, je ne sais donc pas si l’adaptation lui est fidèle ou non. Le film en tout cas est un classique du genre. Un jeune couple, Rosemary et Guy Woodhouse, s’installe dans un immeuble new-yorkais vétuste et réputé maléfique. Leurs voisins, âgés et envahissants, se proposent immédiatement pour les aider, s’imposant insidieusement, et de manière de plus en plus malsaine. Rosemary tombe enceinte, et les choses commencent à prendre une tournure de plus en plus étrange. On ne voit RIEN, tout est suggéré, et c’est terrifiant quand même. Là encore, un coup de génie. C’est oppressant du début à la fin. Petit conseil : il vaut peut-être mieux éviter de le  regarder enceinte, sous peine d’être longtemps hantée par le final.

 

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Frankenstein – Mary W. Shelley

En lisant Frankenstein, dont je vous parlais ici il y a quelques semaines, j’ai été frappée par la différence entre le monstre tel qu’il est représenté dans les (nombreux) films, et celui dépeint par Mary Shelley. Il semblerait que le cinéma ait surtout cherché à mettre en avant l’expérience scientifique délirante, plutôt que la réflexion philosophique qu’a mené l’auteure. Le film a pris pas mal de libertés avec le roman, ainsi par exemple apprend-t-on qu’un cerveau de criminel est greffé à la créature, ce qui explique qu’elle devienne sanguinaire. On se retrouve donc, comme dans la version de 1931 avec Boris Karloff, face à un monstre fait de boulons, quelque peu débile et sanguinaire, bien loin de la créature, certes immonde, mais sensible et intelligente du roman.

 

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L’Exorciste – William Peter Blatty

Les films ayant pour sujet la possession ne sont pas mes préférés, je les trouve trop dérangeants… mais on ne peut pas faire l’impasse sur celui-ci. Il m’avait traumatisée à l’époque, et pour rien au monde je ne lirai le livre de peur que ce soit pire ! Pour l’époque (1973) ce film est totalement révolutionnaire, avec des scènes hallucinantes. Un petit conseil tout de même, ne soyez pas maso et ne regardez pas la version longue… Vraiment… J’insiste…

 

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Psychose – Robert Bloch

Norman Bates… ce nom vous poursuivra longtemps. Marion Crane s’enfuit après avoir volé 40 000 dollars. Elle s’arrête dans un motel, tenu par un sympathique gérant nommé Norman Bates, qui vit avec une mère possessive et jalouse. Sa soeur, sans nouvelles d’elle, se met à sa recherche, en compagnie d’un détective privé. J’adore les films d’Alfred Hitchcock, qui dans leur ensemble valent le détour, même si certains ont quand même bien vieilli. J’ai notamment revu  Les Oiseaux il y a peu de temps, avec une petite pointe de déception parce qu’il m’avait terrifiée quand j’étais petite. Celui-ci est hors catégorie ! La cultissime scène de la douche est évidemment l’une des plus marquantes du cinéma.

 

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Dracula – Bram Stoker

Je n’ai jamais lu le roman, ni vu toutes les adaptations cinématographiques. Il faut dire qu’il y en a eu énormément, plus ou moins fidèles à l’oeuvre originale. Certaines ont mis en avant le côté surnaturel, d’autres le côté érotique, d’autres enfin ont pris un parti humoristique, comme le film de 1996 avec Leslie Nielsen. L’adaptation de Francis Ford Coppola est sans doute la plus connue, avec Gary Oldman dans le rôle éponyme, et une vision de Dracula comme la victime d’une malédiction davantage que comme un monstre sanguinaire sans coeur.

 

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Le Tour d’écrou – Henry James

Ce court roman, que j’ai beaucoup aimé, a été adapté pas moins de cinq fois au cinéma ! Ce qui m’a globalement ennuyé avec ces adaptations, c’est qu’elles ont toutes un parti pris qui est absent dans le roman. En effet Henry James joue avec les lacunes et les double sens, et tout est fait pour débrider l’imagination du lecteur, qui choisit finalement lui-même l’interprétation qu’il donne à sa lecture. Les films sont le résultat de chaque interprétation des réalisateurs en question, qui ont chacun choisi de se focaliser sur l’un des aspects du roman.

L’adaptation la plus réussie à mon sens est Les Autres, un film très révélateur du talent d’Alejandro Amenabar (Tesis, Ouvre les yeux ou encore le sublimissime Mar Adentro dans un tout autre registre). Pour une fois la froideur de Nicole Kidman est parfaite pour le rôle. C’est brillant, mais c’est un film qui se re-regarde mal, avec une petite pointe de déception, tellement la claque est importante lors du premier visionnage. C’est loin d’être la version la plus fidèle au texte du roman, mais en revanche on y retrouve parfaitement l’esprit : une atmosphère mystérieuse et un peu malsaine, des enfants bien sages et parfaits en apparence, une femme dont on se demande si elle n’a pas perdu la raison…

Il existe également une adaptation par la BBC, mais mis à part le jeu de Michelle Dockery (qui jouait Mary dans Downton Abbey), je n’ai personnellement pas accroché, je trouve qu’il y a un parti pris trop fort du réalisateur, en particulier concernant les fantasmes sexuels de la gouvernante. J’ai trouvé que ça manquait de subtilité et de finesse, contrairement au roman.

Enfin l’adaptation la plus fidèle est sans doute celle de 1962 : Les Innocents, avec Deborah Kerr, parfaite dans le rôle de l’institutrice. On retrouve vraiment l’ambiance troublante du roman de Henry James, une atmosphère presque hitchockienne, et le scénario a été co-écrit par Truman Capote, excusez du peu !

 

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La légende de Sleepy Hollow – Robert Bloch

Je sais qu’il y a eu d’autres adaptations, mais je n’ai vu que celle de Tim Burton, que je trouve génialissime. Dans le film, Ichabod Crane est un inspecteur new-yorkais (il était instituteur dans la nouvelle de Whashington Irving), envoyé enquêter dans le village de Sleepy Hollow, après que des corps aient été retrouvés décapités, la tête ayant disparu. Les villageois lui apprennent que le responsable de ces crimes serait le cavalier sans tête. J’avais vu le film avant de lire la nouvelle, et j’ai été déçue par ma lecture. C’est bien écrit, mais on est bien loin de l’atmosphère un peu surnaturelle et fantomatique que Tim Burton a donné à son film. Pour une fois, je trouve que l’interprétation du réalisateur a vraiment enrichi le texte initial, et la performance de Johnny Depp, qui forme toujours un tandem extraordinaire avec Tim Burton, est pour beaucoup dans la réussite du film.

 

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Entretien avec un vampire – Anne Rice

Là encore, je ne connais que le film de 1994, donc je ne peux pas comparer à l’oeuvre originale. Un journaliste enregistre les confessions d’un vampire vieux de plusieurs siècles. Celui-ci lui raconte alors ses errances, son choix de devenir un vampire, sa vie aux côtés de Lestat, son diabolique créateur. On ne peut manquer d’être fasciné par ce duo un peu manichéen entre le méchant vampire sanguinaire (Tom Cruise) et le gentil vampire qui ne veut pas tuer (Brad Pitt), auquel va venir s’ajouter une jeune Kirsten Dunst, déjà excellente. Les vampires y sont exempts de clichés et proches des humains, ce qui je crois est conforme à ce qu’écrivait Anne Rice : pas de crucifix, d’ail, de brume étrange, de chauve-souris, de cercueils grinçants… C’est une immersion, un peu à la manière d’un documentaire, dans la vie d’une « famille » de vampires. Les interprétations sont excellentes, les décors magnifiques, et c’est un très bon film, à la fois angoissant et empreint d’une certaine tristesse, un mélange de mélancolie et de sensualité.

 

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La maison hantée – Shirley Jackson

Encore un roman que j’ai adoré et dont je craignais un peu les adaptations cinématographiques. J’en connais trois : La Maison du Diable en 1963, Hantise en 1999, et la série The Haunting of Hill House qui cartonne en ce moment sur Netflix. J’ai d’ailleurs trouvé incroyable que le fameux escalier en colimaçon de la bibliothèque soit quasiment exactement le même dans les trois adaptations, c’est vraiment le seul élément intangible et c’est un clin d’oeil amusant.

Le film le plus fidèle au texte est sans aucun doute La Maison du Diable, sorti en 1963, qui est reconnu comme un classique du genre. Mais on ne va pas se mentir, ça a un peu vieilli, et on ne peut pas dire que les effets spéciaux soient particulièrement impressionnants !

Hantise est un film qui s’oublie rapidement. Les acteurs ne sont pas très bons, les scénaristes se sont franchement éloignés du roman en se focalisant sur une relation quasiment de parenté entre Eleanor et la maison, et en imaginant des fantômes d’enfants prisonniers des lieux. Ce n’est pas vraiment une réussite, et il a tous les aspects des films hollywoodiens des années 90.

Quant à la série The Haunting of Hill House, on a beaucoup de mal à trouver le lien avec le roman. Les noms des personnages ont été conservés, il s’agit toujours de la même demeure hantée, mais pour le reste, rien ne rappelle véritablement le texte d’origine. Là où Shirley Jackson imaginait une expérience scientifique de 4 personnes sur quelques jours dans une demeure réputée hantée, la série raconte l’histoire d’une famille, ayant vécu quelques mois à Hill House et dont la vie en a été profondément modifiée. Avec des allers-retours entre passé et présent, évocation des drames survenus dans la maison et des apparitions dont les enfants ont été alors témoins, The Haunting of Hill House manie autant l’horreur que la psychologie, et je trouve que c’est en ça qu’elle se réclame le plus de l’héritage de Shirley Jackson (d’autant plus que des hommages à la romancière sont parsemés tout au long de la série). C’est une plongée au coeur de chaque personnage, ses démons, ses peurs, ses regrets, ses secrets, et si le surnaturel et le gothique sont bien présents, il n’est pas toujours facile de faire la part entre les fantômes des morts et des vivants. En tout cas, c’est une excellente série, magistralement réalisée, impeccablement interprétée par les acteurs, qui traite le sujet avec intelligence et finesse, et qui m’a autant fait frissonner qu’émue aux larmes, car c’est finalement surtout d’une immense tristesse.

 

Il n’y a plus qu’à faire votre choix et vous armer de pop-corn ! Happy Halloween !

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6 commentaires sur “De la littérature au cinéma : Halloween

  1. J’ai adoré ton article, surtout les dernières comparaisons, autant Stephen King je connaissais mais je ne savais pas que « les autres » était une adaptation de roman. J’ai adoré ce film, et maintenant que je sais qu’il y a un livre je vais foncer le lire !
    Et pour « la maison hantée  » j’en avais vaguement entendu parler mais j’ai peur qu’après avoir vu Hill House (et vu que l’histoire n’est pas du tout la même) je sois déçue par le livre… J’ai tellement aimé cette série que le livre ne peut pas l’égaler ….

    1. Oui la série est excellente, mais le roman aussi ! Je pense qu’il ne faut pas trop chercher à comparer, les histoires sont vraiment différentes. À mon sens, la série est bien davantage un hommage à l’oeuvre de Shirley Jackson, qu’une réelle adaptation.

  2. Très bonne idée d’article 🙂 Par contre je ne savais pas que « Cujo » avait aussi été adapté en film :O Pour ma part, mon film préféré, dans ta sélection, reste « Psychose ». D’ailleurs, je conseille vivement la série « Bates Motel » qui découle également du livre et de l’adaptation cinématographique. J’ignorais que « The Haunting of Hill House » provenait initialement d’un roman… Je n’en suis qu’à l’épisode 4 pour le moment, mais j’aime beaucoup l’univers développé 🙂

    1. Oh la la Cujo, il m’avait traumatisée à l’époque…! De même que Ça que je n’ai pas inclus non plus dans la liste 😉
      J’avais commencé à regarder Bates Motel mais je trouvais que ça s’essoufflait un peu à la longue…

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