La maison hantée – Shirley Jackson

Résumé :

Construite par un riche industriel au XIXe siècle, Hill House est une monstruosité architecturale, labyrinthique et ténébreuse, qui n’est plus habitée par ses propriétaires. On la dit hantée. Fasciné par les phénomènes paranormaux, le docteur Montague veut mener une enquête et sélectionne des sujets susceptibles de réagir au surnaturel. C’est ainsi qu’Eleanor arrive à Hill House avec ses compagnons. L’expérience peut commencer, mais derrière les murs biscornus, les fantômes de la maison veillent et les cauchemars se profilent…

« Certaines maisons sont nées mauvaises. »

Mon avis :

Voilà la lecture parfaite pour se donner des sueurs froides à Halloween ! J’ai rarement été aussi angoissée qu’en lisant ce roman qui joue avec nos peurs enfantines en revisitant le fantasme récurrent de la maison hantée.

Le Dr Montague, un scientifique passionné par le surnaturel, s’intéresse à Hill House, une immense demeure gothique, délabrée et lugubre, que les villageois disent hantée. Il décide de la louer et d’y mener une expérience, en y invitant des personnes qui selon lui ont une sensibilité particulière. Ils seront trois à se joindre à lui : Eleanor, une jeune femme vulnérable, effacée, ayant passée sa vie à s’occuper de sa mère malade jusqu’au décès récent de cette dernière ; Theodora qui est à l’inverse énergique, assurée, et séduisante ; et Luke, qui se trouve mêlé à l’affaire uniquement parce qu’il est le neveu de la propriétaire.

« La peur, dit le docteur, est l’abandon de la logique, la renonciation volontaire aux schémas de pensée raisonnable. Soit nous la combattons, soit nous nous y soumettons, mais il n’existe pas de position médiane. »

Ils sont tous intimidés à leur arrivée, par la maison, abominable et malsaine, par Mrs Dudley, la domestique inquiétante, par l’expérience en elle-même, sur laquelle le Dr Montague ne s’appesantit pas dans le détail. La narration suit particulièrement Eleanor, depuis son départ de chez elle, au volant de la voiture qu’elle a volée à sa soeur, jusqu’aux jours passés à Hill House. Ce sont surtout ses pensées, ses ressentis, ses impressions qui sont donnés à voir, ce qui implique une grande part de subjectivité sur laquelle le lecteur ne cesse de s’interroger. Dans quelle mesure ce qu’elle vit à Hill House coïncide-t-il avec ce qu’ont vécu les autres ? Le malaise suscité par les descriptions de cette maison difforme et inhospitalière est accentué par la sensation qu’Eleanor est elle-même quelque peu étrange. On la sent psychologiquement fragile, hantée par son passé, complexée, souhaitant désespérément qu’on l’aime, affligée à l’idée qu’on puisse se moquer d’elle. Il y quelque chose d’indéfinissable chez elle qui sème le trouble.

« Mais pourquoi suis-je ici, moi ? Les voyages s’achèvent quand les amants se rencontrent. Tout le monde a remarqué que j’avais peur. »

Servis par une narration rythmée et d’une efficacité redoutable, les événements cauchemardesques vont aller crescendo avec la tension psychologique, se répercutant profondément sur les habitants de la maison. Ils paraissent tantôt raisonnables tantôt avoir perdu l’esprit, comme envoûtés, ils rient puis sombrent dans la paranoïa, leurs conversations perdent parfois toute logique et s’embrouillent. On se demande pourquoi ils sont aussi déterminés à rester dans cette maison démoniaque, alors qu’ils oscillent étrangement entre la terreur et le bonheur surprenant de se trouver là. Les relations entre les personnages sont perpétuellement ambiguës, et aucune réponse ne semble nous être jamais donnée, ce qui ne fait qu’accentuer l’anxiété et l’égarement du lecteur, qui n’a plus qu’à se perdre avec eux dans les méandres de Hill House et de son atmosphère oppressante.

« Est-ce cela qu’on décrit comme un frisson glacé vous parcourant le dos ? C’est extrêmement déplaisant. Une vague qui naît dans le ventre, puis monte en tournoyant et ensuite redescend, comme quelque chose de vivant. »

J’ai adoré ce roman, que j’ai trouvé diablement intelligent et extrêmement prenant. Il y a eu plusieurs adaptations cinématographiques, très différentes les unes des autres et dont j’aurai l’occasion de vous reparler la semaine prochaine dans un autre article. Comme dans Nous avons toujours vécu au château, Shirley Jackson excelle à distiller l’angoisse dans ces pages, alternant psychologie et surnaturel. De quoi ne pas fermer l’oeil de la nuit !

Ma note (5 / 5)

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