Kerfol et autres histoires de fantômes – Edith Wharton

J’aime beaucoup cette tradition, typiquement anglo-saxonne et généralement associée à l’ère victorienne, de se raconter des histoires de fantômes la veille de Noël, les fameuses « Christmas ghost stories« . Je ne vais pas vous infliger un exposé sur les racines de cette tradition qui a lié une fête chrétienne à une fête païenne : le solstice d’hiver ou Yule. Les jours raccourcissent, les ténèbres prennent de plus en plus de place, et on comprend ce besoin de se rassembler au coin du feu pour se raconter des histoires. C’est une tradition qui s’est un peu perdue aujourd’hui, même s’il y a des points communs avec la fête d’Halloween, mais je trouve très sain d’exorciser ainsi les peurs en conviant les morts, et c’est aussi une façon de les inclure toujours dans la vie. En tout cas cela explique pourquoi on trouve ces histoires de fantômes à foison dans la littérature : Charles Dickens, M.R. James, Shakespeare, Elizabeth Gaskell, Oscar Wilde, A.M. Burrage, Hawthorne, Stevenson, Henry James, et ici Edith Wharton.

« Je fus réveillé par cette étrange sensation que nous connaissons tous : la sensation qu’il y avait dans la pièce quelque chose qui ne s’y était point trouvé lorsque je m’étais endormi. »

Pour autant, il ne faut pas s’attendre en ouvrant ce recueil de 5 histoires à ressentir de grands frissons, au risque d’être déçu. Les histoires de fantômes d’Edith Wharton placent en leur centre bien davantage la psychologie des personnages que les spectres menaçants. On y retrouve la plume merveilleuse de l’auteure, et une atmosphère gothique que j’apprécie toujours énormément. Le fantastique plane, mais ne se révèle jamais tout à fait.

« Il éprouvait un curieux sentiment d’agitation en pensant qu’ici, dans cette solitude glacée, dans cette maison délabrée qu’il avait si souvent dépassée sans y faire attention, un mystère profond, impensable, était en train de se jouer. »

« Kerfol », la première histoire, qui donne son nom au recueil, nous plonge dans une grande demeure isolée au fin fond de la Bretagne, hantée par une curieuse meute de chiens.  Dans « Les yeux », un vieil homme raconte à ses amis comment il a été hanté par deux fois par des yeux menaçants qui le guettaient dans son lit. « Ensorcelé » nous emmène cette fois dans la campagne américaine, où la femme d’un paysan est inquiète de voir son mari se promener en compagnie d’une jeune fille décédée. « Le miroir » est une histoire racontée par une grand-mère à sa petite fille, dans laquelle elle aurait aidé une de ses clientes à communiquer avec son ancien amour, disparu tragiquement lors du naufrage du Titanic. Enfin, la dernière histoire, « Après coup », renoue avec la tradition victorienne en se situant dans une vieille demeure de la campagne anglaise, qu’un couple d’Américains vient d’acheter. Afin que leur expérience soit parfaite, ils espèrent qu’elle soit hantée, ce à quoi on leur répond que si fantôme il y a, ils ne le sauront seulement qu’après-coup. Mystérieux…

« Elle avait fermé la porte derrière elle en entrant, et tandis qu’elle se tenait là, seule dans la longue pièce silencieuse, sa peur sembla prendre son et forme, être là qui respirait, tapie dans les ombres. »

Des histoires où planent une certaine angoisse, un certain relent d’inexplicable. Le lecteur se trouve plongé dans une atmosphère lourde, et au coeur de l’âme hantée. Les véritables fantômes sont les secrets et les regrets qui rongent le coeur des personnages.  J’ai trouvé les histoires, et l’analyse psychologique qui se trame en arrière-plan, extrêmement intelligentes et fines, dignes du talent d’Edith Wharton.

Ma note (3,5 / 5)

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2 commentaires sur “Kerfol et autres histoires de fantômes – Edith Wharton

  1. En plus ces histoires donnent des idées pour écrire à notre tour. Je ne connaissais pas cette tradition mais je la trouve très intéressante et j’essaierai dans mon métier de la perpétuer.

    1. C’est vrai que c’est très inspirant ! Et puis je trouve cette tradition tellement chaleureuse, c’est tout de même mieux de se raconter des histoires plutôt que chacun soit dans son coin sur son téléphone…

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