Les jours fragiles – Philippe Besson

Résumé :

Elle a grandi dans l’ombre de son frère aîné, surdoué scandaleux. Lorsqu’il a choisi de s’enfuir, elle a appris l’absence et le manque. Aujourd’hui, l’exilé volontaire est de retour de ses lointains voyages et il la réclame. Il ne lui propose que des jours fragiles, fébriles. Elle accepte sans réfléchir. Empêtrée dans ses frayeurs, guidée par un infatigable espoir, Isabelle Rimbaud est enfin prête, à trente ans, à cheminer aux côtés d’Arthur vers l’irréparable.

« Et s’il s’agissait seulement de ne pas égarer des sentiments, de retenir des fragments, de conserver des souvenirs, de figer des instants ? D’égrener les jours. »

Mon avis :

Dans ce roman écrit sous forme de journal, Philippe Besson imagine les derniers jours d’Arthur Rimbaud sous la plume de sa soeur, Isabelle. Rimbaud vient d’être rapatrié d’Afrique et doit être amputé. Une amputation qui n’empêchera pas la gangrène de se propager, signant les derniers jours de la vie de l’illustre poète. La perspective qu’imagine l’auteur, celle d’une soeur fidèle et éplorée, est extrêmement touchante.

« Je suis une femme agenouillée devant l’inintelligible. »

On en sait peu sur elle, sur ce qu’est sa vie, si ce n’est qu’elle est une jeune fille triste, fragile, effacée. Dévouée à une mère sèche et froide, qu’elle aide dans ses travaux à la ferme, dévouée à un frère qui n’a cessé de fuir sa famille. De la vie de Rimbaud elle sait peu de choses, même si elle en devine beaucoup : sa poésie qu’elle admirait sans toujours la comprendre, ses amours qui l’ont tant choquée, ses exils qui lui ont fait craindre pour sa santé. C’est un jeune homme qui a fait souffrir sa famille, et sa soeur en particulier que l’on sent débordant d’amour pour lui mais profondément abandonnée à son sort. À travers son regard sur son célèbre frère, Philippe Besson nous offre également un portrait de femme, une femme à laquelle personne n’a véritablement fait attention, délaissée par les hommes et par la vie.

« Des heures vides, comme s’écoulant dans une expectative. Le temps ralenti, comme suspendu à un événement devant advenir. Un silence irréel, comme avant les cataclysmes. »

Consciente de la gravité de l’état de Rimbaud, elle va prendre son rôle auprès de lui très à coeur, se dévouant corps et âme à sa guérison, puis à son lent cheminement vers une mort certaine. Elle va être son infirmière mais aussi et surtout sa confidente, une oreille attentive et généreuse pour un homme écorché vif. Très vite, elle a l’impression qu’il va être de son devoir de veiller sur lui même après son décès, de veiller à ce que sa mémoire soit honorée, que l’oeuvre qu’il laisse derrière lui ne soit pas ternie. Ces moments passés ensemble vont faire office de transmission, Rimbaud va se livrer à sa soeur, la chargeant inconsciemment d’une responsabilité morale sur son héritage culturel.

« Mais où se sont donc perdus les vers d’antan ? »

C’est un récit très intime, tout en retenue et pudeur, sur deux êtres délaissés par la vie. Isabelle, solitaire, invisible, emprisonnée dans le carcan religieux, marquée par la rudesse du travail et du climat, désireuse du regard des hommes. Rimbaud, portée aux nues par sa soeur et par tout Paris, poète maudit, amant déçu, épris de liberté et d’aventures, et si profondément malheureux. S’il s’agit avant tout d’un roman, il y a une grande part de vérité dans ce récit. Une vérité biographique bien sûr, servie par des recherches approfondies de l’auteur à la fois sur la vie d’Arthur Rimbaud mais aussi sur celle de sa soeur, que l’auteur cite d’ailleurs au gré du récit. Mais il y a également une vérité humaine. Le coeur d’un homme au crépuscule de sa vie. Le coeur d’une femme qui a vécu dans l’ombre et qui n’a connu aucune passion. Ses réflexions sur la vie, sur la mort, sur ce qui fait qu’on est un homme, ou une femme, sont magnifiques et criantes de vérité.

« Est-on la somme de ses peurs, de ses rancunes, de ses chagrins, de ses souffrances ? Ou celle de ses étreintes, de ses abandons, de ses désirs, de ses plaisirs ? Ou les deux ? »

Cette percée au coeur du mystère de l’âme humaine et de ses tourments est bouleversante, servie par le style inimitable de Philippe Besson, et ces tournures de phrases d’une poésie incroyable.

Ma note (4 / 5)

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9 commentaires sur “Les jours fragiles – Philippe Besson

  1. Je ne connaissais pas ce roman mais j’en aime énormément la couverture et le sujet. Quelle bonne idée d’aborder Rimbaud et sa vie extrêmement riche au travers de celle de sa soeur.
    Je vais noter cette lecture, merci beaucoup pour la découverte.

    Au fait, je viens de découvrir ton blog (je te suis déjà sur Instagram mais c’est la première fois que je lis tes chroniques et j’aime beaucoup ton univers !) ^^

  2. Je l’ai lu il y a très longtemps et j’en garde le souvenir d’un livre très bien écrit (cela dit, j’étais très jeune). Je n’ai pas relu Besson depuis longtemps, je crois qu’il en a écrit un sur son père qui est très apprécié.

  3. Je le vois depuis longtemps sur Instagram Philippe Besson et je n’ai toujours pas lu un seul de ses livres. J’hésitais entre plusieurs de ses titres mais maintenant je sais lequel lire en premier.

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