Eden Springs – Laura Kasischke

Résumé :

Printemps 1903. Un prédicateur tente d’échapper au scandale en installant sa communauté dans le Michigan. Le charismatique Benjamin Purnell promet la vie éternelle à ses adeptes, en particulier aux belles jeunes filles. Comment expliquer alors qu’une adolescente ait été enterrée ?

Mon avis :

Qu’il me tardait de découvrir ce nouveau roman de Laura Kasischke ! J’aime beaucoup cette auteure, dont j’ai lu tous les romans. Le thème d’Eden Springs m’intriguait, l’auteure partant de faits réels pour construire son roman, assez court. Si Benjamin Purnell et sa secte ont bel et bien existé, et si des extraits d’articles de presse ou de documents juridiques sont semés ici et là, l’intrigue, elle, est fictionnelle.

On retrouve le style de Kasischke, et certains de ses thèmes favoris : l’adolescence, la mort, les travers de l’Amérique, ces femmes désoeuvrées semblant errer dans la vie en attendant que quelque chose se passe. L’atmosphère est familière également, même si cette fois il ne s’agit pas d’une banlieue américaine typique et aseptisée, mais d’un petit paradis terrestre dans le Michigan, où les adeptes sont gentils, polis, et quelque peu extatiques. Mais comme toujours lorsque tout parait trop beau chez Laura Kasischke, petit à petit on gratte sous le vernis pour s’apercevoir que l’air y est aussi vicié qu’ailleurs.

« Finalement cette histoire n’est pas si différente de celle du jardin d’Éden. Pendant un temps, il y eut du plaisir et de la perfection, de la joie sur Terre et dans la chair, de la liberté et peut-être même une espère d’innocence alimentée par l’isolement et la foi aveugle. Puis vint la chute. »

J’ai trouvé intéressant que l’auteure ait eu envie pour ce roman de se fonder sur des faits réels pour inscrire son histoire. La personnalité de Benjamin Purnell, décrit comme charismatique et presque enchanteur, a de quoi fasciner. Comment cet homme peut détenir une telle emprise sur ceux qui l’entourent, et les convaincre de s’en remettre totalement à lui ? Un homme envoûtant mais aussi un redoutable homme d’affaires : d’abord le commerce des fruits, puis la construction d’un parc d’attractions pour attirer les touristes… De quoi être bluffé par ce gourou qui symbolise si bien l’Amérique.

Au début du roman, un fossoyeur se voit remettre un cercueil à enterrer. Un peu de maladresse et le cercueil s’ouvre, découvrant une jeune fille de seize ans, portant des marques autour du cou. La narration est déstructurée, entrecoupée et les points de vue multipliés entre les différentes filles, une vieille dame (Cora Moon) les extraits authentiques de presse, et un étrange récit raconté par « nous ». Le malaise est latent, et le drame imminent dans cette parfaite petite communauté religieuse faisant l’apologie du corps, exhortant à ne plus se couper les cheveux et à rester chaste, Benjamin Purnell se gardant bien de s’appliquer à lui-même ce dernier principe. La secte est pour lui un parfait harem, et il n’y a pas une fille qui lui échappera. La sexualité est en effet omniprésente, bien qu’abordée très légèrement et pudiquement, et quelque peu dérangeante avec cet ascendant assez glauque du gourou sur les jeunes filles. Et comme le serpent s’invitant dans le jardin d’Eden, la jalousie s’insinue petit à petit, jusqu’au drame, chez ces filles qui aimeraient être uniques aux yeux de leur Dieu vivant.

« Personne ne souhaitait vieillir.

Personne ne souhaitait mourir. »

C’est tout de même une petite déception, j’attendais beaucoup plus de ce roman, et notamment des portraits plus élaborés : de Benjamin, de Cora, de Lena, de Myrtle… Laura Kasischke séduit toujours par son écriture extrêmement travaillée et poétique, mais j’ai regretté que ce ne soit pas plus fouillé, plus approfondi, qu’elle ne nous emmène pas encore plus loin. Elle m’a habituée à creuser davantage la psychologie des personnages, et à densifier une atmosphère qui devient de plus en plus étrange et suffocante, jusqu’à une chute dont le lecteur peine à se remettre. Un goût d’inachevé cette fois-ci, dommage… Malgré tout, je trouve ça très intéressant de la voir tenter d’autres choses, c’est un peu comme son recueil de nouvelles, Si un inconnu vous aborde, qui était également un peu déconcertant. Laura Kasischke a du succès mais elle n’essaie pas pour autant de reproduire à tout prix ses romans précédents. Elle a un univers très marqué, qu’elle décline vers la poésie, les nouvelles, et à présent ce « docu-fiction » en quelque sorte. Elle va vers ce qui l’attire, ce qui l’inspire, et je trouve sa démarche admirable, authentique, et passionnante pour ses lecteurs.

Ma note (3 / 5)

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2 commentaires sur “Eden Springs – Laura Kasischke

  1. Laura Kasischke est une de mes romancière anglo-saxonne préférée. J’adore son écriture et l’ambiance prenante de ses livres. Je vais me procurer ce dernier malgré le petit bémol de la fin. Merci à vous

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