Tendre est la nuit – Francis Scott Fitzgerald

Résumé :

Années 1920. Rosemary Hoyt est une jeune actrice talentueuse en villégiature à Monte-Carlo. Elle fait la rencontre de Dick et Nicole Diver, un couple incarnant l’image même du bonheur.

« Pense à quel point tu m’aimes, avait-elle murmuré. Je ne te demande pas de m’aimer toujours à ce point-là, mais je te demande de t’en souvenir. Quoi qu’il arrive, il y aura toujours en moi celle que je suis ce soir. »

Mon avis :

Le roman commence sous le soleil de la Riviera, où une jeune actrice, Rosemary, est fascinée par un couple aperçu sur la plage. Un couple solaire, formé par Dick et Nicole, et autour duquel le reste du monde semble graviter. Ils semblent très amoureux, ont de beaux enfants, de l’argent, et vivent grand train, allant de fête en fête. L’impressionnable et naïve Rosemary tombe très vite amoureuse de Dick, et décide de les suivre dans leurs pérégrinations, de la côté d’Azur à Paris. Si au départ le couple Diver ne nous est donné à voir qu’à travers les yeux de la jeune fille, petit à petit on s’aperçoit que leur relation est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sans le savoir, Rosemary va servir de révélateur à une situation où planait une sourde tension. Il semble y avoir une fêlure chez Nicole qui s’esquisse peu à peu au fil des pages. Par petites touches, leur histoire nous est contée, celle d’une jeune fille fragile psychologiquement, et de son psychiatre.

« Ils étaient encore au meilleur de l’amour. Ils étaient remplis d’illusions généreuses, l’un vis-à-vis de l’autre, d’illusions tellement démesurées que la fusion de leurs deux personnalités les entrainait vers des hauteurs où les relations humaines n’avaient plus aucune importance. »

Entre la Riviera, Paris et la Suisse, Fitzgerald nous entraîne, dans ce roman largement autobiographique, sur les traces de ce couple en apparence solide. Les tergiversations de Dick, que j’ai trouvé peu sympathique, m’ont un peu agacée. C’est un homme qui se sent pris au piège de sa vie, déchiré entre son rôle de mari et son rôle de médecin, et trop dépendant de la fortune de sa femme. On est frappé par ce que ça dit du couple tragique formé par Fitzgerald et Zelda ; se trouvait-il lui aussi perdu entre son rôle de mari et son rôle de garde-malade ? À quel point la déchéance de Dick fait-elle tragiquement écho à celle de son créateur ?

« Quand on fuit devant une souffrance, il semble qu’on soit obligé de parcourir en sens inverse le chemin qui vous y a conduit. »

En revanche, j’ai adoré le personnage de Nicole, tout en fragilité, en grâce et en personnalité. L’occasion aussi de constater une nouvelle fois qu’à l’époque, la folie recouvrait tout et n’importe quoi à partir du moment où un comportement n’allait pas dans le sens des conventions et de ce qui était moralement acceptable. Compte tenu du traumatisme vécu par Nicole, on ne peut guère s’étonner que cela laisse des traces… Mais tout en étant décrite comme fragile nerveusement et surtout entièrement sous le joug de Dick dont elle a constamment besoin pour refaire surface, on assiste à sa guérison progressive, et à son besoin d’émancipation. Rien d’étonnant à ce qu’une femme puisse désirer autre chose qu’un mari qui ne la voit que comme une patiente. Ce qui les a rapprochés, ce qui les a soudés, vient s’insinuer fatalement entre eux, mettant en péril un amour profond mais déséquilibré dès l’origine.

« C’était triste, c’était une vraie solitude, ce vide du coeur l’un pour l’autre. »

C’est un roman profondément mélancolique sur la période désenchantée de l’après-guerre. Une période où l’on tentait d’oublier la boucherie de la première guerre mondiale en s’étourdissant de fêtes, d’alcool, et de dépenses extravagantes. Une surenchère et une arrogance qui masquent mal le profond mal-être d’une génération entière, la « génération perdue » dont faisait partie l’auteur, errant désespérément à travers l’Europe à la recherche de distraction et d’inspiration.

Ma note (5 / 5)

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