Northanger Abbey – Jane Austen

Résumé :

La jeune Catherine Morland visite pour la première fois la ville de Bath, en Angleterre. Elle y rencontre son amie Isabella Thorpe et son frère, mais également le captivant Henri Tilney. Ce dernier l’invite à séjourner à l’Abbaye de Northanger, propriété de son père, lieu que Catherine s’imagine mystérieux et effrayant…

« La personne, homme ou femme, qui n’éprouve pas de plaisir à la lecture d’un bon roman ne peut qu’être d’une bêtise intolérable. »

Mon avis :

Je crois que c’est l’un de mes romans préférés de Jane Austen. C’est drôle, remarquablement écrit, et il y a une certaine dose de suspense qui tient en haleine jusqu’aux dernières pages. L’ironie de cette romancière y est encore plus mordante que dans ses autres romans, dont il est extrêmement différent par le ton, s’attachant ainsi moins à la profondeur psychologique des personnages et aux méandres sentimentaux qu’à la satire sociale.

J’ai trouvé l’héroïne très attachante, malgré ou plutôt en raison de ses défauts. Catherine Morland a 17 ans, elle est naïve, romanesque, pas toujours très futée, ouvrant sur le monde qu’elle découvre des yeux innocents et passionnés. Elle se fait manipuler constamment, et c’est bien la seule à ne pas en avoir conscience, mais j’avoue que je me suis retrouvée dans cette jeune fille, sortie de l’adolescence et un peu godiche, pour laquelle on ne peut s’empêcher d’avoir de la tendresse. De même Henry Tilney est un personnage chaleureux, drôle, prévenant, et donc inévitablement séduisant. Mais la relation entre ces deux personnages, assez lisses, est loin d’être l’élément central du roman. Il y a bien une intrigue sentimentale, mais elle se fond dans une atmosphère si particulière qu’elle ne paraît pas autant au premier plan que dans les autres romans de l’auteure.

« Elle avait sincèrement honte de son ignorance. C’était une honte absurde. Lorsqu’on désire plaire à quelqu’un, il faudrait toujours être ignorant. Trop d’instruction équivaut à une incapacité totale à flatter la vanité des autres, ce qu’une personne intelligente souhaitera toujours éviter. Une femme surtout, si elle a le malheur de savoir quoi que ce soit, devra le dissimuler aussi bien que possible. »

C’est la critique sociale qui fait à mon sens tout le sel de Northanger Abbey. Elle est surtout présente dans la première partie du roman, alors que la jeune Catherine est introduite dans la haute société de Bath. Personne n’est épargné : les femmes sont coquettes, vaniteuses, superficielles, obsédées par leurs toilettes et par les attentions de la gent masculine. Les hommes sont orgueilleux, prétentieux, grossiers, et un peu trop préoccupés à rivaliser avec leurs beaux équipages. Les amitiés et les amours sont tous intéressés, et les arrières pensées nombreuses, même si elles échappent totalement à notre héroïne. Jane Austen se moque allègrement de cette petite société (dont elle faisait pourtant partie) qui se retrouve à Bath davantage pour les bals que pour son eau, et c’est extrêmement drôle.

La seconde partie du roman est consacrée au séjour de Catherine à Northanger Abbey, la demeure des Tilney. Le récit semble prendre une tournure un peu plus sombre, suivant l’imagination fertile de Catherine, fervente lectrice des romans noirs d’Ann Radcliffe. Car Northanger Abbey se veut une parodie des romans gothiques. Quels sombres secrets renferment les murs de cette abbaye vieille de plusieurs siècles ? Qu’est-il véritablement arrivé à Mrs Tilney, la mère d’Henry ? Là encore, Jane Austen s’amuse à torturer son héroïne, déçue de la modernité de l’ameublement de la demeure, et jouant des tours à son propre esprit pour imaginer des passages secrets et des esprits frappeurs.

« De longs couloirs humides, des cellules étroites, une chapelle en ruine formeraient son décor quotidien. Elle ne pouvait tout à fait réfréner l’espoir d’y trouver quelque vieille légende ou le terrifiant mémorial d’une nonne outragée au sombre destin. »

Enfin, on peut signaler l’hommage rendu à la littérature, et aux romans en particulier, dans Northanger Abbey. Si Jane Austen se moque gentiment de l’impact qu’ils ont eu sur l’imagination de son héroïne, elle déplore néanmoins que le roman soit aussi dévalorisé, et souligne la qualité de la littérature et des auteurs, en particulier les femmes, de l’époque. Ainsi les adeptes de romans dans Northanger Abbey ne sont pas les personnages les plus grossiers, mais bien plutôt les plus réfléchis, tels que Henry Tilney et sa soeur Eleanor. C’est en effet davantage la bêtise et la jeunesse de la lectrice, en la personne de Catherine, plutôt que le genre littéraire que Jane Austen pointe du doigt. Northanger Abbey prend ainsi également la forme d’un roman d’apprentissage, Catherine devant apprendre à distinguer la réalité de la fiction, et sortant peu à peu des chimères de l’enfance pour devenir une adulte un peu plus raisonnable.

« Des romans, oui, car je refuse d’obéir à cette coutume mesquine et peu politique qu’adoptent si souvent les auteurs et qui consiste à déconsidérer, par une censure des plus méprisantes, le genre d’oeuvres même dont ils sont en train d’accroître le nombre. »

Tout ceci rend ce roman, que j’ai adoré du début à la fin, très agréable à lire et assez original. Je regrette qu’il n’ait pas une meilleure place parmi les romans de Jane Austen. C’est pour moi un vrai coup de coeur !

Ma note (5 / 5)

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3 commentaires sur “Northanger Abbey – Jane Austen

  1. Bonjour,
    J’ai trouvé ce roman de Jane Austen, bien meilleur que d’autres (Orgueil et préjugés, tout comme Raison et sentiments m’ont ennuyé). J’ai adoré la plume de Jane dans Northanger Abbey, c’est délicieusement corrosif.

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