Persuasion – Jane Austen

Résumé :

Sir Walter Elliot a trois filles : Elizabeth, l’ainée et la maitresse de maison depuis le décès de leur mère, Anne, et Mary, la seule à s’être mariée. Contraint de quitter sa demeure de Kellynch en raison de ses nombreuses dettes, il décide de la louer à un amiral. Ce dernier se trouve apparenté au capitaine Frederick Wentworth, dont Anne était éprise jusqu’à ce que sa famille et son amie la persuade de refuser une telle alliance. Elle se voit par les circonstances contrainte de croiser à nouveau sa route, huit ans plus tard, quelque peu amère de ce choix qui semble l’avoir privée de toute chance de bonheur. Elle a à présent 27 ans, un âge auquel toute jeune fille de l’époque pouvait se résoudre à faire une croix sur le mariage et se préparer à rester vieille fille. Anne et le capitaine Wentworth vont effectivement se croiser à de nombreuses reprises, lui drapé dans le ressentiment et l’orgueil du rejet passé, elle emplie du regret de constater chez lui son apparente indifférence. Une deuxième chance semble se profiler pour eux, reste à savoir s’ils sauront s’en saisir.

« Elle l’avait lésé, délaissé et déçu et, ce qui est pire, elle avait montré, en agissant ainsi, une faiblesse de caractère que son tempérament décidé et confiant ne pouvait tolérer. Elle l’avait abandonné pour obliger autrui. Cela avait été l’effet d’un excès de persuasion. »

Mon avis :

Persuasion est rarement cité en premier lorsqu’on parle de l’oeuvre de Jane Austen, j’avoue pourtant avoir un faible pour ce roman.

Son sujet est somme toute très banal et surtout commun à tous les romans de Jane Austen : il y est une nouvelle fois question d’amour et de mariage. On n’y trouve pas néanmoins, comme chez les soeurs Brontë, d’amour passionné et dévastateur, mais plutôt une étude inlassable sur le mariage et l’assortiment des couples. Ainsi Jane Austen devise-t-elle souvent sur ce qui fait un mariage réussi, marquant des contrastes entre les unions malheureuses (Charles et Mary Musgrove), et les unions heureuses (les Croft), c’est-à-dire celles fondées sur une communion de vues et de goûts et sur une propension à s’enrichir de la personnalité de l’autre. Comme dans ses romans précédents, l’auteure s’amuse également à croquer les moeurs et les caractères de son époque. C’est particulièrement visible dans sa critique de la vanité de Sir Walter et d’Elizabeth, la soeur d’Anne. Comme dans Northanger Abbey, Bath et ses mondanités clinquantes sont largement critiquées. Enfin, on retrouve dans Persuasion le goût de Jane Austen pour les malentendus, les non-dits, les occasions ratées, les doutes, qui viennent semer d’embûches la route des deux protagonistes.

« Je ne peux pas admettre qu’il soit davantage dans la nature de l’homme que dans celle de la femme d’être inconstant et d’oublier les êtres qu’il aime ou qu’il a aimés. »

Mais il y a un certain nombre de détails qui font de Persuasion un roman à part. Tout d’abord, il est très émouvant de penser qu’il s’agit du dernier roman de Jane Austen. Malade, elle l’a rédigé quelque temps avant sa mort et alors qu’elle souffrait atrocement. Elle n’aura même pas eu le temps de choisir un titre, et c’est son frère qui s’occupera de le publier à titre posthume.

Par ailleurs, et peut-être justement parce qu’elle savait que ce serait son dernier écrit, Jane Austen traite son héroïne un peu différemment dans ce roman. Il y a une proximité entre elle et Anne, à qui elle semble accorder toutes les qualités qu’elle jugeait souhaitables chez une femme. Anne est humble, sensible, douce, discrète, intelligente, et plus âgée que les autres héroïnes de la romancière, ce qui lui donne une maturité nécessaire. Leurs personnalités s’accordent sur de nombreux points : la détestation de Bath et des mondanités vaniteuses, le goût pour la campagne et pour la lecture, son sentiment d’être peu appréciée au sein de sa famille, sa vision du mariage. Dans quelle mesure des éléments autobiographiques se trouvent dans Persuasion, nous ne le saurons jamais. Tout au plus peut-on se dire que Jane Austen fait preuve d’une affection particulière envers Anne, et que les sentiments et les convictions qu’elle lui prête sont vraisemblablement très proches des siens.

« Vous transpercez mon âme. Je suis partagé entre l’angoisse et l’espoir. Non, ne me dites pas qu’il est trop tard, que ces précieux sentiments ont disparu à jamais. Je vous offre de nouveau un cœur qui vous appartient encore plus totalement que lorsque vous l’avez brisé. »

Enfin du pur point de vue de l’intrigue, bien qu’il n’y ait pas beaucoup de surprises, c’est l’une des plus touchantes que j’ai pu lire chez Jane Austen. Anne est une héroïne extrêmement attachante, l’auteure la plaçant presque dans le rôle de narratrice puisque toutes ses pensées, tous ses doutes, toutes ses émotions nous sont livrées. Ses regrets à l’idée d’avoir raté sa chance, et son profond malaise lorsqu’elle est contrainte de fréquenter à nouveau le capitaine Wentworth la rendent incroyablement émouvante. Le roman prend pleinement en compte les aléas de la vie, et si la romancière n’est pas connue pour ses tragédies, cela rend tout de même le récit extrêmement réaliste. Je crois que c’est dans ce roman que l’on trouve les plus belles réflexions de Jane Austen sur l’amour, et cette idée qu’un sentiment pur et sincère ne peut être effacé, pas même par le temps, pourvu qu’il y ait la patience, le courage et la sagesse, qualités que l’auteure estimait. La plume est plus magnifique que jamais, et elle y dépeint les émotions avec une grâce et une délicatesse inégalées.

Ma note (5 / 5)

signature4

 

10 commentaires sur “Persuasion – Jane Austen

  1. La postface de cette édition laisse en effet entendre que « Persuasion » est un mal aimé, pourtant je connais beaucoup de gens qui le placent parmi leurs préférés. C’est aussi mon cas.

    1. Je ne pense pas que ce soit un mal aimé, mais ce n’est pas le roman qui est le plus mis en avant, on parle davantage d’Orgueil et préjugés ou de Raison et sentiments.

  2. Ton article m’a donné envie de relire ce roman que j’ai lu il y a longtemps et que j’avais adoré. Je rejoins entièrement ton analyse fine qui met des mots sur ce que je j’avais pas exprimé.

  3. Et dire qu’avant je ne trouvais pas beaucoup d’intérêts à Jane Austen. C’est grâce à Northanger Abbey que j’ai pu me réconcilier avec elle et je songe à lire toute sa bibliographie.

    1. Du génie ce Northanger Abbey, ce que j’ai ri…! L’oeuvre de Jane Austen est beaucoup plus complexe que ce qu’on croit de prime abord 😉

  4. Bonjour Charlotte, je viens de terminer ce livre et j’ai adoré. J’adore votre blogue et ses suggestions de lecture. Je m’en sers pour mon club de lecture.
    Il y aurait une petite correction à faire… La sœur d’Anne n’est pas Charlotte dans ce roman mais Elizabeth…

Laisser un commentaire