Les bien-aimés – Ann Napolitano

Parfois quand on a de la chance, on tombe sur le bon livre au bon moment, celui qui va mettre du baume à l’âme, nous faire sourire et pleurer, nous connecter aux émotions des personnages comme s’ils se tenaient à côté de nous et posaient une main amicale sur notre épaule. Les bien-aimés fait partie de ces livres qui sont de petits miracles.

« Nous regardons par la fenêtre, ou en nous, pour trouver plus. »

William grandit dans un foyer sans amour ni attention, auprès de deux parents qui ne se sont jamais remis de la perte de sa soeur âgée de trois ans au moment de sa naissance. Il se réfugie dans le basket, y trouvant une passion mais aussi sa place dans l’existence, un rôle dans lequel il se sent valorisé, une équipe avec laquelle s’épanouir enfin. À l’université il rencontre Julia Padavano, une jeune fille qui le séduit par sa confiance en elle mais aussi par sa famille. Julia a grandi dans un foyer où l’argent a plus manqué que l’amour, et elle se présente à William entourée de ses trois soeurs, comme un lot indissociable.

« Tu es déprimé, pas fou. Ce n’est pas fou d’être déprimé dans ce monde. C’est plus sain que d’être heureux. Je me méfie de ces ravis de la crèche qui sourient en toute circonstance. Ce sont eux qui ont une case en moins, si tu veux mon avis. »

J’ai tout aimé dans ce roman, à commencer par ses personnages. William que l’on rencontre en premier et pour lequel on ressent énormément d’empathie. Mais aussi cette brochette de quatre soeurs dont les liens sont comme les racines emmêlées d’un même arbre. Elles forment une symbiose parfaite, essentiellement différentes et parfaitement complémentaires. Julia l’ainée est la plus forte en tête, déterminée, ambitieuse, désireuse de réussir sa vie à tout prix et prévoyant des plans à moyen et long terme pour y parvenir. Sylvie, sa cadette d’un an, est plus rêveuse, plus littéraire, elle rêve d’un amour passionnée comme dans ses romans victoriens, et croit à la « troisième porte » plutôt qu’à une voie unique toute tracée. Viennent ensuite les jumelles, Cecelia l’artiste libre et indépendante, et Emeline la généreuse, tournée vers les autres et en particulier les enfants. Rarement depuis le roman de Louisa May Alcott les liens entre soeurs avaient été écrits de manière aussi poignante.
Quant au reste des Padavano, le père Charlie est le ciment de la famille, la source d’amour inconditionnel et sécurisant ; et Rose, la mère qui porte tout ce petit monde à bout de bras et fait peser ses frustrations sur ses filles, leur faisant promettre de tout faire pour réussir là où elle a échoué, et n’admettant pas que ses attentes puissent être déçues.

Ce drame familial bouleversant s’étirant sur une cinquantaine d’années tourne inlassablement autour de la question de l’amour. Qui aime-t-on quand on aime ? Aime-t-on vraiment la personne que l’on a en face de soi ou celle que l’on aimerait qu’elle soit ? Combien de types d’amour existe-t-il et faut-il vraiment choisir ? Comment choisir entre l’indépendance et les attentes que les autres font peser sur soi ? Le roman aborde également avec sensibilité la spirale de la dépression, les mauvaises décisions dictées par un esprit embrumé par le désespoir, mais aussi le pardon, le deuil, la transmission.

« Le chagrin, c’est de l’amour. Le pardon aussi. »

J’ai versé quelques larmes sur ce roman magnifique et lumineux que je vous recommande absolument. Mon seul petit regret est que le titre original Hello beautiful n’ait pas été gardé, la symbolique était trop belle…

Ma note 5 out of 5 stars (5 / 5)

Éditions Pocket, 16 avril 2026, traduit par Caroline Bouet, 608 pages 

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