En 1959, Christy a onze ans et il fait partie d’une famille de Travellers, ces nomades autochtones irlandais. Une vie d’errance en roulotte, à proposer divers services et à chaparder quand nécessité fait loi. Il parcourt les routes d’Irlande en compagnie de sa famille et de son cheval Jack, orphelin de mère tout comme lui. Car le grand drame de sa vie, c’est la culpabilité d’avoir causé la mort de sa mère en couches. Tout ce qu’il sait d’elle, c’est qu’ils ont partagé sept minutes d’existence, qu’elle était rousse et très belle. Au début du roman, le grand-père adoré de Christy meurt subitement, et lors de la cérémonie funéraire, un souffle de vent fait voler une photo de journal vers Christy, venant bouleverser tout le récit familial auquel il avait cru jusqu’alors.
En parallèle, la famille a décidé d’installer un camp un peu plus permanent près d’une petite ville afin que Christy et son cousin puissent aller à l’école et faire leur première communion. Habitué au rejet, voire à la haine et la violence des « sédentaires », le jeune garçon est surpris lorsqu’on lui témoigne de la tendresse et de l’attention. Car les Travellers ont très mauvaise réputation en Irlande, on les accuse d’être sales, voleurs et pire encore. Mais dans cette petite ville pour la première fois, on les accepte : le directeur de l’école est le premier à ne pas les renvoyer et les encourage dans leurs progrès, la jeune Amy offre à Christy son amitié sans aucune arrière pensée, et deux femmes, dont une libraire excentrique, vont apporter un soutien maternel dont il manque cruellement.
Tout comme dans American Dirt, la romancière s’attache à ceux que le monde vilipende et ignore. Jeanine Cummins signe un roman d’apprentissage poignant, doté d’un jeune narrateur très touchant dans ses débats intérieurs, ses questions d’une simplicité enfantine mais aussi d’une logique implacable qui désarçonnent tant les adultes autour de lui, et son attachement profond à sa famille et ses valeurs. Pour autant, il pose sur le monde qui l’entoure un regard perçant, s’interrogeant sur la confort des maisons, sur les raisons pour lesquelles son clan suscite tant de méfiance, sur la pérennité de leur mode de vie à l’aube de l’industrialisation et mécanisation. Porté par une gouaille sympathique non exempte de poésie, le roman propose une immersion dans la vie de ces gens du voyage à contre-courant de la marche de la société, et explore les thèmes de la filiation, de la liberté, de la construction de l’identité, et de la tolérance.
Ma note
(4 / 5)
Éditions 10/18, traduit par Christine Auché, 16 mai 2024, 480 pages

