« On cesse d’être jeune le jour où les choses qu’on ne sait pas l’emportent sur celles qu’on sait, et que le bonheur, ou la possibilité de continuer à vivre, n’est parfois rien d’autre qu’un pacte tacite sur l’utilité du mensonge. »
À Xaxebe, sur la côté galicienne, un fait divers perturbe encore les consciences. En 1993, Mai Lavinia, une jeune fille de dix-huit ans venue de nulle part s’était installée dans cette station balnéaire en compagnie de sa petite fille de 3 ans, Yulia. Très vite, elle a été intégrée à la petite bande de jeunes du coin qui gravitent autour de Santiago Galvache, fils d’une riche et respectée famille de la région, avec lequel le coup de foudre fut immédiat. Un an plus tard, le soir de leur mariage, la petite Yulia disparait. Une tragédie qui marquera durablement Mai Lavinia ainsi que tous ceux qui l’auront côtoyée à l’époque, et qui inspire vingt-cinq ans après les faits une jeune journaliste, Berta Soneira, décidée à tourner un documentaire qui permettra peut-être de faire enfin la lumière sur cette affaire. Elle demande l’aide de l’un des protagonistes de l’époque, Nico, notre narrateur, qui comme ses anciens amis, va devoir se replonger dans ses souvenirs.
« L’été 1993, c’est nous qui l’avions fait. Cela avait été notre contribution au monde, et elle n’avait pas été négligeable, même si elle n’avait duré que quelques semaines. Elle avait pris forme au cours de journées parfaites à la fois identiques et distinctes, comme si, grâce à un même moule, on avait chaque soir atteint un certain idéal qui n’était pas celui de la veille. »
À mesure que les uns et les autres se retrouvent et sont interrogées, le portrait de Mai Lavinia s’esquisse, par petites touches des impressions subjectives qu’elle laissait à chacun d’entre eux. Mais les années ont passé, et les contours de leurs souvenirs sont devenus flous, approximatifs, à mesure que les adolescents sont devenus des adultes. Leur insouciance, leur amitié, leurs promenades sur la plage, leurs projets d’avenir, tout a été terni par le drame et par la distance du temps qui s’efface. Un roman empreint de nostalgie aux allures de thriller, qui assemble peu à peu les pièces d’un puzzle tragique : la disparition d’une enfant, le désespoir d’une jeune mère, l’incompréhension et le choc de l’entourage. Radiographie d’une petite ville de province, le récit dénoue les méandres de la mémoire et les mystères des amours adolescentes, autour d’une femme solaire, énigmatique et objet de tous les fantasmes. Un livre envoûtant qui sent bon l’été et le soleil déclinant sur les élans de la jeunesse.
Ma note
(4 / 5)
Éditions Gallimard, traduit par Charlotte Lemoine, 2 mai 2024, 224 pages

