Rebecca – Daphné du Maurier

Résumé :

Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme noir de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide, de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?

Mon avis :

Comment ai-je pu passer à côté de Daphné du Maurier toutes ces années ? Cette romancière aura été l’une de mes plus grandes découvertes en 2017. J’ai adoré ce roman de la première ligne à la dernière. L’ambiance est très particulière, le style impeccable, et le suspense incroyablement maitrisé. L’univers est assez unique et pourtant je n’ai pas pu empêcher mon esprit de vagabonder vers d’autres. La première partie sur la côte d’Azur m’a fait penser à Tendre est la nuit de Francis Scott Fitzgerald. Les tourments et les interrogations de la narratrice m’ont rappelé les romans de Charlotte Brontë et Jane Austen. Et le mystère entourant les personnages et la maison font écho aux ambiances chères à Agatha Christie, ou plus récemment Laura Kasischke.

Les débuts du roman sont gentillets, bien qu’on s’interroge sur les raisons qui poussent un homme tel que Maxim de Winter, décrit comme un homme du monde parfait en tous points de vue, à jeter son dévolu sur une jeune fille un peu godiche telle que la narratrice. On la sent peu assurée, manquant cruellement de confiance en elle, et extrêmement naïve. Elle s’entiche bien sûr immédiatement de cet homme venu l’arracher à une vie bien peu palpitante et lui promettant monts et merveilles.

« Je suis contente qu’on ne puisse l’avoir deux fois, la fièvre du premier amour. Car c’est une maladie et c’est un fardeau, quoi qu’en disent les poètes. »

Les complications surviennent lorsqu’ils rentrent à Manderley, la demeure de Maxim de Winter. La maison est un personnage du roman à elle seule : elle suscite la fascination chez la narratrice, par sa grandeur, par sa richesse. Mais elle est aussi intimidante tant elle rappelle l’ancienne maitresse des lieux, Rebecca, qui a marqué la demeure de son empreinte : Rebecca est omniprésente dans les souvenirs des visiteurs et des domestiques, dans le moindre bibelot qu’elle avait choisi. Manderley devient parfois même menaçante, du fait notamment des apparitions inopinées de Mrs Danvers, toujours férocement fidèle à Rebecca et qui joue avec cruauté sur les nerfs de la jeune Mme de Winter, et des pièces laissées inoccupées et où la narratrice n’ose pas pénétrer. Le comportement même de Maxim change, laissant sa femme extrêmement perplexe et de plus en plus angoissée. Elle multiplie les maladresses et ne cesse de se comparer à Rebecca, que tout le monde semble porter aux nues.

« Il ne m’appartenait pas du tout, il appartenait à Rebecca. Elle était toujours dans la maison, comme Mrs Danvers l’avait dit, elle était dans cette chambre de l’aile ouest, elle était dans la bibliothèque, dans le petit salon, dans la galerie au dessus du hall. Même dans le petit vestiaire où pendait son imperméable. Et dans le jardin, et dans les bois, et dans la maisonnette en pierre sur la plage. Ses pas résonnaient dans le corridor, son parfum traînait dans l’escalier. »

Ce qui commençait comme un léger roman d’amour prend une tournure bien différente au fil des pages. La tension monte, sans que l’on ne se l’explique véritablement. D’où vient la menace ? De l’inquiétante Mrs Danvers ; de Frank Crawley, l’ami fidèle mais dont les pensées et motivations sont obscures ; de Ben, le jardinier un peu simplet et qui traine souvent près de la cabane à bateau de Rebecca ; ou bien encore de Jack Favell, le mystérieux visiteur…? On s’interroge également sur le sort véritable de Rebecca : présumée noyée, a-t-elle bel et bien disparu ? Et enfin, comme la narratrice, on s’interroge sur Maxim de Winter. Leur couple apparait totalement improbable aux yeux du lecteur, tant la différence entre elle et Rebecca parait grande, pourquoi l’a-t-il alors épousé ?

« Le bonheur n’est pas un objet à posséder, c’est une qualité de pensée, un état d’âme. »

Ce roman est extrêmement bien mené, remarquablement écrit, et incroyablement ficelé. L’auteur nous mène par le bout du nez, nous laissant nous perdre nous aussi dans les méandres de Manderley et de ses habitants. Rien d’étonnant donc à ce qu’il soit devenu un classique.

Ma note (5 / 5)

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7 commentaires sur “Rebecca – Daphné du Maurier

    1. Pour l’instant Rebecca est mon préféré parmi les romans de Daphné du Maurier, mais je note l’Auberge de la Jamaïque, je ne l’ai pas encore lu celui-ci !

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