Le Chardonneret – Donna Tartt

Résumé :

C’est un minuscule tableau de maître. Un oiseau fascinant. Inestimable. La raison pour laquelle Theo Decker, 13 ans, s’est retrouvé en possession de ce chef-d’œuvre de l’art flamand est une longue histoire… Un hasard qui, huit ans après ce jour tragique de pluie et de cendres à New York, l’obsède toujours autant.

« J’aimerais croire à une vérité au-delà de l’illusion, mais j’en suis venu à la conclusion qu’il n’y en a pas. Parce que entre la réalité d’un côté et le point où l’esprit la heurte de l’autre, il y a une zone intermédiaire, un liseré irisé où la beauté vient au monde, où deux surfaces très différentes se mêlent en une masse indistincte pour offrir ce que n’offre pas la vie, et c’est l’espace où l’art existe, et toute la magie. »

Mon avis :

Mon avis sur ce roman a changé cent fois au cours de ma lecture, en fonction des passages qui tantôt me bouleversaient, tantôt m’irritaient. J’ai ainsi adoré la première partie du roman, très émouvante, où le narrateur raconte les circonstances du décès de sa mère et ses jeunes années à New York, alors que la seconde partie à Las Vegas m’a davantage rebutée.

Au début de ce roman d’initiation, le narrateur vit carapaté dans une chambre d’hôtel à Amsterdam pour une raison mystérieuse. Il entreprend alors de faire le récit de sa jeune vie, en commençant par ce qui selon lui est le point de départ de ses ennuis : cette journée maudite où les circonstances ont fait que sa mère est morte. On le sent hantée par la culpabilité : si seulement il n’avait pas été expulsé du lycée, si seulement il avait insisté pour prendre un petit déjeuner, si seulement il n’avait pas plu, si seulement il n’avait pas accepté de se rendre à cette exposition avec elle….

« Cela a-t-il un sens de savoir que l’histoire se termine mal pour tout le monde, même les plus heureux d’entre nous, et qu’au bout du compte nous perdons tout ce qui nous tient à cœur – et en même temps de savoir aussi, en dépit de tout cela, et même si les dés sont cruellement pipés, qu’il est possible de jouer avec une sorte de joie ? »

Une exposition où il suivra sa mère bien malgré lui, déterminée qu’elle était à lui montrer un tout petit tableau, celui qui l’avait marquée petite : Le Chardonneret. Un peu ailleurs, Théo remarque parmi les visiteurs un vieil homme accompagné d’une jeune fille rousse qui l’attire immédiatement. C’est d’ailleurs pour la retrouver dans la foule qu’il échappera à la mort dans l’explosion qui tuera sa mère, retournée jeter un dernier regard à son tableau favori. Parmi les décombres, hagard, il assistera aux derniers instants du vieil homme, qui l’exhorte à prendre un petit tableau, lui donne sa vieille chevalière ainsi qu’une adresse où se rendre : Hobart & Blackwell. Ainsi débute son larcin bien involontaire, un acte irréfléchi commis dans un état d’hébétude, et qui changera profondément la vie de Théo.

On se posera bien entendu la question : pourquoi Théo garde-t-il ce tableau que tout le monde recherche ? On comprend que c’est tout d’abord parce qu’il est dévasté par la disparition de sa mère, honteux, et apeuré à l’idée que les services sociaux ne le placent en centre pour mineurs, mais ensuite l’engrenage s’est mis en route et c’est trop tard. On suit ainsi les pérégrinations de Théo au fil des années, qui sont intimement liées à son rapport avec ce tableau. Tout en le cachant, terrorisé à l’idée qu’on le découvre, il est aussi irrésistiblement attiré par le désir de le contempler, comme s’il représentait un dernier lien avec sa mère.

« Parfois le chagrin s’abattait sur moi de manière inattendue en vagues qui me laissaient haletant ; et quand ces dernières refluaient, je contemplais alors un naufrage saumâtre illuminé d’une lumière si claire, si poignante et si vive, que je pouvais à peine me souvenir que le monde n’avait pas toujours été mort. »

C’est donc avant tout un roman sur le deuil, sur l’impact dévastateur du traumatisme sur une vie. On y trouve des personnages extrêmement attachants, en particulier Théo bien sûr, dont on pardonne bien vite les erreurs et pour lequel on ressent une immense empathie dès les premières pages, mais aussi Hobie, ou encore Pippa et Andy. Le roman comporte également son lot de personnages plus borderline : le père de Théo, alcoolique, pathétique, voleur et manipulateur, Xandra, la petite amie de ce dernier, ou encore Boris le grand ami de Théo qui l’entraine en fonds troubles. J’ai par ailleurs adoré les très nombreuses références à Dickens, plus ou moins directes. On ressent en effet que ce roman puise beaucoup son inspiration dans Oliver TwistLes Grandes Espérances, ou encore Un Conte de Noël. Et finalement, la destinée de Théo épouse presque à la perfection celles des personnages de ces romans.

« Le tableau m’avait donné la sensation de ne pas être un simple mortel, de ne pas être ordinaire. C’était à la fois un soutien et une revendication ; une nourriture et un tout. C’était la clé de coûte qui avait maintenu toute la cathédrale. »

Le Chardonneret n’a pour moi pas détrôné Le Maître des illusions, que j’avais adoré, et malgré ses qualités, je l’ai trouvé vraiment long et parfois un peu assommant, en particulier les toutes dernières pages qui sont d’un verbiage assez insupportable. Enfin, les passages, trop nombreux, sur les drogues et les trips de Théo m’ont gênée. Si malheureusement plusieurs éléments ont donc empêché d’en faire un coup de coeur, c’est néanmoins incontestablement un roman coup de poing, qui m’a beaucoup émue. Il est en effet remarquablement écrit, traitant avec une psychologie très fine de sujets douloureux, en l’inscrivant dans un contexte de société diversifié et très intéressant, allant de l’histoire des peintres hollandais, aux marchés de l’art parallèles, à la vie décalée dans certaines villes comme Las Vegas, ou encore l’appréhension du deuil d’un parent, le harcèlement scolaire, l’ascension sociale… Autant de raisons de découvrir ce roman ambitieux, qui est par ailleurs une véritable ode à New York !

Ma note (4 / 5)

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10 commentaires sur “Le Chardonneret – Donna Tartt

  1. J’ai été moins emballée que toi par cette lecture que l’on m’avait offert. Trop long, on s’y perd souvent et j’ai pourtant été au bout. Je me suis par contre promis de lire Le Maitre des Illusions son premier roman et apparemment bien meilleur.

    1. Je ne sais pas si on peut dire que j’ai été emballée, il y a des éléments qui m’ont tout de même dérangée (entre autres les longueurs). Mais je l’ai trouvé puissant et émouvant, on sent vraiment le talent de l’auteure. Et oui, il faut absolument que tu lises Le Maître des illusions, c’est un chef d’oeuvre !

  2. Je ne le lirai sans doute pas alors, car comme toi j’avais adoré Le Maître des Illusions et je crains la déception… J’avais déjà été un peu déçue par Le Petit copain…

    1. Le Petit copain était vraiment en dessous pour le coup je suis d’accord. Franchement malgré ses longueurs, Le Chardonneret est un très bon roman, tu peux tenter le coup si tu aimes l’auteure !

  3. Comme toi, mon avis sur ce roman a été mitigé, oscillant entre des moments de réel plaisir et de longs moments d’ennuis. J’ai trouvé, au final, que c’était un bon roman mais j’aurais bien coupé quelques dizaines de pages dans la partie qui se déroule à Vegas.

  4. J’ai été très déçue par ce roman. J’avais adoré le maitre des illusions et sans être emballée, je n’avais pas détesté le Petit copain mais là j’ai été déçue car j’ai cru avoir retrouvé ce qui m’avait tant plu dans le maitre des illusions. Un récit vraiment à part, qui vous emporte mais il ne vous emmène nulle part parce que c’est long, long et long -est ce que je vous ai dit que je l’avais trouvé long?-. C’est prétentieux, verbeux, cela n’aboutit pas réellement. On retrouve au début ce souffle du maitre des illusions, on veut y croire mais non, c’est raté. Je suis sévère mais il y avait tous les éléments pour écrire un livre extraordinaire et à la fin il n’y a qu’un pavé dont j’ai parcouru les dernières pages pour en finir avec ce pensum!

    1. Ce qui est un peu rageant avec Le Chardonneret, c’est qu’on sent l’immense potentiel, et que malheureusement les longueurs gâchent un peu l’ensemble. C’est vraiment dommage, peut-être était-il un peu trop ambitieux…

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