L’Éveil – Kate Chopin

Résumé :

En Louisiane à la fin du XIXe siècle la vie est paisible : villas du bord de mer, soirées musicales, robes de mousseline et enfants sages. Aux yeux d’Edna, cette quiétude confine à la torpeur. Une émotion amoureuse, un parfum enivrant et la vie change de registre. C’est  » l’éveil « . La jeune femme découvre son goût de vivre, sa créativité, son corps.

« Un sentiment indescriptible d’oppression, venu sans doute d’un coin obscur de sa conscience, emplissait tout son être d’une vague angoisse. C’était une ombre, une brume traversant la claire journée d’été de son âme. C’était étrange et nouveau ; c’était une humeur. »

Mon avis :

C’est un roman qui m’a beaucoup fait penser à Madame Bovary, et Kate Chopin n’avait d’ailleurs pas caché y avoir puisé son inspiration, ainsi que chez Maupassant qu’elle admirait beaucoup.

« De très bonne heure elle avait appréhendé instinctivement la dualité de la vie : la vie extérieure où l’on s’adapte, la vie intérieure où l’on s’interroge. »

C’est l’histoire d’une femme lasse de sa vie. Au début du récit elle est en vacances avec mari et enfants au bord de la mer, à Grand-Isle, dans le sud de la Louisiane. Là-bas elle fait la connaissance d’un jeune homme, Robert Lebrun, et se laisse séduire, bien que leur relation reste très chaste. Ce sera pour elle l’éveil. L’éveil à une nouvelle vie, l’éveil à ses désirs profonds. Passant pour une femme effacée et nonchalante, Edna va tout à coup sortir de sa torpeur. Désireuse de s’affranchir de ce qui selon elle la retient dans une vie insatisfaisante, son comportement change. Elle ne s’occupe plus de la maison, elle cesse de recevoir le mardi, et à la place elle décide de passer ses journées à peindre, à aller aux courses à l’hippodrome, et à flirter. On comprend dès lors pourquoi le roman a créé un tel scandale à l’époque, cette femme aspirant à l’indépendance, décidée à écouter ses désirs et ses émotions sans se poser de questions et sans égards pour le qu’en dira-t-on, allait à l’encontre de toutes les convenances sociales et d’une société patriarcale bien établie.

« Le passé n’était rien pour elle ; il ne lui offrait aucune leçon qu’elle fut prête à suivre. L’avenir était un mystère qu’elle n’essayait jamais de percer. Seul le présent avait du sens ; il lui appartenait, pour la torturer comme il le faisait à cet instant de la certitude cruelle qu’elle avait perdu ce qu’elle possédait et qu’on l’avait privée de tout ce qu’exigeait son être passionné, qui venait de s’éveiller. »

Edna devient donc presque du jour au lendemain une femme qui s’émancipe et avoue être malheureuse en ménage. C’est d’ailleurs joliment illustré par le jour où elle apprend à nager. Stupéfaite, elle s’éloigne alors, nageant vers le large, goutant une liberté à laquelle elle avait renoncé sans même s’en apercevoir. Son mari est quant à lui persuadé qu’elle a perdu la tête et l’accable de reproches, la traitant de mauvaise épouse et de mauvaise mère. Il y a d’ailleurs à propos de la maternité des réflexions intéressantes, et elles aussi certainement scandaleuses pour l’époque. Ainsi Edna avoue-t-elle aimer ses enfants mais pas au point de s’oublier elle-même, de se sacrifier pour eux. Elle prend le contrepied de son amie, Mme Ratignolle, présentée comme l’épouse et la mère parfaite, entièrement dévouée à ses enfants auxquels elle consacre tout son temps. Tout en l’admirant, Edna est effrayée par les choix de cette dernière, qui la confortent dans sa conviction que ce n’est pas la vie qu’elle souhaite mener.

« Il lui semblait qu’un voile s’était levé de ses yeux et lui permettait de voir et de comprendre la signification de la vie, ce monstre fait de beauté et de brutalité. »

Ce roman est considéré comme un grand classique de la littérature américaine, et si j’ai bien aimé ma lecture, à mon sens cela ne se hisse pas au niveau de Flaubert ou de Maupassant, ni même de ses compatriotes et contemporains Henry James ou Edith Wharton, que j’aime énormément. En revanche, la lecture de L’Éveil m’a interpellée pour deux raisons. Tout d’abord, il est assez rare de lire des romans se déroulant dans le sud des États-Unis au 19ème siècle, les écrivains de cette époque nous ayant davantage habitués aux décors de la côte Est. Il y est ainsi en particulier fait mention des Créoles, mi-américains, mi-français, qui intimident tant Edna par leur absence de pudeur, et qui sont à l’origine de changements profonds dans la société américaine. Ensuite, il est intéressant de lire un roman qui, paru en 1899, a tant choqué par son traitement de la sexualité féminine, alors même qu’il paraitrait extrêmement sage aujourd’hui. Il faut reconnaître que Kate Chopin aborde courageusement un certain nombre de sujets indispensables, signant les prémices du féminisme aux États-Unis. Malheureusement, elle était sans doute un peu trop en avance sur son temps, et blessée par la violence de la critique, elle n’écrira plus. Ne serait-ce que pour ces particularités et l’audace de son auteure, L’Éveil mérite d’être lu et considéré à sa juste valeur.

Ma note (3,5 / 5)

signature4

4 commentaires sur “L’Éveil – Kate Chopin

  1. La couverture est très belle. J’avais étudié le livre à la fac et j’avais beaucoup apprécié le cadre de l’histoire (Sud des Etats-Unis) et une certaine poésie qui se dégageait de l’oeuvre. Effectivement, on a dû mal avec nos yeux contemporains à voir ce qui a pu choquer à l’époque…

Laisser un commentaire