Hudson River – Joyce Carol Oates

Résumé :

En sauvant une fillette de la noyade, Adam Berendt décède dans l’Hudson River. Sa disparition ébranle la petite société de Salthill où il résidait. Adulé, désiré, jalousé… Qui était-il vraiment ? Un sculpteur sans passé connu, un personnage en quête d’absolu au-delà des conventions. La mort ne rend ni meilleur ni pire : elle exhume les secrets, les non-dits. Pour Adam comme pour ses voisins…

« La vie dévore la vie, mais l’homme brise le cycle, l’homme se souvient. »

Mon avis :

J’avais adoré Les Chutes, qui m’avait totalement bouleversée, et c’est donc avec enthousiasme que j’avais décidé de continuer à découvrir l’oeuvre de Joyce Carol Oates. Après pas mal d’hésitations mon choix s’est porté sur Hudson River, et je dois dire que je suis très partagée sur ce roman.

Tout commence le jour où Adam Berendt meurt noyé en se portant au secours d’une petite fille dans l’Hudson River. Sa mort soudaine et brutale met toute la communauté de Salthill en émoi. D’Adam nous en saurons somme toute assez peu, et d’ailleurs ceux qui se considéraient comme ses amis ne le connaissent pas mieux. C’est en partie pour cette raison que sa disparition va autant les choquer. Tous l’aimaient et l’admiraient, mais au fond qui était-il ? Cet homme dont ils se sentaient si proches était une énigme. Il vivait simplement, mais on s’aperçoit qu’il avait pourtant de grands moyens, il aimait les philosophes grecs mais vivait de sa sculpture, il ne parlait jamais de sa famille, qu’on cherche désespérément à prévenir pour les funérailles. Comment quelqu’un que personne ne connaissait vraiment peut-il leur manquer autant ?

« Impossible de ne pas imaginer que les morts nous observent. Notre amour pour eux, une fine gaze chatoyante ondulant derrière nous. »

On s’aperçoit assez vite qu’Adam a laissé son empreinte sur cette petite communauté en raison ou plutôt en dépit de ses nombreux secrets. Auréolé de mystère et porté aux nues par ses voisins, Adam cristallisait en réalité beaucoup de choses, chez les femmes qui sont celles qui le pleurent le plus, mais également chez les hommes, pour qui il représentait un modèle de virilité et de liberté. Tout au long du roman, le récit suit en particulier quatre personnes : Marina Troy, la discrète libraire, sa voisine Camille, son avocat et ami Robert, et la voluptueuse Augusta. Les trois femmes étaient amoureuses de cet homme inaccessible, un homme que tout le monde s’accordait à trouver laid et pourtant séduisant, celui qu’elles ont toutes considéré comme le mari idéal, peut-être précisément parce qu’il n’était l’époux de personne. Par contraste avec la vie et les diatribes de cet homme fantasque, leur propre existence leur parait fade et sans passion. Tout est alors remis en question : leur couple, leurs relations avec leurs enfants, leur travail, leur mode de vie.

« Vivre – un art pour lequel nous tenons pour assuré que d’autres sont doués. »

C’est un roman sur le deuil mais aussi et surtout une satire sociale, croquant avec cynisme et une grande finesse psychologique la petite vie étriquée des habitants de cette ville. Une communauté fondée sur les apparences, sur les démonstrations de richesse, et sur l’entre-soi. Un « paradis » pour beaucoup, qui s’effrite petit à petit après la mort d’Adam pour dévoiler tout ce qui va de travers derrière les murs des luxueuses villas. Sa mort va en effet servir de révélateur à toutes les frustrations inavouées, et tous les désirs inassouvis. Un roman polyphonique qui souligne avec beaucoup d’humour noir la vacuité de l’existence.

Malgré des qualités, j’ai trouvé qu’il y avait un peu trop de longueurs, et des passages que j’ai trouvé assez déplaisants à lire, un peu trop crus peut-être. Par ailleurs, je n’ai réussi à m’attacher à aucun des personnages que j’ai tous trouvés assez pathétiques et peu sympathiques. Les différents dénouements m’ont laissée de marbre, d’autant qu’ils sont souvent un peu tirés par les cheveux. Une lecture en demi-teinte donc, mais je suis toujours aussi séduite par le style de l’auteure, et sa capacité à analyser en profondeur les travers de la société américaine. J’ai hâte de découvrir un autre de ses romans !

Ma note (3,5 / 5)

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4 commentaires sur “Hudson River – Joyce Carol Oates

  1. Oates ne laisse jamais indifférente, les deux livres qui m’ont marqué ce sont Viol une histoire d’amour et Daddy Love, livres courts, subtils, intenses. J’hésite à me plonger dans ses ouvrages plus longs, j’ai peur de ne pas accrocher.

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