Dans une petite ville du Donegal, une femme est l’objet de tous les regards et commérages : Colette Crowley, une poétesse de renom qui a quitté mari et enfants pour suivre son amant marié à Dublin, vient de revenir au bout de quelques mois. Son mari lui ferme la porte et l’accès à ses enfants, alors elle s’installe dans un petit cottage près de la plage. Son retour va bousculer les existences de deux autres femmes : sa logeuse, Dolores, mère épuisée affligée d’un mari irascible et volage qui ne lui a jamais pardonné d’être tombée enceinte avant leur mariage ; et Izzy, une femme au foyer insatisfaite de sa vie aux côtés d’un homme politique avec lequel elle se dispute à longueur de temps. Trois femmes qui représentent aussi leur époque, ces années 1990 où tout change sans vraiment évoluer, à l’aube d’un vote historique sur la légalisation du divorce.
« Depuis la fenêtre, elle contempla la plage. La mer avait presque englouti les halos bleutés qui la couvraient tel un linceul. Elle recouvra son calme devant le spectacle de l’eau qui éteignait les vestiges du jour. »
Dès les premières lignes on apprend qu’un drame va survenir, tandis que le récit retrace le déroulé des mois l’ayant précédé. On s’immerge aux côtés des personnages dans cette société fondée sur les rumeurs où il est si difficile pour une femme de s’échapper du joug de son mari. Colette fait figure d’excentrique, simplement parce qu’elle est déterminée à conserver sa liberté, mais elle paiera cher ses choix dans un microcosme qui ne pardonne rien. La plume est très belle, riche en descriptions lyriques et très évocatrices, qui contribuent à l’aspect contemplatif du roman et à cette atmosphère typiquement irlandaise.
« C’est si facile de devenir un fantôme de sa propre vie. »
La Route de la côte m’a beaucoup fait penser aux romans de Colm Tóibín, en particulier à Nora Webster, ainsi qu’à ceux de Dermot Bolger, comme Une arche de lumière, avec des thèmes similaires. C’est un joli premier roman, même si je ne suis parvenue à m’attacher à aucun des personnages. Si le sort des trois femmes est lié, elles ne font preuve d’aucune solidarité entre elles, il y a peu de bienveillance et d’amitié, et beaucoup de mépris, de jugement et d’envie. Quant aux hommes, dominateurs, manipulateurs, souvent violents… il n’y a pas grand chose à sauver… J’ai beaucoup aimé en revanche la figure du prêtre, trop peu exploitée à mon goût. On retient surtout de cette lecture une ambiance, typique de ces petites bourgades étriquées et renfermées sur elles mêmes, et un rappel de cette condition féminine peu enviable qui n’a commencé à se libérer de ses corsets qu’en 1995.
Ma note
(3,5 / 5)
Éditions Calmann-Levy, 5 mars 2025, traduit par Emmanuelle Heurtebize, 380 pages

