« L’horreur venait mettre en forme leur indifférence au monde, leur étrangeté, leur absence totale de perspectives mais aussi leurs désirs profonds. »
Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir…
Dans une petite bourgade de la périphérie toulousaine, un groupe d’amis grandit dans les années 90 et tente tant bien que mal de s’occuper en attendant de pouvoir enfin partir. Comme tous les autres enfants de leurs âge, ils sont fascinés par une maison située au fond d’une impasse, visiblement abandonnée depuis des années. Tous en ont rêvé, persuadés que la maison les appelait à elle. Lorsqu’un de leur camarade décède dans des circonstances mystérieuses après y être entré, ils décident de l’explorer à leur tour et de percer ses secrets, ouvrant la porte à leurs pires cauchemars.
« Une part d’eux-mêmes venait de leur être arrachée, et si aucun n’aurait su précisément dire laquelle, tous savaient en revanche qu’elle ne leur serait jamais rendue. »
Jean-Baptiste Del Amo s’essaie au roman d’horreur en reprenant le thème de la maison hantée ; une maison étrange qui se nourrit des peurs les plus profondes et des désirs les plus inavoués, dans laquelle le lecteur pénètre à la suite des personnages en retenant son souffle. L’immersion est parfaite, la découverte des lieux se déroulant lentement sous nos yeux tandis que la description des odeurs et des sensations prennent à la gorge. Avec ce roman, l’auteur rend un hommage au genre horrifique, de la littérature au cinéma, truffant son récit de références qui rappelleront des souvenirs à tous les enfants des années 90. On pense bien sûr beaucoup à Stephen King (la beauté de l’écriture en plus), mais aussi à Lovecraft ou à Bradbury, avec une petite touche cinématographique qui rappelle des films cultissimes ou des séries plus récentes comme Stranger Things. Le roman laisse la part belle au rêve sous toutes ses formes, la plume envoûtante achevant de semer la confusion entre rêve et réalité.
« L’enfance était un cauchemar et l’innocence un enfer dont il ne se réveillerait que pour constater qu’il était trop tard. »
C’est aussi et peut-être surtout un roman qui capture l’essence de ce qu’est l’adolescence et la scission qu’elle forme avec l’enfance, cette fin de l’innocence et les désillusions qu’elle entraine. Chacun des personnages se débat avec ses propres démons, parfois hérités de leurs parents. L’un tente de surmonter le deuil de sa mère et sa culpabilité ; un autre est confronté au racisme et au harcèlement ; un autre encore s’inquiète de son homosexualité en pleine épidémie de sida ; un autre est contraint de vivre sous le joug d’un beau-père violent… Autant de tourments qui vont les isoler, alimentant les secrets et la honte, et mettre quelque peu à mal leur amitié. Tous sont extrêmement attachants dans leurs questionnements et leur sensibilité, et illustrent non seulement une période charnière de la vie, mais aussi tout le désenchantement d’une époque.
Un roman fascinant et oppressant qui promet de hanter longtemps vos nuits !
Ma note
(5 / 5)
Éditions Gallimard, 13 mars 2025, 464 pages

