Lucy in the sky – Pete Fromm

Résumé :

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.

Mon avis :

Au fin fond du Montana, Lucy est une adolescente, grande, filiforme, et un brin garçon manqué pour plaire à son père qui aime lui raser la tête quand il est de passage. Un père bucheron qui est la plupart du temps sur les routes, se contentant d’envoyer des cartes postales à sa femme et à sa fille, qui ne font que l’attendre. Du haut de ses quatorze ans, Lucy voit ses parents comme un couple idyllique, avant de se rendre compte petit à petit que la surface se fendille. Sa mère se met à travailler, lassée d’attendre le retour hypothétique de son mari, puis rentre de plus en plus tard le soir, multipliant les jules et laissant sa fille livrée à elle-même.

« Pendant toutes ces années, c’est pour ça que je l’avais laissé me raser la tête : si la seule chose qui lui manquait ici, c’était d’avoir un fils avec qui faire des trucs, je serais presque aussi bien qu’un garçon, je serais ce qu’on pouvait trouver de plus approchant. Je ne m’étais pas aperçue que ça ne servait à rien. Comme les baisers de Maman. Il partait quand même. »

Lucy quant à elle s’émancipe, expérimente, et prend goût aux jeux interdits, cherchant à imiter les ébats torrides de ses parents. Tout bascule lorsqu’elle embrasse Kenny, son meilleur ami. D’un seul coup, sa perception du monde qui l’entoure s’en trouve modifiée.  Elle virevolte d’un garçon à l’autre, se rendant compte que, ses formes s’arrondissant, elle plait de plus en plus. Une constatation qui va profondément la perturber, tiraillée entre son désir de rester une enfant, naïve et innocente, à l’abri de toutes les complications des adultes, et sa découverte de la sexualité, de son corps et de son pouvoir de séduction. Et dans le même temps, affligée par le comportement de sa mère et l’éloignement de son père, elle est déterminée à ne pas reproduire le modèle de ses parents, dont elle ne cesse de chercher à se démarquer par tous les moyens possibles.

« Tu sais, à ton âge, je pensais que je traverserais cette période difficile, l’adolescence, et qu’après je serais de l’autre côté, à la lumière, et qu’à partir de là tout irait comme sur des roulettes. Jusqu’à ce que je sois vieille, en tout cas. Croulante. Jusqu’à ce que le cancer ou autre chose vienne gâcher une journée assez correcte par ailleurs. »

De 14 à 16 ans, on va ainsi suivre Lucy dans ses questionnements, ses introspections, ses rébellions, ses joies et ses peines, tout ceci avec une vérité brutale et poignante. Le talent de Pete Fromm à se glisser dans la peau d’une adolescente est en effet remarquable, et on se prend très vite d’affection pour Lucy, intelligente, insolente, drôle, énergique, sensible. Mais plus on tourne les pages, et plus on se prend également de compassion pour cette jeune fille bien trop jeune pour se prendre pour une femme, et confrontée bien trop tôt au monde des adultes. Tout va trop vite pour elle, et on la sent dépassée par les événements et par ses propres sensations. Car si le roman est charmant, il n’en reste pas moins qu’il met en scène une adolescente perdue et abandonnée par des parents qui n’en sont pas vraiment. Elle est frappée par le manque d’attention dont elle bénéficie, jusqu’à la faire s’interroger sur sa place, et sur l’accident potentiel qu’a pu représenter sa naissance. On se rend assez vite compte que cette famille, qui paraissait idyllique au premier abord, avec une mère jeune et jolie, et un père certes absent mais drôle et aimant, est profondément déséquilibrée.

« On choisit ses chaussettes. On choisit pas ses parents. »

Un roman corrosif sur l’adolescence et ses tourments, et un magnifique récit initiatique, bourré de dialogues savoureux et de réparties cinglantes. Un passage houleux de l’enfance à l’âge adulte, mais avec une émotion et une fraicheur qui font de ce roman un vrai petit bijou, tendre et pourtant triste à la fois. Ce qui est fou c’est qu’il ne se passe somme toute pas grand chose, et pourtant j’ai lu ce roman d’une traite, à la fois séduite par la personnalité de l’héroïne et irritée par ses mauvaises décisions. Mon seul regret concerne les tout derniers chapitres, dans lesquels j’ai trouvé que la vie de Lucy devenait un peu glauque, et qui ont un peu gâché l’ensemble de ma lecture.

Ma note (4 / 5)

signature4

4 commentaires sur “Lucy in the sky – Pete Fromm

  1. Le roman qui m’a fait découvrir Pete Fromm ….. Et depuis je le suis. Mon désir le plus ardent est une pure merveille et je viens de mettre dans ma PAL Le Nom des Etoiles mais apparemment c’est une suite à Indian Creek qu’il faut que je me procure 🙂

Laisser un commentaire