Leçons de conduite – Anne Tyler

Résumé :

La vie conjugale ne serait-elle qu’un long deuil ? Ira et Maggie partent en voiture assister aux funérailles d’un ami. Jalonné de petites disputes, de bifurcations cocasses et d’une foule de souvenirs, le trajet vire au bilan pour ce couple dépareillé – lui, le pessimiste introverti, elle, la rêveuse bavarde. Une odyssée minuscule, à travers leur passé, l’amour étiolé, leurs espoirs déçus et les liens qui les unissent, encore…

« Si elle était trop sensible, au moins avait-elle choisi celui qui saurait l’émouvoir. Si elle était prisonnière des lendemains, au moins avait-elle choisi de quoi ils seraient faits. »

Mon avis :

Un couple de quinquagénaires, Ira et Maggie, se rend à l’enterrement d’un de leurs amis. Tout au long de cette journée, et de cette longue route semée de détours et de rencontres hasardeuses, ils vont se laisser aller aux souvenirs, aux regrets, aux désillusions, aux disputes non réglées, aux questionnements sur le sens de leur vie. Je n’ai pas compris l’engouement pour ce roman, qui a tout de même gagné le prix Pulitzer en 1989 ; personnellement je suis totalement passée à côté.

Pour commencer, j’ai trouvé les deux personnages principaux peu sympathiques. Maggie est agaçante à bavarder sans cesse et à se mêler des affaires de tout le monde, au risque d’empirer une situation déjà tendue. Ira quant à lui, énerve par son pessimisme et son détachement, comme s’il se fichait de tout ce qui se passe autour de lui. Dès lors on ne peut que se demander comment ce couple a pu supporter autant d’années ensemble alors qu’une seule journée paraît si laborieuse. J’ai souffert pour eux tout au long du roman, m’attendant à une explosion qui ne vient pas, chacun se contentant pour ainsi dire de l’autre et de la vie, aussi terne soit-elle.

« Pourquoi fallait-il toujours qu’elle convie les uns et les autres dans sa vie ? À croire qu’un mari ne suffisait pas, qu’être deux n’était pas assez. »

Ce trajet en voiture, qui se veut cocasse par l’accumulation des petites disputes, des arrêts improvisés, et des réflexions de l’un et de l’autre, est en réalité très étouffant. Le récit offre un aperçu de la vie de couple peu reluisant, d’autant qu’aucun des deux ne fait vraiment d’effort. On dirait qu’ils se sont levés ce matin-là déterminés à rendre la journée de l’autre le plus pénible possible, et pénible aussi pour le lecteur. Par ailleurs je n’ai pas trouvé que le roman cherchait à apporter une réflexion sur le mariage limpide et pertinente, c’est plutôt une accumulation de situations où on a l’impression qu’ils ne sont jamais sur la même longueur d’ondes et qu’ils s’y sont plus ou moins résignés. Ira et Maggie font le bilan de leur vie de couple, en revenant sur les concessions, les sacrifices, et, de manière surprenante, assez peu sur les moments de bonheur qu’on pourrait par conséquent imaginer totalement inexistants. Pour des raisons différentes, on ressent une profonde insatisfaction chez chacun d’eux, comme s’ils se demandaient ce qui avait bien pu tourner de travers pour qu’ils en soient arrivés là. Certes ils s’aiment mais c’est en dépit de tellement de choses qu’on peut se demander si c’est suffisant.

Il est aussi question de leurs enfants, qui, chacun à sa manière, sont une source de frustration pour leurs parents. Leur fils Jesse est pour son père un raté qui n’a pas fini le lycée et qui a eu un enfant trop jeune avec une fille dont il s’est séparé. Sa mère quant à elle a encore l’impression de voir un petit garçon et ne cesse de lui trouver des excuses et de chercher à arranger les choses à sa place. Quant à leur fille, Daisy, elle est effacée, studieuse, et pressée de partir pour l’université, comme si elle ne pouvait avoir plus hâte de laisser ses parents bien loin derrière elle. Voilà donc un charmant et optimiste portrait de famille…! La façon qu’a l’auteur de ne montrer que l’aspect négatif des choses m’a surprise. On imagine bien qu’il y a eu des souvenirs heureux, mais ils sont évoqués avec parcimonie.

« Alors qu’elle fouillait dans les affaires sous l’oeil muet d’Ira, Maggie eut une vision du cercle de sa vie. Les choses se répétaient, inlassablement ; elle tournait en rond, et c’était sans espoir. »

Leçons de conduite ne réinvente pas le genre des romans qui se penche sans complaisance sur le mariage, et à cet égard j’ai trouvé qu’Une bobine de fil bleu était bien plus réussi, plus tendre et plus émouvant. Sur ce même sujet, je conseillerais bien davantage L’invitation à la vie conjugale, d’Angela Huth, qui explore les liens du mariage sans concessions et avec un certain cynisme, ou encore dans un autre registre La probabilité du bonheur, de Lily Tuck, où une femme fait le bilan de sa vie aux côtés de son mari, qui vient de mourir.

Ma note (2,5 / 5)

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2 commentaires sur “Leçons de conduite – Anne Tyler

    1. Ahaha je n’aime pas donner un avis négatif sur un roman, mais ce n’est que mon ressenti personnel. Après tout il a tout de même eu le prix Pulitzer !

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