L’invitation à la vie conjugale – Angela Huth

Résumé :

Frances Farthingoe s’ennuie. Elle se sent délaissée par ce mari qui passe ses journées devant son ordinateur ses nuits à observer les animaux au fond des bois. Elle décide d’organiser une fête somptueuse dans son manoir d’Oxford et y convie ses amis les plus chers : Rachel et Thomas Arkwright, qui n’ont plus rien à se dire depuis longtemps, Mary et Bill Lutchins, tendrement unis dans leur passion pour la nature, Martin Ursula Knox, le couple au bonheur insolent, Ralph, l’ami si timide, ancien amant de Frances et amant platonique d’Ursula, Rosie, la mère de Ralph, artiste peintre, dont Thomas vient de tomber follement amoureux.
C’est la fête de l’année qui, en quelques heures, bouleverse la vie des couples. Les masques tombent, les sentiments se bousculent, s’enflamment. Que la fête commence !

« Elle semblait envahie par une bizarre légèreté de coeur, une indéfinissable impression de soulagement. C’était la soirée où elle s’était avouée vaincue, où elle avait renoncé au rêve avec lequel elle avait vécu si longtemps. »

Mon avis :

En réalité, contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture, la fête en elle-même n’occupe qu’une infime partie du roman. Le récit commence lorsque les différents personnages reçoivent leur invitation. Nous voilà alors plongés dans le quotidien de quatre couples : Frances et Toby, Ursula et Martin, Rachel et Thomas, Mary et Bill. Il y a également un homme, Ralph, en plein numéro d’équilibriste sentimental, embourbé dans un ménage à trois. Dans deux ménages à trois en réalité puisqu’il est amoureux d’Ursula, et que Frances est amoureuse de lui. Cela en fait l’un des seuls personnages célibataires mais sa situation met en exergue les failles des couples. Avec une précision chirurgicale, Angela Huth explore les liens du mariage et souligne la difficulté de se marier par amour, puis la difficulté de conserver cet amour une fois mariés.

« L’acte de communiquer, même au niveau le plus superficiel, est plein de mystères. Nombreux sont ceux qu’on n’éclairait jamais et qui deviennent des sujets de spéculation. »

Au début du roman, Rachel prend le bus pour se rendre dans les grands magasins. Elle se surprend à observer les gens dans la rue et à essayer de deviner leur quotidien, leurs espoirs et leurs désespoirs. J’ai l’impression que c’est exactement le point de vue que s’est proposé de donner Angela Huth. Pendant quelques pages, le lecteur va entrer dans l’intimité de ces quatre couples et comprendre en profondeur ce qu’ils ont dans leur coeur, ce que même leur conjoint ne saura probablement jamais.

On ne peut manquer d’être frappé par le gouffre qui sépare maris et femmes. Ainsi Toby, obsédé par son travail et par l’observation des blaireaux au clair de lune, trouve sa femme stupide et superficielle, mais est parfois envahi par la culpabilité et compense en lui offrant tout ce qu’elle souhaite. Frances quant à elle, essaie désespérément d’attirer l’attention de son mari et fait des pieds et des mains pour qu’il réalise à quel point elle se donne du mal, ne se doutant pas une seule seconde que rien ne pourrait rendre Toby plus indifférent. Rachel et Thomas forme le couple le plus désespérant du roman. Elle est abattue au point de rester couchée une bonne partie de la journée, et n’a pour seule occupation que les taches ménagères pour lesquelles son mari n’éprouve pas la moindre gratitude. Thomas est en effet bien plus occupé à courir les autres femmes et à cajoler son propre ego, ce qui en fait de loin le personnage le plus écoeurant. Angela et Martin forme un couple bien plus harmonieux, mais plus jeune également, et bien qu’on les sente heureux et amoureux, il y a plusieurs non-dits et points de friction sur lesquels on ne peut manquer de s’interroger. Enfin, Mary et Bill sont un couple âgé, ce sont ceux qui ont tout surmonté ensemble et qui ont toujours l’un pour l’autre une tendresse émouvante. Ce sont probablement ceux qui se connaissent le mieux, et pourtant il y a encore certains silences, certains sujets que l’un ou l’autre n’ose pas aborder, par pudeur ou par manque de courage.

« Dans le mariage, les marées changeantes sont plus saines que les eaux dormantes. Elle s’était donc résignée aux rencontres, séparations, rencontres, séparations, à cette invariable bascule. C’était leur façon de traiter le gouffre qui sépare toutes les âmes humaines, et cela marchait très bien. »

L’incompréhension fréquente qui peut exister au sein d’un couple saute ainsi aux yeux, et on ne peut que constater à quel point le mariage est l’union de deux individus qui, pour une large part, restent des inconnus. J’ai trouvé assez effrayant de constater l’immensité de ce que l’un peut cacher à l’autre, par égoïsme parfois, mais aussi plus ironiquement par amour. Dès lors, sur quoi repose un mariage réussi ? Le désir ? La communication, mais pas trop ? Une harmonie de points de vue ? Certains mariages sont indubitablement plus réussis que d’autres, et pourtant il y a chez chacun des personnages une insondable tristesse, une résignation, une profonde solitude.

« Je me suis dit que, peut-être, nous pourrions mener chacun notre vie de notre côté. » Il vit les épaules de sa femme se hausser un peu quand elle soupira. Il y eut un moment de silence. « Je n’ai pas de vie à mener de mon côté », répondit-elle.

J’ai beaucoup aimé ce roman et l’habileté de la plume d’Angela Huth. Comme c’était déjà le cas dans Quand rentrent les marins, il y a une grande vérité et perspicacité dans ce roman, qui ne donne pas une vision très enjolivée de la vie de couple, mais offre une réflexion intelligente et sans concessions.

Ma note (3,5 / 5)

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