Une bobine de fil bleu – Anne Tyler

Résumé :

Ils se croyaient uniques : c’était peut-être la preuve supplémentaire que les Whitshank étaient une famille comme les autres.
Abby Whitshank est mère de cinq enfants devenus adultes. Elle excelle à les rassembler tous autour d’un repas ou d’une conversation. Pourtant, si aujourd’hui tous les enfants sont de retour à Baltimore, c’est parce que Abby les inquiète par ses comportements étranges et ses pertes de mémoire. Le coeur de la famille Whitshank semble battre de travers. Même Denny, le fils rebelle, s’en émeut.

Mon avis :

Avez vous déjà regardé un couple ou bien une famille dans la rue en pensant : voilà le modèle de la famille parfaite, ils doivent être tellement heureux ? Anne Tyler nous invite chez cette famille parfaite, et nous montre toutes les petites failles, les secrets, les non-dits, les désaccords sur lesquels on n’ose pas revenir.

« Pourtant la famille semblait ignorer les déceptions. C’était une autre de leurs singularités : ils avaient le don de faire comme si tout allait bien. Ou peut-être cela n’avait-il rien de singulier, justement. C’était peut-être la preuve supplémentaire que les Whitshank étaient une famille comme les autres. »

C’est une famille ordinaire qui se voulait différente des autres, fière de leur maison et de leurs origines. Fière de leur générosité, avec une mère assistante sociale et dévouée, et de leur savoir-faire, avec des hommes bâtisseurs de père en fils. Ou comment donner l’illusion d’une vie enviable. Dès les premières lignes, on nous parle de Denny, l’un des enfants d’Abby et Red Whitshank. Il est un peu à la marge, soupe au lait, le canard boiteux d’une fratrie de quatre enfants. Il est parti très jeune de chez lui et ne donne quasiment jamais de nouvelles. Personne ne sait où il vit, s’il travaille, s’il a une petite amie… Un enfant qui donnait déjà bien du souci à sa mère, et qui poursuit adulte. Mais petit à petit, on se rend compte que Denny n’est que l’un des noeuds de ce fil inextricable qu’est cette famille, et innocemment, ou peut-être sournoisement, Anne Tyler sème au détour des pages ses petites bombes, ses révélations sur l’envers du décor de cette famille prétendument parfaite.

On remonte les époques, dévoilant au fur et à mesure la vérité sous le vernis. La première partie du roman est consacrée à ces quatre enfants, devenus adultes, qui comprennent que leur mère, Abby, commence à être un peu trop distraite. Commence alors une cohabitation forcée qui révèle des tensions trop longtemps tues. La seconde partie et la troisième partie du roman remontent en arrière, à l’époque où leurs parents sont tombés amoureux, puis plus loin, à l’époque où leurs grands-parents se sont rencontrés, dévoilant une réalité dont on s’était peu à peu éloigné en racontant l’histoire de la famille.

Chacun des membres de cette famille a des petites choses à cacher, à reprocher aux autres, et on se rend compte que finalement tout est une question de perspective. Anne Tyler aborde avec beaucoup de subtilité et d’empathie tout ce qui fait la difficulté des relations conjugales, filiales, et fraternelles ; cette apparente contradiction entre le fait d’être si proches et de se sentir pourtant parfois si seul avec ses émotions et ses ressentis.

« Le problème quand on meurt, c’est qu’on n’a pas l’occasion de voir comment tout se termine. On ne connaîtra jamais la fin de l’histoire. »

C’est un roman tendre sur une famille somme toute heureuse, sur la nostalgie de la jeunesse, d’une époque révolue. Un roman sur le temps qui passe, et les bilans que l’on fait en vieillissant, sur le tri nécessaire entre ce qui a de l’importance et ce qui doit être occulté au nom de l’harmonie familiale. Malgré une tristesse latente, et malgré tous leurs petits dérapages, j’ai été charmée par cette famille, et par cette petite maison dans Bouton Road, avec la jolie véranda.

Ma note (3,5 / 5)

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