La probabilité du bonheur – Lily Tuck

« Elle ne peut imaginer une vie sans Philip.

Et elle ne le veut pas non plus. »

Résumé :

Devant son mari, mort subitement tandis qu’il se reposait dans son lit, l’esprit de Nina erre sans pouvoir se fixer entre un présent encore incompréhensible et des souvenirs qui affleurent en autant d’instantanés aussi épars que lumineux. Sa vie ressemble aux verres de couleur échappés d’un kaléidoscope, certes toujours aussi brillants mais incapables de former désormais la moindre figure. Comme si seul l’homme allongé devant elle avait été capable de donner un sens à leurs quarante-deux ans de vie commune. Avec élégance, la narratrice semble s’effacer pour dresser le portrait magnifique d’un homme doué pour le bonheur, d’un mathématicien brillant qui savait relativiser les aléas de l’existence en en faisant la matière de démonstrations aussi absconses qu’amusantes.

« La mort, pense-t-elle, est peut-être comme l’une de ces étoiles – une étoile qu’on ne peut voir qu’en remontant le temps et qui existe dans un état impossible à observer. Tandis que la vie, a-t-elle entendu dire, a été créée à partir des étoiles – débris d’étoiles. »

Mon avis :

J’ai été chavirée par ce roman. Comme beaucoup de ces romans qui m’ont marquée, je me souviens précisément du moment où je l’ai lu pour la première fois, où j’étais, et ce que j’ai ressenti. Je me souviens que j’ai serré la main de mon amoureux un peu plus fort, et que je lui ai tendu le livre après l’avoir terminé. Difficile à décrire, impossible à résumer, c’est pour moi l’un des plus beaux romans d’amour que j’ai pu lire, beau à en arracher des larmes. Il se vit autant qu’il se lit.

« Fermant les yeux, elle revient sur ses pas. »

Nina se trouve aux côtés de son mari, qui vient de mourir, et elle se remémore sa vie, par fragments épars. Son esprit vagabonde, de son mari allongé sur son lit, à leur rencontre à Paris, leur première nuit, leur mariage, leur voyages de noces, la naissance de leur fille, leurs vacances à Belle-Ile. Quarante-deux années de mariage. Elle se souvient de détails minuscules, en oublie d’autres et ça l’irrite. Elle a une chanson dans la tête. Elle pense à sa fille qui n’est pas encore au courant. Elle pense aux pleureuses italiennes, et souhaiteraient agir comme elles, hurler et se débattre de douleur mais elle reste là, à lui tenir la main en se remémorant leur vie ensemble. Elle essaie de retrouver ses dernières paroles, elle l’écoutait distraitement. Elle se souvient de leurs conversations, de leurs désaccords, quand était-ce ? et où ? Elle pense à ce qu’elle lui a caché et qu’il ne saura jamais. Elle cherche dans les tréfonds de sa mémoire tout ce qui a construit leur couple. Son esprit erre par associations d’idées, sans chronologie, sans ordre. Il est mort soudainement, et c’est elle qui voit défiler leur vie, toutes les pièces du puzzle de leur histoire d’amour.

« Une contradiction. Impossible d’imaginer sa non-existence ni, d’ailleurs, la sienne propre. »

La nuit s’écoule lentement au gré de ses rêveries et de ses allers-retours entre le passé et le présent. Elle touche son mari allongé près d’elle, lui prend la main, lui caresse la joue. Comme si elle voulait l’avoir encore un peu près d’elle, faire comme s’il était encore là ou comme s’il pouvait revenir. On sent chez elle un désespoir à la fois digne et insupportable. L’impression qu’à présent elle n’a qu’un passé, et plus de futur.

« Le temps est ce qui empêche tout d’avoir lieu d’un seul coup. »

La valse des souvenirs de leur vie à deux est parfois interrompue par le quotidien qui la quitte brutalement de sa rêverie. Un volet cassé. La sonnerie du téléphone. Une chaise qui tombe. Et interrompue aussi par des bribes de cours de mathématiques, d’explications scientifiques que lui fournissait Philip, et qu’elle connait par coeur. Le pari de Pascal, les nombres amiables, ses cours sur les probabilités, la suite de Fibonacci… Lui le mathématicien et elle l’artiste. Deux esprits qui se sont parfaitement trouvés. Elle repasse tout ce qui faisait de lui celui qu’elle aimait ; son optimisme, sa politesse, sa passion pour la voile, ses blessures, son humour. Mais la beauté vient de ce que cet amour est aussi parfait par leurs imperfections. C’est une vie de couple, sans concessions, sans enjolivements. Les hauts et les bas. La passion, le grand amour mais aussi la tromperie, la jalousie, les épreuves, les reproches, les désaccords, le quotidien… Et pourtant, dans la loi des probabilités, c’est le bonheur qui a gagné.

Ma note (5 / 5)

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