Charming Billy – Alice McDermott

Résumé :

Après l’enterrement de Billy Linch, ses amis et sa famille se réunissent dans un bar du Bronx pour évoquer les bons moments passés ensemble. Ils redécouvrent le plaisir de boire un verre alors que l’alcool était devenu un vrai problème dans la vie de Billy. Sa veuve, Maeve, est là. Elle a toujours veillé sur Billy et chacun admire son courage. Mais personne ne peut évoquer Billy sans penser à cette jeune Irlandaise. Car un été, à Long Island, il y a si longtemps, il est tombé éperdument amoureux de la jeune Eva. Il voulait l’épouser, elle est retournée en Irlande. Malgré sa promesse, elle n’est jamais revenue. Dennis, le cousin de Billy, n’a pas osé avouer la vérité. Il a préféré lui dire qu’elle était morte d’une pneumonie.

Mon avis :

J’aime énormément la plume d’Alice McDermott, d’abord avec Someone dont je vous parlais il y a quelques temps, puis ici avec Charming Billy, un petit bijou d’émotion.

Le récit commence avec l’enterrement de Billy, ivrogne notoire, mais va et vient entre le passé et le présent. Il nous est conté par la fille de Dennis, cousin de Billy et son plus proche confident. Au cours de cette journée, on évoque le défunt, sa maladie, son mariage avec Maeve, une femme terne et résignée, et surtout son grand amour de jeunesse, Eva, avec laquelle il s’était fiancé avant qu’elle ne meure d’une pneumonie.

« Ivre, lorsque Billy levait les yeux au ciel, le ciel était là. Le ciel était la seule compensation, la seule indemnité possible pour la déception, la cruauté et la douleur qui affligeaient les vivants, la seule consolation pour l’amour lui-même car, lorsque Billy tournait son regard vers le ciel, le ciel était là et Eva s’y tenait. »

C’est en tout cas ce qu’avait raconté Dennis à Billy à l’époque, mais en réalité, la jeune fille, repartie en Irlande, avait préféré se marier avec un autre. Désireux d’épargner la peine et la honte à son cousin, Dennis préfère lui dire qu’elle est morte. L’enfer est pavé de bonnes intentions… Billy s’est-il noyé dans l’alcool toute sa vie pour oublier la disparue ? On découvre ainsi un homme qui faisait vivre l’enfer à ses proches en sortant boire toutes les nuits, absolument dévasté à la pensée que sa chère et tendre ait pu être arrachée à la vie si tôt, alors que tous les autres continuent leur petit bonhomme de chemin, se marient, ont des enfant, achètent une maison… Tous les projets qu’il avait imaginés pour elle et qui se sont évanouis d’un seul coup. La vie de Billy aurait-elle été différente si ce soir-là Dennis lui avait avoué la cruelle vérité, la trahison de la jeune fille ?

« Vers un monde sombre, mais étincelant de moments où les bruits, l’odeur, la simple vue de l’endroit, l’arrière-goût dans sa gorge, le transportaient, si brièvement cela fût-il, vers certaine nuit d’été de ces temps lointains où il était jeune, où la vie était encore pleine de promesses, de ces temps lointains où il pouvait encore se tourner vers la dame de ses pensées pour étancher ses soifs. »

La narratrice, la seule à qui son père a avoué la vérité, regarde ainsi tout ce petit monde deviser sur le destin de Billy, sur sa vie et ses tourments, sur son alcoolisme. Avec les détails de cette journée d’enterrement s’alternent des épisodes d’autrefois, et on fait la connaissance de cette famille tellement attachante, dont les membres sont incalculables (je me suis maintes fois perdue avec tous ces oncles, ces tantes, ces cousins…). Billy et Dennis nous sont présentés surtout, deux cousins inséparables, deux GI traumatisés par la guerre, embauchés à leur retour au pays par le nouveau beau-père (allemand !) de Dennis pour retaper une petite maison à Long Island. Et cette maison, qui petit à petit devient un personnage à elle seule du roman, tant son rôle est important, va cristalliser le point de départ de la vie des deux jeunes hommes. Sur la petite plage en effet, après leur journée de labeur, ils vont rencontrer deux jeunes filles.

« Au-delà, c’était l’immense obscurité, le ressac indifférent de la mer, tandis qu’accidents, déceptions, faux espoirs, fausses promesses dérivaient dans ce monde qui détenait leur bel avenir. »

Billy le poète, le sentimental, le rêveur, l’ami de tous, et Dennis qui a hérité du travers de son père : celui de vouloir venir en aide à tout prix à tous ceux qui lui sont chers, souvent contre leur gré. Un travers qui avait pourtant fait souffrir sa mère, lasse de découvrir un nouveau cousin irlandais réfugié sur le canapé tous les matins, et qui va pourtant le conduire à vouloir aider Billy à faire revenir sa fiancée d’Irlande au plus vite, puis à lui mentir, signant par là-même un enchaînement de circonstances qui va déterminer le cours de l’existence de cette famille, jusqu’à la narratrice elle-même.

C’est un roman empreint de nostalgie et de tendresse, sur les méandres de la vie, sur la part de destin et de coïncidence, sur ces petits événements auxquels on ne prend pas garde et qui ont un écho des générations plus tard. Une histoire de famille qui avait débuté bien avant la naissance de Billy, et qui se poursuit après sa mort. Profondément touchant…

Ma note (4 / 5)

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