Washington Square – Henry James

Washington Square est le tout premier roman de Henry James que j’ai lu, il y a une dizaine d’années, et je n’avais pas été emballée plus que ça, laissant de côté dans la foulée les autres romans de l’auteur. Mais mon immense coup de coeur pour Portrait de femme a réveillé mon engouement pour l’oeuvre du romancier américain, et j’ai eu envie de redonner sa chance à ce roman, afin de voir si après tout ce temps, ma perception de lectrice avait évolué.

« Il semblait à Catherine qu’après l’avoir rencontré une seule fois, jamais on ne pouvait l’oublier ; personne ne le pourrait. Mais elle garda pour elle cette réflexion, comme un objet très précieux que l’on met à l’abri. »

Washington Square, c’est ce petit bout de New-York chic dans les années 1850, dans lequel vivent le docteur Sloper et sa fille unique Catherine. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les relations entre le père et la fille manquent quelque peu de chaleur. Le vénérable docteur, après avoir perdu son fils ainé et sa femme, voit en Catherine une déception : il la trouve banale, idiote, sans personnalité aucune. Maniant l’ironie pour le simple plaisir de la déstabiliser, il ne se fait guère d’illusions sur ses perspectives conjugales et se désintéresse d’elle, ravi que sa soeur, Mrs Penniman, ait décidé de vivre à leurs côtés et de prendre en charge l’éducation de la jeune fille. La tante n’est pourtant pas un cadeau non plus, écervelée, égoïste et encline à chercher à chaque coin de rue une aventure romanesque pouvant satisfaire sa curiosité et tromper son ennui. L’occasion lui est donnée lorsqu’un jeune homme semble s’intéresser à Catherine, alors âgée d’une vingtaine d’années. Mr Townsend est beau, aimable et entreprend une cour assidue. La tante se transforme en intrigante et encourage sa nièce, alors que le père interdit formellement toute relation avec ce gentleman. Catherine, au milieu de ce marasme, va devoir devoir faire un choix entre amour et devoir ; fidélité filiale et bonheur sentimental.

« Le courroux de son père avait causé à la jeune fille une douleur surgie des profondeurs de son être, douleur de l’espèce la plus pure et la plus généreuse, que ni la rancoeur ni le ressentiment n’entachaient. »

L’intrigue est donc bien mince, et finalement, il importe peu de savoir quel sera le destin de Catherine. Ce qui se joue ici est un bras de fer entre les différents personnages, chacun oeuvrant dans un dessein précis, sans aucun lien avec une quelconque défense des intérêts de la jeune fille. Dans ce conte cruel, on se prend de pitié pour la naïve et douce Catherine, qui cherche à contenter tout le monde et lutte pour sa petite part de bonheur, sans comprendre qu’il n’a finalement jamais été question d’elle. Le docteur Sloper est un véritable tyran domestique qui souhaite avoir raison bien davantage que faire plaisir à sa fille. Mrs Penniman est quant à elle plus intéressée par le confort du foyer fraternel que mue par une affection généreuse envers sa nièce. Et enfin, Mr Townsend est bien davantage appâté par la dot que par les charmes de Catherine. En quelques pages à peine, Henry James décrit avec un cynisme mordant tout le mal qu’il pense de cette haute société new-yorkaise, de ces hommes avides qui cherchent à faire leur place dans une société en plein essor économique, et des torts causés à des jeunes filles réduites à de simples monnaies d’échange. Comme chez Edith Wharton tout est mis en oeuvre pour souligner l’hypocrisie de cette classe sociale dont les valeurs sont en train de péricliter.

« Tu ne t’es jamais rendu compte que Catherine pouvait plaire. N’oublie pas qu’elle aura trente mille livres de rente. »

Washington Square ne sera décidément pas l’un de mes romans préférés de Henry James ; je le trouve un peu trop fade et dépourvu de la finesse psychologique déployée habituellement par l’auteur. Néanmoins, je suis contente de l’avoir relu, et ce sous un angle plus critique, en l’inscrivant davantage dans l’ensemble de l’oeuvre de James. Il s’agit en effet de l’un de ses premiers romans, et l’on sent déjà ses thèmes de prédilection ainsi que les fondations des chefs d’oeuvre qui suivront…

Ma note 3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

Éditions Liana Levi, traduit par Claude Bonnafont, 1er février 2002, 288 pages

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