« Personne sur cette terre n’était innocent, personne n’oubliait. Personne ne pardonnait. »
Dans un petit village de la côte galicienne en 1975, un mystérieux groupe met le feu à une maison reculée, tuant dans la foulée le père du petit Julián. Devenu inspecteur de police à Barcelone, ce dernier est à un carrefour de sa vie en 2005 : atteint d’un cancer du rein au stade terminal, il est poursuivi pour avoir battu à mort un homme sans histoires et apprécié de tous. Il décide de revenir sur les terres de son enfance, revoir les lieux des épisodes les plus dramatiques de sa vie, mais aussi des plus heureux, en recroisant la route de ses anciens meilleurs amis. Comme toujours chez Víctor del Árbol, présent et passé s’entremêlent, mais cette fois la Guerre civile et ses suites (franquisme, front russe…) n’y ont que très peu de place. Ce sont plutôt les liens familiaux qui y sont explorés, et les luttes intestines régissant les petits villages qui ne pardonnent rien à ceux qui s’écartent du rang. Mais surtout, l’auteur poursuit son exploration des mécaniques du mal, et de l’impact des traumatismes familiaux sur l’avenir et les générations suivantes.
« Si nous sommes la trace que nous laissons chez les autres, la sienne s’effacerait facilement. »
Les époques alternent, et les intrigues se dédoublent, tandis qu’un mystérieux narrateur reste dans l’ombre. Il y a de quoi entretenir la confusion du lecteur, qui ne sait plus où donner de la tête entre les réseaux de contrebande mexicains, les trafics d’enfants, la corruption à tous les niveaux et des tueurs à gages redoutables. Pas de doute, nous sommes dans un roman noir. La plume de l’auteur espagnol est toujours aussi agréable, les personnages aussi parfaitement travaillés, mais si j’étais happée dès les premières lignes, le dernier tiers m’a semblé parfois un peu fouillis, et la fin précipitée. J’ai eu l’impression qu’il se voulait plus simpliste que ses précédents romans, avec une trame plus claire, alors que c’est précisément l’épaisseur psychologique ainsi que les méandres chronologiques qui entrelacent le mal qui me plaisent tant dans les romans de Víctor del Árbol et qui rendent La tristesse du Samouraï, Le fils du père, ou encore Toutes les vagues de l’océan , si denses, si énigmatiques et si époustouflants.
Ce ne sera donc sans doute pas mon préféré de l’auteur, mais cela reste un roman diablement efficace !
Ma note
(3,5 / 5)
Éditions Actes Sud, mai 2025, traduit par Alexandra Carrasco, 352 pages


J’ai découvert cet auteur avec La maison des chagrins, que j’ai bien aimé, et j’ai lu récemment un avis très enthousiaste (plus que le tien :)) sur ce dernier titre .. pour continuer sa découverte, je vais peut-être me focaliser sur ses anciens romans sortis en poche..