Les quatre filles du Docteur March – Louisa May Alcott

« Elle n’avait pas encore appris à quel point elle était riche de ces faveurs qui suffisent à rendre la vie heureuse. »

Au coeur du Massachusetts en pleine guerre de Sécession, quatre soeurs grandissent sous le regard bienveillant de leur mère et dans l’attente du retour de leur père parti comme aumônier au front. Il y a Meg, l’aînée romantique ; Jo le garçon manqué ; Beth la timide ; et Amy, la petite dernière, quelque peu superficielle et frivole. De petits en grands événements, elles imaginent leur avenir, apprenant parfois durement les leçons de la vie, puisant leurs forces dans cette famille incroyablement soudée et leurs voisins aimants. Célébrant l’amour familial, abordant avec pudeur les errements de l’adolescence, ou questionnant ouvertement la place des femmes dans la société, ce roman n’a rien perdu de sa superbe.

Nul besoin de présenter trop longuement ce grand classique de la littérature américaine qui a bercé bien des enfances. Je vous le disais dans cet article, je désespérais depuis des années qu’on puisse un jour trouver une édition française correctement traduite, qui n’ampute ni ne transforme le texte original. Elles étaient souvent destinées aux enfants et avaient tendance à être extrêmement simplifiées. Nous avons enfin eu droit à une traduction intégrale et fidèle grâce aux éditions Gallmeister, et l’occasion était trop belle pour que je me refuse une énième lecture des aventures des soeurs March. Le texte ainsi proposé regroupe les deux parties de l’histoire, la première publiée en 1868 (Little Women) et la suite en 1869, connue en France sous le titre « Les filles du Docteur March se marient« .

« Moments sacrés ! Lorsque le coeur s’adressait au coeur dans le silence de la nuit, transformant l’affliction en bénédiction, soulageant la tristesse et fortifiant l’amour. »

Il n’y a bien sûr pas eu de grande surprise puisque je connaissais l’histoire par coeur, ayant lu le roman plusieurs fois et adoré les adaptations cinématographiques qui en avaient été faites. Inutile de se voiler la face, ce roman est assez désuet, pétri de bons sentiments et ressemble souvent, en particulier dans la première partie où les quatre soeurs sont encore des enfants, à des leçons de bonne conduite à l’attention des jeunes filles. Cela n’entache en rien son charme fou, et j’ai retrouvé Meg, Jo, Beth et Amy avec une grande émotion ainsi que l’impression de renouer avec mes souvenirs de jeune lectrice. Peut-on demander plus à un roman qui parvient si bien à nous plonger dans une douce mélancolie ? Les relations entre les soeurs sont incroyablement touchantes, et les scènettes qui se jouent sous ce toit fort modeste font chaud au coeur. J’ai assisté avec bonheur aux tendres révélations, aux jeux, aux disputes, aux discussions enflammées, aux sermons de « Marnee », aux rencontres avec les voisins Laurie et son grand père Mr Laurence… Porté par une jolie plume et des personnages charismatiques à la psychologie très fine, ce récit initiatique séduit toujours autant.

« Certes, si elle avait été l’héroïne d’un livre d’histoires morales, elle se serait, à cette période de sa vie, transformée en une parfaite sainte, aurait renoncé au monde et serait partie faire le bien sous un bonnet austère, des brochures dans la poche. Mais voyez-vous, Jo n’était pas une héroïne ; elle n’était qu’une jeune fille humaine qui se débattait dans les difficultés, comme des centaines d’autres, et elle agissait simplement selon sa nature, était triste, en colère, apathique ou énergique selon son humeur. »

Si le roman n’est réussi que parce qu’il met en scène ces quatre soeurs parfaitement complémentaires et indissociables, la grande héroïne de cette histoire est pour moi incontestablement Jo. Toutes les petites filles ont voulu être Jo March, tandis que les grandes espèrent l’avoir été. À  une époque où la place d’une femme était avant tout au foyer, et ses premiers devoirs envers son mari et ses enfants, ce que rappelle inlassablement le roman, heureusement qu’il y avait l’irrésistible personnalité de Jo pour secouer les conventions. On adore la voir se tacher les doigts d’encre, courir et renverser les vases, brûler le pain, mettre des chapeaux d’homme et parler à tort et à travers. Qu’il est naturel de se projeter dans la vie de cette jeune fille avide de livres et d’histoire, qui écrit à longueur de journée et ambitionne de publier un roman. Elle est impulsive, franche, passionnée, ambitieuse, déterminée, incarnant bien avant l’heure un féminisme rafraichissant. C’est l’héroïne littéraire par excellence, qui porte avec fierté ses rêves et illusions autant que les nôtres.

Un vrai bonheur de lecture pendant lequel j’ai beaucoup ri et pleuré, et je garde précieusement Les quatre filles du Docteur March dans mon petit panthéon littéraire.

Ma note 5 out of 5 stars (5 / 5)

Éditions Gallmeister, traduit par Janique Jouin-de Laurens, 3 septembre 2020, 640 pages

6 commentaires sur “Les quatre filles du Docteur March – Louisa May Alcott

  1. Je me souviens l’avoir lu avec ma fille il y a quelques années (après ‘la petite maison dans la prairie », qui est bien plus intéressant que la série!), et l’avoir trouvé fade.
    J’assiste ce vendredi à une présentation des éditions Gallmeister chez ma libraire et je crois que je vais me laisser tenter par cette nouvelle traduction…

    1. Je pense qu’il faut vraiment se faire un avis sur une traduction fidèle et surtout intégrale de ce roman. Cela étant, c’est un peu daté et désuet, mais je trouve que ça fait son charme !

  2. J’ai lu la dernière adaptation cinématographique de ce grand classique que j’ai beaucoup aimé. Elle m’a donné envie de lire ce classique de la littérature.

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