Contes de Noël – Charles Dickens

Ah les contes de Noël de Dickens… ce sont des incontournables des fêtes de fin d’année ! Ils sont parfaits à lire les jours précédant Noël pour se mettre doucement dans l’ambiance et se réchauffer le coeur. Ils sont tout à fait intemporels et universels (c’est le propre des contes me direz-vous…) et j’aime toujours autant m’y plonger. On y retrouve la « patte » de Dickens : son style littéraire si particulier, son incroyable habileté de conteur, et surtout son attachement à la dénonciation des inégalités sociales. Car tout n’est pas rose dans l’univers de Dickens. La cruauté et l’injustice sont légion, et le propre de ces contes est d’avoir toujours plusieurs degrés de lecture. Il ne faut en effet pas se fier à la première impression qui ferait de ces histoires des contes de fées où tout est bien qui finit bien, puisqu’après tout, c’est Noël ! Au contraire, Dickens fait passer des messages essentiels et parfois très durs, quitte à schématiser ses histoires de manière très manichéenne : d’un côté les pauvres mais riches de coeur, esseulés et oubliés du monde, de l’autre les riches cruels et avares. Un contraste volontairement mis en exergue par l’auteur pour dénoncer l’indifférence des plus fortunés envers les plus faibles.

« Pourquoi ai-je traversé la foule de mes semblables toujours les yeux baissés vers les choses de la terre, sans les lever jamais vers cette étoile bénie qui conduisit les mages à une pauvre demeure ? N’y avait-il donc pas de pauvres demeures aussi vers lesquelles sa lumière aurait pu me conduire ? »

Le premier conte, « Cantique de Noël » (également traduit en français sous le nom « Un Chant de Noël ») est sans doute le plus connu. C’est la veille de Noël, une fête qu’Ebenezer Scrooge abhorre plus que tout puisqu’elle ne lui permet pas de gagner d’argent et qu’elle met en avant la bienveillance et la charité, ce qu’il considère comme des « foutaises » (en anglais « humbug », une expression depuis passée dans le langage courant). Un homme tout ce qu’il y a de plus exécrable, qui maltraite son unique employé, Bob Cratchit. La nuit venue, Marley, son associé mort depuis sept ans, lui apparait et le met en garde contre son comportement. Il lui annonce la venue de trois spectres, chargés de lui ouvrir les yeux : l’esprit des Noëls passés, l’esprit du Noël présent, et enfin l’esprit des Noëls à venir.

« Si je pouvais en faire à ma tête, continua Scrooge d’un ton indigné, tout imbécile qui court les rues avec un gai Noël sur les lèvres serait mis à bouillir dans la marmite avec son propre pudding et enterré avec une banche de houx au travers du coeur. »

C’est LE classique de Noël, celui qui a fait de Charles Dickens le grand maître des contes de Noël, et qui a contribué à incorporer un certain nombre de traditions de Noël en Grande-Bretagne, à tel point qu’on considère Dickens comme l’inventeur de cette fête telle qu’elle est célébrée aujourd’hui. D’ailleurs, le Noël suivant la mort de l’auteur en 1870, toutes les familles de Grande-Bretagne ont été invitées à célébrer son conte. La popularité de ce conte n’a jamais faibli, et il a fait l’objet d’un nombre incroyable d’adaptations. Pas un Noël ne passe sans que je ne relise cette histoire, qui fait partie de mes petites traditions depuis bien longtemps. Petite, je l’ai découverte au travers du dessin animé « Le Noël de Mickey », que je regardais inlassablement et en pleurant toutes les larmes de mon corps au grand dam de ma maman ! Plus tard, je suis passée à la nouvelle de Dickens (sans abandonner le visionnage de l’adaptation de Disney pour autant…!) qui me charme et me met les larmes aux yeux à chaque lecture.
Pourtant il n’y a rien de véritablement charmant dans ce conte somme toute assez cruel, mais que je trouve incroyablement porteur d’espoir et tout à fait représentatif de l’esprit de Noël tel que je le conçois. C’est sans doute celui des contes de Dickens qui est le plus complexe, ce qui explique peut-être aussi son succès. D’un côté, on a l’impression d’être dans un conte merveilleux, il y a une petite dose de surnaturel avec ces fantômes qui viennent hanter Scrooge et lui montrer son passé, son présent et, surtout, son terrifiant futur. C’est moralisateur comme il faut, et le méchant Scrooge reçoit une bonne leçon. Mais d’un autre côté, le message est bien plus profond. Comme dans l’ensemble de son oeuvre, Charles Dickens place au coeur de ses histoires les injustices sociales, ayant été lui-même toute sa vie le défenseur des laissés pour compte. Et si le « Cantique de Noël » est un conte merveilleux qui met des étoiles dans les yeux, c’est aussi un plaidoyer fort pour la générosité et la fraternité humaine, alors que l’argent et la puissance ne font pas le bonheur. On y retrouve enfin l’une des préoccupation centrale de Dickens : l’enfance, au travers du petit Tiny Tim qui a traumatisé plus d’un lecteur.

« – Esprit, dit Scrooge d’une voix saccadée, éloignez-moi d’ici.

– Je vous ai prévenu, répondit le fantôme, que je vous montrerais les ombres de ce qui a été, ne vous en prenez pas à moi si elles sont ce qu’elles sont, et non autre chose. »

Le second conte, « Les Carillons » suit les pérégrinations d’un vieux commissionnaire, Toby, qui fait les cent pas toute la journée devant l’église dans l’attente d’un client. On y retrouve les mêmes thèmes, si ce n’est que la charge contre les riches est particulièrement lourde dans celui-ci. Des riches avares et cruels, incapables de traiter avec dignité et bonté les pauvres. Cette fois ce ne seront pas des spectres qui viendront visiter le personnage, mais les cloches, qui vont donner à voir à ce pauvre Toby un aperçu du futur de sa fille et de ses amis. Bien que les contes de Dickens s’achèvent toujours sur une note optimiste, le cheminement est sombre et assez terrifiant…

« Tel qu’après un calme plat, réveillé soudain par la tempête, l’Océan rejette les morts précipités dans ses abîmes, telle aussi, à travers les vapeurs qui voilent l’horizon, la pensée, sortant d’une léthargie passagère, nous présente le tableau confus de ses spectres. »

Le troisième et dernier conte de ce recueil est intitulé « Le Grillon du foyer ». Dès le début de l’histoire, on se trouve au coeur d’un foyer aimant et chaleureux, auprès de John Peerybingle et sa femme Dot. Un foyer si heureux qu’un grillon chante dans la cheminée, et c’est bien connu « il n’y a rien de plus fait pour porter bonheur que d’avoir un grillon dans le foyer ». Ils sont pauvres mais bons, et accueillent chez eux un vieil homme mystérieux. Ils ont comme voisin Mr Tackleton, un homme avare et méchant (on retrouve le côté un peu manichéen…) qui fabrique des jouets destinés à terrifier les enfants. Bref un alter ego de Scrooge… Celui-ci emploie dans son atelier le pauvre Caleb, qui a deux enfants : une fille aveugle, Berthe, et un fils, Edward, disparu en Amérique du Sud et présumé mort. Un soir le grillon cesse de chanter, signe que le malheur n’est pas loin. Tackleton est sur le point d’épouser May, la fiancée d’Edward. C’est tout gentillet et pourtant extrêmement émouvant, et les personnages sont très attachants. Tout est bien qui finit bien, c’est Noël, tout le monde est beau et gentil, et ça met du baume au coeur…

Voilà donc un charmant petit recueil pour découvrir ou redécouvrir ces magnifiques contes de Dickens. Le seul tout petit reproche que j’aurais à faire à cette édition est qu’elle ne rassemble « que » trois des cinq contes de Noël écrit par l’auteur. Mais il est vrai que ce sont également les plus réussis, et puis avec une couverture collector aussi jolie on ne va pas bouder son plaisir !

Ma note (5 / 5)

6 commentaires sur “Contes de Noël – Charles Dickens

  1. Actuellement étudiante en anglais, nous avons déjà parlé de Charles Dickens à plusieurs reprises. C’est seulement cette année que je me suis décidée à lire Un chant de Noël et pour l’instant, j’adore ! Je le trouve à la fois drôle, touchant, et en même temps il décrit très bien les inégalités présentes à l’époque victorienne. J’aime énormément ton article 🙂

  2. J’adore Dickens et Un chant de Noël (ou peu importe le titre qu’on lui donne) est mon histoire de Noël préférée depuis toute petite!
    Je n’ai pas encore lu les deux autres mais je compte bien les découvrir!

  3. Je ne l’ai pas encore lu mais je le programme pour l’année prochaine… Dickens est indissociable de ses contes de Noël… Une belle façon de se mettre dans l’ambiance si particulière de cette fin d’année…

    Oh, et j’adore ton édition ! 😉 Le livre est vraiment magnifique…

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