Loin de la foule déchaînée – Thomas Hardy

Résumé :

Gabriel Oak, jeune paysan du Wessex, est devenu propriétaire d’une bergerie. Il s’éprend de Bathsheba Everdene, venue s’installer au pays avec sa tante. Mais la belle repousse ses avances avec hauteur. Ayant perdu toutes ses bêtes par la faute d’un chien mal dressé, Gabriel, ruiné, est réduit à trouver du travail dans une ferme qu’il vient de sauver d’un incendie et dont la propriétaire n’est autre que… Bathsheba, qu’un héritage a rendue riche.

« C’était une de ces nuits pendant lesquelles la tristesse se donne libre cours, quand, chez les personnes impressionnables, l’amour descend au rang de la sollicitude, l’espoir devient de la défiance, et la foi rien que de l’espoir ; quand la mémoire n’évoque aucun doux souvenir et que l’avenir semble n’offrir rien de riant. »

Mon avis :

Vous commencez à connaître mon goût pour la littérature anglaise, en particulier la littérature victorienne. Pourtant jusqu’à l’année dernière je ne connaissais pas Thomas Hardy, et j’ai initié ma découverte de cet illustre écrivain avec Loin de la foule déchainée.

J’ai été frappée tout de suite par son incroyable modernité. Bathsheba est une jeune femme, d’une grande beauté, qui décide de gérer elle-même le domaine qu’elle a reçu en héritage. Elle va devoir s’imposer dans un monde d’hommes et gagner à la sueur de son front leur respect. C’est une femme courageuse, indépendante, et donc vraiment en avance sur son temps, ce qui en fait un roman d’un féminisme prononcé. Pourtant, si elle réussit ce tour de force, elle a également de nombreux défauts : elle est vaniteuse, orgueilleuse, coquette, et elle est aussi une grande romantique, un peu midinette même, incapable de faire les bons choix concernant les hommes de sa vie, ce qui lui causera bien des infortunes. Au fur et à mesure du récit, on voit grandir et évoluer Bathsheba, qui prend conscience de ses erreurs et de leurs répercussions sur la tournure qu’a pris sa vie.

« Il est difficile à une femme d’exprimer ses sentiments dans un langage presque entièrement formé par les hommes pour exprimer les leurs »

Évoluent autour d’elle trois hommes qui l’aiment chacun d’une façon différente : William Boldwood, un riche propriétaire terrien, affable mais profondément ennuyeux et qu’elle va aguicher innocemment sans prendre conscience de l’impact de ses actes ; le beau sergent Troy, séduisant et impertinent, qu’elle épousera pour le regretter amèrement par la suite tant il sera violent et immoral ; et enfin son fidèle ami Gabriel Oak, fou amoureux d’elle, dont elle a déjà éconduit la demande en mariage avant que leurs situations financières se renversent totalement, et qu’elle va garder auprès d’elle comme berger mais également comme confident de ses angoisses et hésitations. Gabriel est d’ailleurs devenu l’un de mes personnages littéraires préférés, modèle de droiture et d’altruisme, et suscitant immédiatement l’empathie du lecteur. La perte au début du roman de l’ensemble de son troupeau m’a bouleversée tant le désarroi du berger est palpable.

Les personnages sont magnifiquement brossés. Ils sont profonds, complexes, en lutte perpétuelle entre passion et raison, et animés par leur condition sociale. Il y a sous-tendue dans le roman une profonde réflexion sur le destin, et sur l’importance des choix sur la succession d’événements dans une existence, marquée par les nombreux rebondissements du récit.

« Le ciel était remarquablement pur et le scintillement des étoiles ressemblait aux palpitations d’un même être, réglées par un même pouls. »

Tout ceci servi par une écriture et des descriptions magnifiques d’un Wessex sorti de l’imagination de Thomas Hardy, riche en paysages somptueux, et par un tableau du monde agricole qui vit, au fil du récit, au rythme des saisons, des caprices de la nature, des intempéries, des catastrophes humaines. L’adaptation cinématographique de 2015, avec Carey Mulligan et Matthias Schoenaerts, est en ce sens particulièrement réussie tant elle saisit l’atmosphère du roman.

On est loin des romans légers de Jane Austen, on trouve plutôt chez Thomas Hardy, comme chez les soeurs Brontë, une certaine noirceur, une tendance pessimiste (ou réaliste ?) voire tragique, qui sera encore plus renforcée dans Tess d’Uberville.

« Je ne peux réfléchir en plein air, toutes mes pensées s’envolent. »

Ma note (5 / 5)

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9 commentaires sur “Loin de la foule déchaînée – Thomas Hardy

  1. J’ai adoré ce roman, et la plume de Thomas Hardy en général. On est dans un monde moins mondain qu’Austen, cette petite bourgeoisie de campagne presque plus authentique. Le film aussi est magnifique, je l’ai adoré !

  2. Je commençais à avoir bien envie de le lire, je vais me laisser tenter. La version que j’ai commencée ne m’a pas convaincue, je suppose que toi aussi tu as lu une traduction plutôt que la VO ? Tu pourrais me donner le nom du traducteur ?

    1. L’édition que j’ai lue a été publiée chez Archipoche, et la traduction est de Mathilde Zeys. J’ai trouvé qu’elle était pas mal 😉

  3. Un superbe roman. Le film est aussi très beau visuellement 😀 Je n’ai pas lus d’autre romans de Thomas Hardy, mais je pense m’y atteler prochainement 🙂

    1. J’ai découvert cet auteur avec Loin de la foule déchainée, et continué avec Tess d’Urberville et Les Forestiers. J’ai adoré, je te les recommande !

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