Récursion – Blake Crouch

« Le temps est ce qui empêche tout de se produire en même temps. »
Ray Cummings

Barry Sutton est policier, et se remet difficilement du deuil de sa fille, tuée dans un accident de la route onze ans plus tôt. Alors qu’il est appelé sur le toit d’un immeuble auprès d’une femme qui menace de se suicider, il prend conscience de l’ampleur dévastateur de ce qu’on appelle le Syndrome des Faux Souvenirs, une maladie neurologique éveillant toute la mémoire d’une vie jamais vécue, qui semble juste un peu grisée mais bien réelle, produit de décisions et circonstances différentes. Les personnes qui en sont victimes perdent pied, ne sachant plus quelle existence est bien la leur, désespérées parfois de ne pas retrouver leurs proches liés à cette autre vie. En enquêtant sur ce syndrome, Barry va découvrir ce qui se cache derrière, peut-être à ses dépens. Une dizaine d’années plus tôt, la neurologue Helena Smith est recrutée par Marcus Stade, un milliardaire qui lui offre des moyens illimités pour développer ses travaux sur la mémoire. Désespérée par la maladie d’Alzheimer qui touche sa mère, Helena cherche le moyen de stocker des souvenirs afin de les réinjecter dans l’esprit des malades. Mais l’aboutissement de ses recherches va aller au-delà de ce qu’elle pouvait imaginer, et elle comprend vite que les ambitions de son nouveau patron sont bien plus dangereuses… Impossible d’en dire plus sans gâcher totalement le plaisir de la découverte…!

« Rares sont les vérités qui procurent la moindre sensation de permanence dans la vie, les vérités auxquelles nous pouvons nous raccrocher. Les gens nous font faux bond. Notre corps aussi. Mais à quoi se cramponne-t-on encore quand d’une minute à l’autre notre mémoire peut changer ? »

On ne peut pas dire que la science-fiction soit mon genre de prédilection, mais les romans de Blake Crouch sont assez époustouflants. Après la découverte de la trilogie Wayward Pines, totalement addictive, j’ai récidivé avec Récursion, que j’ai trouvé encore meilleur. Un roman haletant et captivant sur la mémoire, sur notre appréhension du temps, et sur la formation du souvenir. J’ai beaucoup pensé à l’excellent Replay de Ken Grimwood, avec une tension narrative bien plus forte, flirtant avec les codes du thriller. Les personnages sont attachants, et les rebondissements extrêmement nombreux, et diversifiés, changeant quasiment du tout au tout l’atmosphère du roman au fur et à mesure, et le rendant par là même impossible à lâcher. Petit à petit les pièces du puzzle se mettent en place à mesure que l’on comprend, en même temps que Barry, ce qui se trame réellement, avant de verser dans une véritable course contre la montre. Les implications de l’invention de Helena deviennent de plus en plus vertigineuses, et suscitent de nombreux questionnements philosophiques et éthiques passionnants. Coup de coeur !

« Le temps est une illusion, un concept fabriqué par la mémoire humaine. Le passé, le présent, le futur, tout ça n’existe pas. Tout se passe dans l’instant. »

Ma note 5 out of 5 stars (5 / 5)

Éditions J’ai lu, traduit par Antoine Monvoisin, 21 septembre 2022, 416 pages 

Laisser un commentaire