Replay – Ken Grimwood

« La mort est un éternel recommencement… »

18 octobre 1988. Jeff a quarante-trois ans et n’a pas le temps d’entendre la fin de la phrase prononcée par sa femme au téléphone avant de mourir brutalement d’une crise cardiaque. C’est la fin prématurée d’une existence morne et frustrante, faite de petites contrariétés, de querelles conjugales, de regrets. Ou peut-être pas, puisque le voilà qui se réveille en 1963 sur le campus de son université, il a à nouveau dix-huit ans et l’avenir devant lui. Une fois le choc passé, que fait-on d’une telle opportunité, de cette occasion de recommencer sa vie ? Va-t-il revivre son existence à l’identique, ou bien profiter de ses souvenirs pour tenter de changer les choses, pour le meilleur ou pour le pire ?

« Mais le blues le plus triste, c’est pour ceux qui ont eu tout ce qu’ils désiraient puis l’ont perdu et savent qu’ils ne l’auront jamais plus. Aucune souffrance au monde n’est pire que celle-là. »

Fascinée dès les premières lignes par l’originalité folle de l’intrigue, je n’ai pas pu lâcher ce roman une seconde. L’immersion est complète aux côtés de cet homme et des réflexions suscitées par ce « replay ». Tout est tentation : paris sportifs, investissements, relations sexuelles… Les possibilités sont infinies, mais en modifiant quelques données, ne prend-on pas le risque de perdre ce qui avait défini la vie telle qu’on la connaissait ? Tout changement est-il pour le mieux ? Évidemment le lecteur est tenté de se mettre à la place de son héros, et d’imaginer les mille possibilités qui s’offrent avec ce nouveau départ. Impossible d’en dévoiler davantage, il suffira de dire que si le point de départ était déjà passionnant, la suite se révèlera encore plus dense, l’auteur dosant à la perfection la psychologie de ses personnages, l’émotion, les événements historiques, et les réflexions presque métaphysiques que ce retour en arrière ne peut manquer de susciter. Pourquoi Jeff a-t-il bénéficié de ce « replay », a-t-il un rôle à jouer, a-t-il été choisi, existe-t-il un grand dessein ou bien s’agit-il simplement d’une petite erreur dans la grande matrice du monde ? Et si chaque pas, chaque événement peut être altéré, le destin existe-t-il réellement ?

« Ils s’étaient figurés qu’ils auraient, à jamais, une infinité de choix et de secondes chances. Ils avaient gaspillé beaucoup trop de ce temps inappréciable qui leur avait été accordé, l’avaient gâché par l’amertume, la culpabilité et la quête futile de réponses inexistantes alors qu’eux-mêmes, leur amour mutuel, constituait la seule réponse dont ils auraient dû rêver. »

L’intrigue sort des sentiers battus, la narration est impeccablement maîtrisée, la plume travaillée, les personnages d’une grande justesse, le récit fourmillant de réflexions d’une grande intelligence, loin des clichés et des facilités. Replay est un très grand roman, dense et addictif, aussi intelligent que profondément bouleversant. Un roman qui rappelle la brièveté d’une existence certes émaillée de solitude, de regrets, et de pertes douloureuses, mais aussi de ces fulgurances de beauté, d’amour et de résilience, pourvu qu’on apprenne à définir les bonnes priorités et profiter de chaque jour qui passe. Un immense coup de coeur !

Ma note 5 out of 5 stars (5 / 5)

Éditions Points, traduit par Françoise et Guy Casaril, 17 juin 1997, 432 pages 

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