Nouveau départ (La saga des Cazalet IV) – Elizabeth Jane Howard

Retrouver la famille Cazalet dans un nouveau tome a tout de la lecture réconfortante et familière dans laquelle il fait bon se plonger. Et ce quatrième opus n’a pas failli à ses promesses…

La guerre est à présent terminée, et tandis que Londres est une ville dévastée par les bombardements et que les habitants vivent encore de tickets de rationnement, nous retrouvons les différents membres de cette famille terriblement attachante face à des choix décisifs. Les enfants ont grandi, les parents ont vieilli, et ils sont les témoins de l’aube d’une nouvelle ère, la guerre ayant rebattu les cartes de la société. On observe ainsi notamment l’amorce d’un subtil changement de la place des femmes, en partie dû à leur immense implication dans l’effort de guerre. Alors que les mères n’avaient d’autre choix que d’être femmes au foyer, leurs filles ont désormais accès à l’emploi, et bénéficient d’une considération en dehors du cercle matrimonial et familial. Quant au divorce, il se démocratise. Des avancées qui n’empêchent pas le chemin d’être tâtonnant et semé d’embûches pour des jeunes filles fort peu armées à affronter seules une société fondée sur la toute-puissance masculine.

« Ses efforts pour essayer de transformer le chagrin en regret, pour survivre en s’abreuvant à la seule source du passé, pour continuer à croire aux aspects les plus saillants de la nostalgie (…) et, surtout, l’inquiétante absence de quoi que ce soit susceptible de les remplacer, l’avaient vidé. Les sentiments n’avaient plus le pouvoir d’agrémenter le présent ; il se traînait d’une journée à la suivante sans espoir qu’elles diffèrent les unes des autres. »

J’ai adoré observer certaines intrigues aboutir à leur dénouement, assister à l’évolution des personnages, voir certains se débattre avec les épreuves de la vie avec un réalisme poignant, tandis que d’autres tombaient amoureux et réalisaient leurs rêves. Retrouver les cousines, Louise, Polly et Clary, est peut-être ce qu’il y a de plus touchant tant on les a vues grandir et s’affirmer, tituber, souffrir, et finalement se relever. Mais les autres personnages ne sont pas en reste, et même les plus secondaires parviennent à se frayer un chemin dans le coeur du lecteur. On atteint ici une maturité pleine d’espérance, et un véritable tour de force dans la description des facettes de la vie dans une société en pleine mutation.

« Les choses qu’on a tenues pour acquises nous manquent bien plus que les autres. Aurais-je un jour le sentiment d’avoir obtenu ce que je voulais, ou mes désirs changeront-ils au point que je ne pourrai jamais les combler ? »

À bien des égards, j’ai trouvé que ce tome apportait une certaine clôture à l’histoire, mais il s’avère qu’il en demeure un dernier, écrit dix-huit ans plus tard par Elizabeth Jane Howard et qui signe, neuf ans après les derniers événements relatés dans le quatrième tome, la fin définitive de cette sublime saga des Cazalet. À suivre donc…

Ma note 5 out of 5 stars (5 / 5)

Éditions de la Table Ronde, traduit par Cécile Arnaud, 14 octobre 2021, 624 pages

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