Les étoiles du Sud – Julien Green

Deuxième volet de la saga Dixie de Julien Green, Les étoiles du Sud s’est révélé quelque peu décevant après l’immense coup de coeur que j’avais eu pour Les Pays lointains.

Nous voilà de nouveau dans le Sud des États-Unis, celui des plantations, des grandes maisons ombragées et des magnolias. Les différends opposant Nord et Sud, en particulier sur la question de l’esclavage, paraissent de plus en plus irréconciliables. Après la fin terrible du premier tome, Elizabeth, notre héroïne, a bien mûri. Devenue mère, sa personnalité s’est étoffée avec les épreuves, et cette nouvelle plongée dans ses pensées, ses questionnements, ses impressions qui approchent presque de visions surnaturelles, est incroyablement prenante, partagée entre espoirs déçus et rêves passionnés. Certains personnages refont par ailleurs surface, revêtant un vernis un peu plus complexe, et nous faisons la connaissance d’un petit garçon à la vie intime profonde, qui séduit par son innocence et sa sensibilité.

« Peu à peu elle se rendait compte qu’elle n’arrivait pas à sortir de son enfance. Dès que par un sursaut d’énergie elle agissait en femme, le désastre était sûr. Tout s’arrangerait par la suite, car la vie arrangeait tout, mais mal. »

De manière générale tout est trop lent et trop long… La guerre de Sécession arrive inexorablement, mais à force de nous l’annoncer elle tarde bien trop, l’auteur nous perdant dans des digressions dont on ne comprend pas vraiment l’intérêt (notamment un chapitre entier sur un pan de la révolte à Haïti qui laisse songeur). Si j’ai apprécié voir l’évolution de notre jeune héroïne, qui n’a plus les seize ans du premier tome, et qui a désormais entièrement sa place dans la society du Sud, le récit traine en longueur et finit par être répétitif, entre des hésitations et manoeuvres politiques harassantes ; de longues journées vides et de bals mondains où Elizabeth fait la coquette et se réjouit de séduire tous les hommes qu’elle croise ; ou encore d’inépuisables réflexions sur la maternité et la relation excessive entre Elizabeth et son petit garçon. De manière générale, sa vie entière tourne autour des hommes, ce qui finit par agacer quelque peu tant elle demeure immature dans ses relations amoureuses, confondant perpétuellement amour et désir.

« L’inexorable ennui de l’existence se refermait sur elle, l’arrachant à la turbulence de ses désirs, la ramenant de force au calme, pareille à une bête furieuse qu’on réduit à l’obéissance dans une jolie cage. »

L’histoire d’amour est toujours aussi envoûtante, la plume toujours aussi belle, et la toile de fond demeure passionnante, la profusion d’éléments historiques offrant un éclairage fascinant sur ce pan d’histoire américaine. Je regrette simplement moins de maitrise que dans le premier tome, un souffle romanesque qui est grandement retombé, et une intrigue qui se réduit progressivement à une peau de chagrin. Quel dommage alors que Les Pays lointains offrait une réelle tension dramatique, riche en rebondissements, en intrigues parallèles, et en émotions… Je reste malgré tout très attachée aux personnages, et les derniers chapitres ont quelque peu relancé mon intérêt, que j’espère satisfait avec le tout dernier tome de la saga.

Ma note 3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

Éditions Points, 1er mai 1989, 764 pages

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