Le livre des deux chemins – Jodi Picoult

Mon sentiment sur ce roman est très partagé. J’ai énormément lutté dans les premières centaines de pages, déterminée à poursuivre ma lecture et à donner une véritable chance au dernier roman de l’autrice qui m’avait tant touchée avec Mille petits riens. Finalement, le roman a su me séduire, malgré certains aspects réellement rébarbatifs.

« Je ne sais pas d’où vient l’expression ‘perdre quelqu’un’ quand on parle de la mort. Il ne s’agit pas de personnes disparues ou égarées dans la nature. Mais bien de personnes arrachées aux étreintes les plus vigoureuses. »

L’intrigue avait tout pour me plaire. Une femme qui approche de la quarantaine se trouve dans un avion sur le point de s’écraser. Ses pensées vont alors vers Wyatt, son premier amour lorsqu’elle était encore égyptologue et sur le point de terminer sa thèse, et non pas vers Brian, son mari depuis près de quinze ans. On comprend alors qu’on s’achemine vers un roman qui parle d’amour, de regrets, de choix, mais aussi d’Égypte ancienne, de vies parallèles ou encore de seconde chance. À vingt-cinq ans, l’avenir de Dawn semblait tout tracé lorsqu’un événement inattendu l’a fait dévier de sa trajectoire. Passionnée par son sujet de thèse et par les fouilles d’anciens tombeaux égyptiens, elle se trouve brutalement de retour à Boston et avant qu’elle ait eu le temps de réellement comprendre ce qui lui arrivait, elle était mariée, mère d’une petite fille, et avait réorientée sa carrière pour devenir doula de fin de vie. Après l’accident d’avion, on lui demande où elle veut se rendre, et Dawn hésite : Boston ou Le Caïre ? Le récit se scinde alors en deux.

« Je ne veux pas retourner en arrière. J’étais étudiante en histoire, alors je suis bien placée pour savoir ça. L’ombre d’une chose n’existe pas si celle-ci n’est plus là pour être projetée. Dans le lit asséché coulait jadis une rivière. Une cloche qui ne sonne pas n’en demeure pas moins une cloche. »

Tout au long du roman, nous allons cheminer aux côtés de cette femme qui se demande ce qu’aurait été sa vie sans cette bifurcation, quinze ans auparavant. Le thème de la mort est abondamment présent dans ce roman. Il s’agit non seulement du sujet de prédilection de Dawn et de Wyatt en Égypte, puisque leurs recherches portent sur le Livre des deux chemins qui devaient permettre aux morts égyptiens de trouver leur voie vers l’au-delà, et que le récit nous abreuve par ailleurs d’informations sur les rites funéraires et les croyances de l’Égypte ancienne. Mais on la retrouve également dans la nouvelle profession de Dawn, qui accompagne les personnes en fin de vie. Le roman est donc un condensé de réflexions plus ou moins philosophiques sur la façon de bien mourir, et donc par voie de conséquence la façon de bien vivre, puisque vie et mort ne sont comprises que comme deux faces d’une même pièce. D’un côté, j’ai trouvé tout cela passionnant et, tout comme dans ses romans précédents, je suis à nouveau bluffée par la quantité de recherches que cela a dû nécessiter. Mais c’est long, vraiment trop long, l’autrice se répète souvent, on tourne parfois un peu en rond, et le roman aurait été bien plus agréable à ma lecture amputé d’un quart. Le lecteur est par ailleurs bombardé d’informations diverses et variées : histoire égyptienne, physique quantique, hiéroglyphes, superstitions, jusqu’à des thèmes plus sociaux comme les complexes liés au poids, les difficultés du mariage, les appréhensions liées à la mort, les relations mère-fille… J’ai par moments frôlé l’overdose, d’autant que l’intrigue en elle-même avance extrêmement lentement, noyée dans toutes ces considérations. Par ailleurs, on tombe parfois dans certains clichés faciles, notamment sur la nécessité de profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard, voire totalement mièvres lorsque Dawn se retrouve à hésiter entre deux amours, l’amour construit et l’amour perdu.

« On tombe amoureux quand on rencontre quelqu’un qui remplit tous nos manques.
On n’est plus amoureux quand on se rend compte qu’on est tous les deux brisés. »

C’était dans l’ensemble une lecture intéressante, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé le roman : les personnages sont attachants, et les thèmes abordés avaient de quoi me passionner. Pourtant il a échoué à me charmer complètement, sans doute parce qu’il m’a donné l’impression que Jodi Picoult n’arrivait pas réellement à choisir quel était le sujet principal de son roman, et à éviter que la multiplicité, souvent inutile, des données scientifiques ne finissent par émousser l’émotion qui se dégageait de l’histoire.

Ma note 3 out of 5 stars (3 / 5)

Éditions Actes Sud, traduit par Marie Chabin, 7 avril 2021, 512 pages

Un commentaire sur “Le livre des deux chemins – Jodi Picoult

  1. J’ai eu un énorme coup de coeur pour Mille petits riens et j’avais également bien aimé « A fleur de peau » et « De l’eau pour les éléphants » mais j’ai également constaté (notamment dans les deux derniers) que Jodi Picoult avait tendance à créer quelques longueurs à cause de répétition et à légèrement noyer le lecteur sous les informations. Je ne suis donc pas surprise par ton avis. Du coup, je ne sais pas si je me laisserai tenter par ce roman…

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