À moi pour toujours – Laura Kasischke

Résumé :

 » A moi pour toujours  » : tel est le billet anonyme que trouve Sherry Seymour dans son casier de professeur à l’université un jour de Saint-Valentin. Elle est d’abord flattée par ce message qui tombe à point nommé dans son existence un peu morne. Mais cet admirateur secret obsède Sherry. Une situation d’autant plus troublante qu’elle est alimentée par le double jeu de son mari. Sherry perd vite le contrôle de sa vie, dont l’équilibre n’était qu’apparent, et la tension monte jusqu’à l’irréparable…

« Il avait fallu attendre si longtemps, pour que l’on me réclame ainsi, et c’était un parfait inconnu ! »

Mon avis :

Je suis une grande inconditionnelle de Laura Kasischke, et pourtant je suis un peu partagée concernant ce roman. À bien des égards, je le trouve un peu trop long, avec certains passages en particulier qui auraient mérité d’être raccourcis. Et pourtant je trouve que c’est l’un des plus réussis dans la lente montée d’un malaise qui dérange de plus en plus le lecteur.

Si l’on devait inscrire ce roman dans la lignée de l’oeuvre de Laura Kasischke, beaucoup de thèmes omniprésents chez cette romancière ressurgissent : la mort, la féminité, l’obsession pour le corps et ses changements, la vie de banlieue un peu trop lisse. Il y a de plus dans celui-ci beaucoup de sensualité. C’est une femme d’âge mûr, désoeuvrée après le départ de son fils unique pour l’université, qui cherche à raviver la flamme avec son mari. Pendant dix-huit ans, sa vie de femme et son désir ont été totalement mis de côté au profit des goûter d’enfants, des pansements sur les bobos et de trajets pour l’école. J’ai trouvé à cet égard le parallèle intéressant avec Un oiseau blanc dans le blizzard, dans lequel une adolescente découvrait la sexualité. Dans À moi pour toujours, il s’agit d’une femme qui redécouvre son corps, et qui renoue avec son mari.

« Toutes ces pertes, toutes ces trahisons, et même l’amour, les rêves, les fantasmes – des fardeaux de souvenirs, des fardeaux faits d’air, qui tombaient si facilement des ponts. »

Jusque là rien de bien piquant, me direz-vous, où est la patte de Laura Kasischke ? L’auteure va venir instiller un jeu de fantasme entre les époux, qui va très vite déraper. Tout commence par une lettre d’amour que Sherry découvre dans son casier à l’université où elle enseigne. Aurait-elle un admirateur secret ? Est-ce un collègue, un étudiant ? Elle se confie à son mari, et découvre avec surprise qu’il la regarde différemment, comme si elle était redevenue désirable à ses yeux parce qu’elle l’était aux yeux d’un autre. Les lettres se poursuivent, et le jeu entre les époux s’intensifient, jusqu’à ce que Jon suggère à Sherry de rencontrer l’auteur de la lettre et de le prendre comme amant. Un double jeu étrange, dont Sherry ne sait quoi penser, partagée entre des sentiments ambivalents : le bonheur d’avoir retrouvé une intimité avec son mari, la fierté de plaire toujours à son âge, mais aussi la honte et l’humiliation de constater que Jon insiste un peu trop pour qu’elle donne suite à sa relation avec cet admirateur secret.

« Je n’étais pas sûre de ressentir de la honte, exactement, ou même de la peur. Je me sentais comme la femme qui avait été chassée du village où elle avait toujours vécu, qui y revenait après une longue absence, et qui revoyait les lieux. Qu’allait-elle y trouver ? »

Évidemment, et c’est là où l’on retrouve l’atmosphère des romans de Laura Kasischke, tout ça va petit à petit échapper au contrôle de Sherry, partagée entre son mari et cet homme mystère. Signe annonciateur du drame, la mort est omniprésente, comme cette biche que Sherry renverse sur l’autoroute au début du roman, et qu’elle regarde au fil des mois se décomposer lentement sur le bas-côté chaque fois qu’elle passe devant. Un roman psychologique rondement mené, qui vient tout emporter sur son passage : l’amour, l’amitié, la famille… La tension monte jusqu’à  l’inévitable, cette fin cinglante qui est la signature de la romancière.

Ma note (3,5 / 5)

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2 commentaires sur “À moi pour toujours – Laura Kasischke

  1. Bonjour Charlotte. Moi aussi je suis une inconditionnelle de L Kasischke et effectivement j’ai préféré « Un oiseau blanc dans le blizzard  » Merci pour vos commentaires toujours aussi pertinents et donnant envie de lire.

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