Assez de bleu dans le ciel – Maggie O’Farrell

Résumé :

Une maison à des kilomètres de tout.
Autour, rien que l’herbe verte, les trembles aux feuilles chargées de pluie et le ciel changeant du Donegal. Ce refuge, Daniel Sullivan s’apprête à le quitter le temps d’une semaine pour se rendre aux États-Unis, son pays d’origine. C’est l’anniversaire de son père, qu’il n’a pas vu depuis des années.
Dans la voiture qui le conduit à l’aéroport, une voix retentit à la radio : celle d’une femme dont il est sans nouvelles depuis vingt ans, son premier amour.
Les souvenirs se déversent. Replonger dans le passé, comprendre ce qui le pousse à abandonner ceux qu’il aime, Daniel ne pense plus qu’à ça.
Mais il y a son épouse Claudette, star de cinéma fantasque, passionnée, qui a choisi d’organiser sa propre disparition pour échapper au monde. Comment lui révéler l’homme qu’il est véritablement ? Que peut-il encore promettre, lui qui n’a jamais su que fuir ?

« Il y a la sensation qu’une fenêtre, quelque part, s’est ouverte brusquement ou qu’un domino, un seul, est tombé contre un autre, provoquant une réaction en chaîne. Une vague s’est soulevée, s’est retirée, et tout ce qui se trouvait en dessous, peu importe quoi, est à jamais altéré. »

Mon avis :

Ce roman est une bouffée d’air : l’air de l’Irlande, de Brooklyn, de Paris, de la Suède, de la Bolivie… Celle que l’on prend avant de faire des choix susceptibles de bouleverser une vie entière, de menacer le fragile fil de l’existence sur lequel on tente de se maintenir en équilibre. Les points de vue changent, mais c’est la vie de Daniel et de Claudette qui est au premier plan. En alternant les voix, les époques et les lieux, on découvre les événements qui ont jalonné leur vie, et qui ont irrémédiablement entraîné leur existence sur un chemin qu’ils ne maîtrisent pas tout à fait eux-mêmes. J’aime beaucoup ce type de récit, comme si on nous donnait à entrapercevoir une vie à travers de multiples trous de serrure. Ce qu’est Daniel, ce qui le définit, est dû à des incidences du destin, à commencer même par les choix de sa mère.

« Tout se passe comme si elle avait dessiné la porte entrouverte d’une cage, avait entrevu la possibilité d’une vie autre que la sienne, au-delà de la sienne, différente. »

J’adore ces romans si profondément humains. Au centre de celui-ci se trouve un couple, deux personnes tourmentées, fragiles, et exceptionnelles l’une pour l’autre. Lui, américain, linguiste, brisé par un premier divorce et la perte de la garde de ses enfants, est parti en Irlande sur les traces des cendres de son grand-père. Elle est une célèbre actrice, fantasque, solaire, meurtrie, qui a décidé de disparaître avec son jeune fils du jour au lendemain, sans laisser de traces. Leurs blessures leur ont permis de se trouver, et de se construire une vie hors norme au fin fond du Donegal en Irlande. Pourtant, ce sont d’autres blessures qui vont malmener leur couple et introduire une distance qui n’existait pas jusqu’alors. Le deuil, la culpabilité, le poids du passé et des décisions que l’on prend et que l’on regrette. Les choses de la vie, qui pourraient être banales, et qui viennent renverser une existence qui semblait parfaite. Et pourtant aussi, tout le temps, en tout lieu et à toute époque, l’amour, maladroit, bouleversant, mais immuable.

« Quel étrange réconfort, alors, que la découverte de ce mot, ce mot qui précisément désignait ce qui réside dans le noyau de votre être, dans les allées les plus secrètes de votre coeur. »

Un roman extrêmement touchant, dont la construction, en multipliant les perspectives et les époques, permet de comprendre en profondeur le coeur de chacun des personnages, et les raisons qui les poussent dans leurs choix, bons ou mauvais. Un roman qui nous rappelle aussi avec douceur que nous sommes loin de tout maîtriser. Maggie O’Farrell traite avec bienveillance des faiblesses humaines, et nous dépeint avec tant d’acuité les turpitudes de l’existence qu’on ne peut manquer de se retrouver dans ses personnages, de sourire et de pleurer avec eux. Pour ne rien gâcher, les descriptions de l’Irlande et de sa nature sauvage viennent magnifier le récit, accentuant l’impression de cocon préservé du monde dans lequel j’aurais également aimé trouver refuge.

Ma note (3,5 / 5)

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