Seule restait la forêt – Daniel Mason

Coup de foudre pour cette petite pépite américaine au charme fou !

North Woods, c’est cette portion forestière au coeur du Massachussetts, et l’héroïne de ce roman dans lequel les personnages s’effacent derrière le lieu. Tout commence par une fuite : un couple court dans la forêt, pourchassé par des membres de leur colonie puritaine opposés à leur union. Après quelques jours d’errance, ils décident de faire de ces bois du Nord leur refuge, posant la première pierre de leur maison. D’abord une cabane, qui les abritera quelques temps, et qui sera agrandie, restaurée, modifiée, au fur et à mesure des habitants qui viendront y déposer leurs valises et une partie de leur âme. Car de cette maison personne ne part réellement : des vies entières s’y déroulent, des familles s’y créent, des drames s’y nouent, et la forêt abritent nombre de bonheurs, d’échecs, d’espoirs, de tragédies. Rien d’étonnant donc à ce que peu à peu, cet endroit abrite également quelques fantômes.

Je suis absolument conquise par ce roman à la construction extrêmement originale, qui semble compiler divers types de récits de celles et ceux qui sont passés par cet endroit. Les bonds dans le temps se succèdent, les formes de narration également, à mesure que se tisse peu à peu la gigantesque toile que forment tous les habitants de ces lieux mystérieux à travers les siècles. Ce qui leur est arrivé avant et ce qui leur arrivera une fois qu’ils n’y demeureront plus n’importe (presque) pas. C’est cette maison, devenue au fil du temps une grande demeure jaune dans laquelle les époques et les goûts architecturaux se sont superposés, qui est au coeur de tout, ainsi que la nature environnante. Et bien plus que ses personnages, bien qu’ils soient tous extraordinairement bien dépeints et qu’ils apportent une émotion extraordinaire au récit, c’est bien cette nature que l’on observe évoluer. Tout au long des années, des décennies, des siècles qui s’écoulent, elle est soumise aux effets du temps, de la guerre, de la main humaine, des aléas climatiques, des maladies s’attaquant impitoyablement aux arbres. Et sous nos yeux éblouis, c’est tout un paysage qui se modèle, qui vit et survit, qui évolue, qui s’adapte. La forêt recule devant les champs de pommiers, qui une fois abandonnés laissent la place aux hêtres, aux châtaigniers, aux frênes, qui à leur tour seront mis à mal et céderont le pas à un panorama entièrement différent.

Un roman magnifique et envoûtant sur le temps qui passe, la nature, et ce paradoxe entre la minuscule place qu’occupe l’individu en son sein et l’impact considérable qu’il peut produire sur tout un écosystème.

Ma note 5 out of 5 stars (5 / 5)

Éditions Buchet-Chastel, traduit par Claire-Marie Clévy, 22 août 2024, 512 pages 

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