Nos espérances – Anna Hope

J’ai eu beaucoup de mal à lire ces derniers temps, à me concentrer sur une intrigue, et j’ai abandonné trois romans au bout de quelques pages avant de me décider à entamer Nos espérances. Il s’agit du troisième roman d’Anna Hope, et s’il est assez différent de La salle de bal qui avait été un gros coup de coeur, on y retrouve son talent à brosser de magnifiques portraits de femmes.

« Elles ont encore la majeure partie de leur vie devant elles. Elles ont fait des erreurs, mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne se sentent pas vieilles. La vie est encore malléable et pleine de potentiel. L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée. Il leur reste du temps pour devenir celles qu’elles seront. »

Le roman s’ouvre sur une scène, un samedi de printemps en 2004. Trois amies, Hannah, Cate et Lissa, la fin de la vingtaine, habitent ensemble dans une maison victorienne en bordure d’un parc arboré de Londres. Ce sont des amies de longue date, deux d’entre elles se sont rencontrées à l’école, la dernière à l’université. Elles sont encore jeunes, belles, pleines d’espoir quant à leur avenir, et tiennent à leur amitié plus qu’à tout. Les années passent, et on les retrouve à trente-cinq ans. Leur vie a évolué dans des directions différentes, elles sont toujours amies, mais l’insouciance a laissé la place aux regrets, aux jalousies, et à l’amertume. Chacune pleure ce qu’elle n’arrive pas à avoir, et envie ce que les autres possèdent : des enfants, un travail stable, un homme, de l’argent… Leurs conversations se sont espacées et sont emplies d’incompréhensions et de non-dits. Elles semblent s’être éloignées drastiquement de la route qui leur semblait pourtant toute tracée, ainsi que de leur amitié. La trentaine n’est-elle qu’une ère de désillusions ?

« Durant les jours qui suivent elle se sent glisser, comme si le bonheur était une danse dont elle aurait oublié les pas. Elle compte ses respirations. Elle compte ses atouts, essaie de rationaliser : pourquoi ce que font ses amies lui importe ? Pourquoi son bonheur devrait-il être indexé au leur ? Et pourtant c’est le cas. »

Voici un roman qui analyse avec beaucoup de finesse la situation des femmes aujourd’hui, leur rapport à leurs ambitions, à leurs corps, à leurs parents, à l’amour, à la maternité, au féminisme… Parfois on a l’impression que ces trois femmes accumulent les « clichés », mais en sont-ils réellement alors que n’importe quelle lectrice peut se retrouver en l’une d’entre elles ? Elles sont toutes les trois très différentes, et pourtant incarnent parfaitement les questionnements et les peurs des femmes de leur époque. La romancière se place au coeur des amitiés féminines, mais aussi au coeur des désirs féminins, qui varient drastiquement d’une femme à l’autre. Comment se comprendre dès lors, et comprendre les frustrations d’une amie qu’on estime avoir tout pour être heureuse ? Ces pages sont un condensé d’humanité, dans ce qu’elle a de plus tendre, mais aussi de plus sournois et vil. Leur amitié est tour à tour bienveillante et profondément venimeuse, alimentée par des années d’entraide mais aussi de coups bas, d’épisodes fondateurs et parfois dévastateurs qui ont forgé leur relation.

« C’est comme si la vie avait décidé pour elle. L’avait ramassée, retournée, et déposée loin, très loin de chez elle. »

J’ai eu beaucoup de mal à détacher mes yeux de cette lecture qui m’a émue aux larmes, indignée, réconfortée. Si les ressorts de l’intrigue sont parfois un peu trop exacerbés et attendus, le roman atteint parfaitement son but. Ce sont des récits de vies dans ce qu’elles ont de plus banal, interrogeant nos espoirs, nos déceptions, nos conceptions du bonheur et de la réussite qui viennent trop souvent se briser sur l’écueil de nos tragédies intimes. Ce sont les hauts et les bas de la vie avec lesquels il faut s’accommoder. Un très beau moment de lecture, qui m’a fait beaucoup de bien en ces temps un peu moroses.

Ma note 4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)

 

 

 

Éditions Gallimard, traduit par Élodie Leplat, 12 mars 2020, 368 pages

10 commentaires sur “Nos espérances – Anna Hope

  1. Autant la salle de bal ne m’attire pas, autant celui-ci, je me dis pourquoi pas ! Même si l’histoire est un peu convenue, j’ai plaisir à lire ton retour, et je me dis que je pourrai trouver une belle histoire et de beaux portraits avec ce roman.

    1. Les ressorts sont un peu attendus disons, plus que convenus. Mais cela ne m’a pas gênée plus que ça, c’est vraiment une bonne lecture !

    1. Le titre original est « Expectation », la traduction française a pris quelques libertés 😉

  2. Portraits de femme… ça me parle bien, mais pas pour tout de suite. On dirait que m’intéresser à la lecture, c’est pas évident non plus pour moi. On dirait que je ne réussis qu’à lire du fantastique ou de la jeunesse!

  3. magnifique livre, je n’avais pas envie de les quitter !!! je n’ai pas été déçu ! les 2 premiers étaient superbement écrits, je l’attendais avec impatience celui-là !

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