L’invitation – Elizabeth Day

Résumé :

Martin Gilmour, fils unique d’une célibataire sans le sou, se lie d’amitié avec le richissime, populaire et charismatique Ben Fitzpatrick. 20 ans plus tard, Ben occupe une haute fonction politique tandis que Martin se fait un nom en tant que critique d’art. Le premier épouse la très belle Serena et Martin se met en ménage avec la discrète Lucy.
Mais après la fête d’anniversaire donnée par Ben pour ses 40 ans dans sa somptueuse demeure familiale, à laquelle est naturellement invité Martin, un drame se produit :  Lucy est internée, Serena est à l’hôpital, Ben est à son chevet. Martin répond aux questions de policiers bien déterminés à comprendre : que cachait cette amitié en apparence si parfaite ?

« Parfois, le cours d’une vie peut changer en une seconde, parce que cette seconde n’existe pas isolée des autres : elle est reliée à la chaîne infinie de minutes, de jours, de semaines, de mois et d’années qui se sont écoulés auparavant. Mais cette seconde d’inattention vous met par terre. »

Mon avis :

Sur fond de lutte des classes et d’amitié toxique, ce roman laisse planer une noirceur et une tension palpables, rendant la lecture particulièrement captivante.

Certes, l’histoire n’est pas nouvelle, et les personnages sont un peu caricaturaux, en particulier Ben et Martin. Ben, le fils à papa richissime, bourré de charme et de talent, qui traverse la vie sans le moindre souci grâce à son nom et à son argent. Martin, le gamin perdu, intelligent mais asocial, venant d’un foyer modeste et passant son existence à tenter de le faire oublier, à se hisser au niveau de ceux qu’il a passé son enfance à jalouser. Mais leur épouses ne sont pas en reste. Serena est l’archétype de la femme vénale, manipulatrice et superficielle, alors que Lucy est une pauvre petite chose frêle et naïve, mal habillée et en adoration devant un mari indifférent. Si au départ ces clichés prêtent à sourire, la psychologie des personnages va s’étoffer progressivement, dessinant une dynamique particulière dans leurs relations. L’amitié entre les deux hommes parait improbable, et pourtant on se laisse prendre à cette histoire d’un Ben protecteur, qui prendrait sous son aile un Martin malmené par ses camarades. Ils se rencontrent à l’école, et ne se quittent plus, Martin faisant de plus en plus partie de la vie de son ami, jusqu’à s’intégrer parfaitement dans sa famille et son quotidien, des bancs d’un pensionnat pour enfants de bonne famille aux dorures d’un manoir dans les Cotswolds.

« J’avais l’impression d’avoir passé toute ma vie jusqu’à présent à mettre la mauvaise clé dans une serrure et là, enfin, je venais de trouver la bonne, les crans métalliques coulissaient avec une précision magnifique dans les abîmes de mon être. »

Le récit alterne astucieusement entre passé et présent, levant progressivement le voile sur cette amitié qui cache bien des secrets. Au début du roman, Martin est interrogé par les policiers. On sait tout juste que Ben a donné une grande fête la veille et qu’un drame s’est produit. Lucy est à l’hôpital psychiatrique, et Serena est dans le coma. Au cours de son interrogatoire, Martin va non seulement raconter le déroulement de la fameuse soirée, mais également se remémorer l’histoire de son amitié avec Ben, son enfance, leur rencontre, et tous les événements qui en ont découlés. En parallèle, le lecteur va également entrapercevoir Martin sous un jour différent grâce au carnet de Lucy, rédigé pendant son hospitalisation. Nous n’aurons jamais en revanche le point de vue de Ben, ce qui va servir encore davantage le récit.

« Tout est si profondément imbriqué désormais que je ne sais plus où je finis et où Ben commence. En définitive, nous sommes les deux ventricules d’un même coeur empoisonné. »

Car petit à petit, le malaise s’installe. Quelque chose cloche. Martin se dévoile par petits bouts, révélant un garçon, puis un homme, aux sentiments et même à la personnalité refoulés. Son désir de s’extraire de sa classe sociale et de se rapprocher de Ben l’a porté à calquer toute son existence sur celle de son ami. Tout, en passant par ses goûts vestimentaires, musicaux, ou encore alimentaires, sont en réalité ceux de Ben. Les sentiments de Martin envers son ami sont un mélange inquiétant de jalousie et d’attirance, et leur amitié apparaît de plus en plus malsaine.

Hypocrisie, frustration, vengeance, désillusion, manipulation, obsession… Ce roman grinçant livre une critique fine et acerbe des inégalités sociales et d’une société bâtie sur les faux-semblants. Le retour à la réalité sera rude pour les invités. Je regrette simplement que la fin n’ait pas été plus tranchée, plus inattendue. La lente montée en tension du roman retombe quelque peu comme un soufflé dans les dernières pages, c’est dommage.

Ma note 4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

 

Éditions 10/18, traduit par Maxime Berrée, 2 mai 2019, 384 pages

2 commentaires sur “L’invitation – Elizabeth Day

  1. Oui, aussi d’accord même si globalement, j’ai été plutôt agréablement surprise. J’aimais particulièrement bien le personnage de Lucy; j’aurais aimé qu’il soit plus mis en avant.

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