Les soeurs Brontë : la force d’exister – Laura El Makki

« Ceci n’est pas un livre féministe ; c’est un livre féminin. Il veut dire toute la puissance de trois femmes qui ont décidé d’agir au lieu d’attendre ; qui ont vécu sans faire de bruit tout en réussissant l’exploit de se préparer à l’admirable. »

Je ne me lasse pas de lire les biographies dépeignant les soeurs Brontë, toujours aussi fascinantes. On comprend que le sujet soit passionnant : trois soeurs qui ont laissé derrière elles une oeuvre éternelle, et qui sont définies par un paradoxe : chacune d’elles avait une personnalité très différente de celle des autres, et pourtant c’est en commun qu’elles ont réussi à produire leurs écrits, se corrigeant et s’encourageant mutuellement. Par ailleurs, Laura El Makki s’efforce d’aller à contre-courant de la mythologie, initiée sans doute en partie par Elizabeth Gaskell, qui entoure cette famille extraordinaire d’une aura de malheur. Elle s’efforce de prouver au contraire à quel point les trois soeurs étaient résilientes et déterminées à trouver leur voie par l’écriture.

Le livre ne suit pas véritablement d’ordre chronologique, et si Laura El Makki est attachée aux faits, et s’appuie sur de nombreuses références, elle livre également une biographie très incarnée, où elle occupe une place en tant que narratrice et lectrice des romans des soeurs Brontë. On sent bien l’attachement qu’elle voue à leur oeuvre, et les questionnements qu’elle soulève sont tirés de son ressenti personnel. Il est amusant d’ailleurs de constater que dans chaque biographie sur les soeurs Brontë on sent une préférence de l’auteur pour l’une d’entre elles. Laura El Makki ne cache pas la tendresse particulière qu’elle éprouve pour Anne, la soeur de l’ombre, la petite dernière, la calme, posée et discrète Anne, dont les romans n’auront jamais la reconnaissance qu’ils méritent et passeront toujours derrière ceux de ses soeurs. À l’inverse, l’auteure fait preuve de sévérité envers Charlotte, qui aurait dédaigné sa cadette et profondément influencé, lui survivant de plusieurs années, son impact littéraire.

« Il y a un faux désespoir qu’on aime accrocher à leur âme, qui empêche de voir non pas le courage, mais la dose d’optimisme qui flotte en elles. »

Laura El Makki nous plonge parfaitement dans l’atmosphère de la vie au presbytère, s’attarde sur Patrick Brontë dont on a tendance parfois à oublier l’influence, et décrit de manière très vivace le microcosme dans lequel vivait la famille, cette émulation littéraire qui a permis à ces romancières de génie d’émerger à la lumière. On y retrouve le poids des deuils successifs, les traumatismes de l’école Roe Head, les duos formés pour donner naissance aux royaumes de Gondal et Angria, les expériences professionnelles, le voyage à Bruxelles, le déclin inexorable de leur frère Branwell, la décision d’avancer masquées et de taire leur identité…

J’aurais peut-être un seul bémol à formuler ; l’auteure prend le parti de consacrer la grande majorité de son livre à la phase de la vie des soeurs précédant leur publication. À partir du moment où leur premier recueil de poèmes est publié, les événements s’enchaînent beaucoup plus vite, et on ne s’attarde plus sur le quotidien ni même sur les circonstances précises entourant la rédaction des autres romans de Charlotte. Je dois dire que je deviens plus avide de détails précis sur la vie des soeurs, et je pense m’attaquer à la gigantesque biographie de Juliet Barker (malheureusement non traduite en France) qui fait autorité dans le domaine.

Ma note 4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

 

Éditions 10/18, 6 juin 2019, 264 pages

 

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