Un été sans les hommes – Siri Hustvedt

Résumé :

Incapable de supporter plus longtemps la liaison que son mari, Boris, neuroscientifique de renom, entretient avec une femme plus jeune qu’elle, Mia, poétesse de son état, décide de quitter New York pour se réfugier auprès de sa mère qui a, depuis la mort de son mari, pris ses quartiers dans une maison de retraite du Minnesota. En même temps que la jubilatoire résilience dont fait preuve le petit groupe de pétillantes veuves octogénaires qui entoure sa mère, Mia va découvrir la confusion des sentiments et les rivalités à l’oeuvre chez les sept adolescentes qu’elle a accepté d’initier à la poésie le temps d’un été, tout en nouant une amitié sincère avec Lola, jeune mère délaissée par un mari colérique et instable…

« La folie est un état de profonde absorption en soi-même. »

Mon avis :

Il y a décidément quelque chose chez Siri Hustvedt qui m’émeut profondément. Ses romans sont des percées dans la psychologie de ses personnages, dans lesquels on se retrouve tous un peu, ce qui est sans doute le plus troublant.

« Dépouillés d’intimité et vus d’une distance considérable, nous sommes tous des personnages comiques, de risibles bouffons qui allons trébuchant dans nos vies en créant de beaux désordres en chemin, mais si l’on se rapproche, le ridicule vire rapidement au sordide, au tragique ou à la simple tristesse. »

Mia, à laquelle son mari a imposé une « pause » afin de pouvoir batifoler tranquille avec une jeune collègue, a connu ce qu’on appelle avec tact une dépression nerveuse. Tout en elle a lâché, comme si sa raison ne pouvait plus prendre le dessus sur ses émotions. À sa sortie de l’hôpital, fragile, elle décide de passer l’été près de sa mère dans le Minnesota. Et ce sera effectivement, à de minces exceptions près, un été sans hommes. Ce roman s’interroge sur la place de la femme dans la société, et plus précisément dans la famille et le couple. Pour cela, l’auteure se sert habilement des trois âges de la vie : l’adolescence, représentée par le groupe de jeunes filles auxquelles Mia va enseigner la poésie ; l’âge adulte, représentée par Mia elle-même bien sûr mais également par sa jeune voisine, Lola, jeune mère de famille en crise avec son mari ; et enfin la vieillesse, avec sa mère et son cercle d’amies de la maison de retraite.

« Il n’est pas de futur sans passé, parce qu’on ne peut imaginer ce qui doit être que comme une forme de répétition. »

Le temps d’un court été, et de ces échanges avec ces différentes femmes, Mia va tenter de comprendre la crise que traverse son couple, mais aussi de manière plus générale les difficultés inhérentes à la féminité. Des adolescentes cruelles envers l’une d’elles, qui se cherchent et cherchent surtout à attirer l’attention des garçons, qui paraissent de prime abord ne faire partie que d’une seule et même personnalité avant que Mia ne s’aperçoive des subtilités et des failles déjà présentes chez des filles aussi jeunes, se remémorant ses propres errements et souffrances de jeunesse. De vieilles femmes seules, veuves, à qui le corps mais aussi l’esprit échappent peu à peu, qui font le bilan de leur existence, de ce qui a compté, de ce qu’elles ont laissé de côté et regrettent. Quelque part au milieu, ce qu’on appelle l’âge mûr, des femmes qui sur le papier ont tout ce qu’elles devraient désirer : un mari, des enfants, une petite vie bien organisée, et qui pourtant sont impuissantes face à ce qui peut dérailler. Toutes sont vulnérables, toutes ont une fragilité inhérente, quelle que soit l’étape de leur vie, et pourtant toutes sont profondément bouleversantes et uniques.

« Pourquoi la femme mûre se retournait-elle sur la jeune fille avec tant de froideur, si peu de sympathie ? Pourquoi la personne vieillissante ne se risquait-elle que dans l’ironie ? N’avais-je pas gémi et soupiré et langui et pleuré ? »

Siri Hustvedt n’a pas son pareil pour écrire des romans érudits, multipliant les références philosophiques ou psychologiques. C’est à nouveau un roman très cérébral, qui sous couvert de conversations légères fait profondément réfléchir sur les complexités de l’esprit, sur la féminité et l’intime, sur la différence entre les hommes et les femmes, sur les enjeux du couple, sur la difficulté de traverser la vie en s’assumant pleinement et en existant en tant que femme, en conservant son identité sans se perdre dans celle des autres.  À cette finesse intellectuelle vient s’ajouter une jolie touche d’humour qui permet au roman de conserver une certaine légèreté et tendresse. C’est un récit intime, émouvant, servi par une très belle plume. Vraiment, Siri Hustvedt est une sublime découverte !

Ma note 4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)

 

 

 

Éditions Actes Sud, traduit par Christine Le Boeuf, mai 2011, 224 pages

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